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Cahiers : Les enquêtes de Péter Pérez
Le mystère de l’Indien émancipé, par Jorge Martínez de la Vega
Titre : Péter Pérez cetective de Peralvillo y anexas

Auteur : Jorge Martínez de la Vega

Editeur : Primera edición en esta colección

Sortie : 1993

Péter s’apprêtait à fermer la fenêtre de son balcon, quand lui parvint un cri d’alarme :

– Au secours ! Il y a un cadavre sur le trottoir !

Plus rapide que l’éclair, Péter Pérez dévala les escaliers de l’hôtel et en une fraction de seconde se retrouva au beau milieu d’un attroupement de curieux qui encerclait le corps sans vie d’un Indien, vêtu du traditionnel pantalon de drap.

Le super détective, se pencha rapidement sur la dépouille, et loupe en main, examina la moustache et les dents, la tête plaquée à moins d’un centimètre de la bouche du macchabée. L’inspecteur de police du quartier arriva et dit :

– Un ivrogne d’Indien. Frappé par les litres ingurgités .Qu’on vérifie son identité et
qu’on le rende à sa famille. Pas besoin d’autopsie.

– Monsieur, c’est don Germán, il habite ici rue Juárez – dit l’un des curieux.

– Et bien que l’on prévienne alors la famille – murmura l’inspecteur.

Péter Pérez crut bon d’intervenir :

– Pardonnez-moi, monsieur, mais je crois bien qu’il s’agit d’un assassinat.

L’inspecteur de police du secteur regarda le génial détective de Peralvillo, qui, la pipe entre les lèvres, s’était à présent vêtu de sa fausse barbe et de sa casquette à carreaux ; résultat, le policier du coin pensa que c’était un fou et se comporta avec Pérez exactement de la même manière que les autorités lorsqu’elles traitent les plaintes des contribuables. En d’autres termes : il ne lui prêta aucune attention.

Péter Pérez se sentit offensé. Il passa sa main dans ses cheveux et était sur le point de dire : « Mais bon sang ! Quand je dis que j’ai des preuves de touts poils, c’est qu’elles sont au poil ! », mais il se retint car il avait saisi que les seuls poils qu’il avait en main à ce moment là étaient les siens. Il préféra aller vérifier où vivait don Germán, un habitant du quartier lui donna l’adresse exacte.

Étrange attitude de Péter Pérez.

Lorsqu’il arriva au domicile du défunt, il trouva la veuve en pleurs et d’autres proches qui affichaient sur leur visage des traces visibles de souffrance. Péter remarqua qu’aussi bien la veuve que les autres personnes étaient soigneusement vêtues, portaient des chaussures et tout le toutim. Il pensa donc que don Germán était, sans doute, un paysan émancipé par la Révolution Mexicaine en marche, où les seuls qui ne marchent pas en arrière sont les révolutionnaires.

Sans respecter la douleur de la veuve, Péter Pérez lui posa cette étrange question :

- Votre époux était daltonien ?

- Non, monsieur - répondit la veuve -, il était originaire de Zacatecas.

- Non je voulais juste savoir - insista Pérez - s’il connaissait bien les couleurs ? On m’a dit qu’il mettait des cravates vertes de très mauvais goût.

- On vous a menti, monsieur. Les couleurs des cravates que porte mon époux, oh pardon, oh !... - et la femme se mit à sangloter - je veux dire que portait mon époux, sont discrètes. Vous pouvez entrer dans la chambre et jeter un coup d’oeil.

Et on montra à Pérez les cravates qui étaient dans l’armoire.

- Merci, madame, merci beaucoup. Je vais rester un petit moment avec vous - lui dit Péter.

Il resta silencieux à ses côtés quelques minutes, puis s’exclama :

- Je voudrais un verre de rhum, et oui je suis dipsomane.

- Comme c’est étrange ! - lui dit la veuve - Vous avez pourtant tout du Mexicain.

La femme ouvrit son sac, appela sa domestique, et lui dit :

- Allez, Juana, file à l’épicerie de don Nabor, et ramène une bouteille de rhum, monsieur veut prendre un verre…

- Ne vous dérangez pas, madame, ce n’est pas nécessaire - dit Péter, et il se leva.

- Mais, ce n’est pas un problème, Juana va acheter une bouteille car à la maison on n’en a jamais.

- Merci beaucoup, mais ça va aller.

Le super détective de Peralvillo fit ses adieux et se retira.

C’était bien un assassinat, en effet…

Péter Pérez ne pouvait se résoudre à quitter le village, sans avoir donné une bonne leçon à l’inspecteur de police du quartier.
Débarrassé de sa fausse barbe, Pérez se rendit dans les bureaux de la gendarmerie.

- Je suis Péter Pérez, le détective de Peralvillo - dit-il.

Cela suffit pour que l’inspecteur de police change radicalement de comportement et se montre tout mielleux, en effet la renommée du super détective avait désormais atteint tous les recoins de la République.

- Je retourne à Mexico demain - expliqua le merveilleux détective, mais avant je veux vous fournir quelques explications sur le cas don Germán…

- Ah oui, l’Indien bourré qui a claqué hier sur la place ? - demanda l’inspecteur.

- Exactement, monsieur ; mais ce n’était ni un Indien ni un ivrogne.

Et le talentueux Péter Pérez livra sa théorie :

- Lorsque je me suis penché sur le cadavre, j’ai pu constater qu’il ne sentait pas l’alcool et que ses mains n’étaient pas couvertes de callosités ; ces deux indices prouvaient que ce n’était ni un alcoolique ni un paysan. Chez lui, après voir vu qui étaient ses proches, j’ai cru un moment que don Germán était un Indien émancipé par la Révolution ; mais ça c’est impossible car il n’y pas d’Indiens émancipés sauf dans la propagande officielle. Vous savez bien qu’ils préfèrent être manœuvres. J’en ai donc conclu que don Germán était un homme de paille…

« Ce genre d’individu porte généralement un pantalon de drap et un chapeau de paille, pour donner l’impression qu’il appartient au peuple.

« J’en ai déduit que l’uniforme de paysan n’était qu’un déguisement lorsque j’ai interrogé la veuve sur la couleur des cravates de don Germán. D’une part les Indiens ne mettent pas de cravate. D’autre part j’ai pu vérifier que ce n’était pas un ivrogne, parce que chez lui il n’y a aucune bouteille d’alcool. Ils étaient prêts à aller acheter une bouteille pour me servir un verre…

« Il s’agit, par conséquent, d’un assassinat, qui s’est sans aucun doute déroulé de la façon suivante : Don Germán salua par des cris de joie son candidat, c’est pour cela d’ailleurs qu’on le payait, lorsqu’un opposant lui brisa la nuque d’un coup de bâton.

« C’est, je le répète, un assassinat, mais un assassinat électoral, et les assassinats électoraux ne sont jamais condamnés ; rappelez-vous ce qui est arrivé à l’époque de Almazán. Des centaines de personnes furent tuées dans tout le pays et ces meurtres sont restés impunis, pour la simple et bonne raison que les assassinats électoraux ne sont pas pris en compte par les autorités », s’écria Péter Pérez, avec le fervent sentiment de ce qu’est la démocratie.

Et l’inspecteur de police du coin resta un long moment bouche bée, devant la magistrale explication de Péter Pérez.

Le génial détective de Peralvillo retourna à Mexico en bus, de mauvais poil et pestant contre les incommodités ; mais comme c’est un génie, il n’a naturellement pas besoin d’aller à Acapulco, comme n’importe quel parvenu de dernière heure.

Une traduction de Cathy FOUREZ
(13 mai 2005)

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