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Hors de l'Ombre : Cinéma
Vorace
Eloigné de l’armée en récompense de ses faits d’armes, le capitaine John Boyd arrive pour compléter l’effectif d’un fort avancé en Californie. Cette Californie-là n’a rien d’hollywoodien.
Titre : Ravenous

Scénario :  Ted Griffin

Réalisation : Antonia Bird

Sortie : 1997
Tous Droits Réservés
John Boyd est un lâche. Pendant la guerre mexicano-américaine, sur un coup de chance, il est laissé pour mort par l’ennemi. Il refait surface derrière les lignes ennemies, et prend un poste avancé à lui tout seul. On le décore, mais son officier commandant veut se débarrasser de lui. Le héros, qui ne supporte pas la vue du sang, se retrouve dans un squelette de garnison, perdue dans les montagnes californiennes, en plein hiver. Autour de lui, les militaires ont tous l’air plus fous que lui, et cela semble lui convenir jusqu’à l’arrivée d’un inconnu, Colquoun, un pèlerin frêle et affaibli par le froid et les privations. Le récit du voyageur est effrayant : membre d’une caravane de colons, il a vu ses compagnons s’entre-dévorer pour survivre, et a lui-même participé au festin. Les soldats décident d’une expédition pour secourir les éventuels rescapés.

Inclassable. L’adjectif est souvent employé, mais il rend rarement autant justice à une œuvre. Après un départ western, le héros se voit projeté dans un univers proche de celui de Tim Burton, tant sur le plan esthétique qu’en ce qui concerne les personnages, tous baroques et imprévisibles. Tandis que le public commence à s’adapter à ce nouveau cadre, on bascule dans une nouvelle histoire, celle du cannibalisme considéré comme un art de vivre et de survivre. Ces ruptures de ton sont effectuées avec une grande maîtrise par la réalisatrice Antonia Bird, et la superposition qui résulte de ces chocs de mondes reste harmonieuse et cohérente. Ainsi, chaque personnage semble obéir à la logique d’un univers particulier, les Indiens à celui des traditions, Boyd à celui de ses doutes et de la peur qu’il s’inspire, et Colquoun à celui de la loi de la jungle.

Une véritable magie se dégage de ce film, en raison notamment de ce mélange, auquel il faut ajouter, entre autres ingrédients, une musique renversante et aussi inattendue que le film lui-même. Le scénario de Ted Griffin bondit comme Robert Carlyle au faîte de sa folie, mais en conservant une rigueur implacable. Les enjeux développés dans cette fable sur la nécessité de manger ou d’être mangé le sont avec un sérieux remarquable, qui n’est pas sans rappeler celui qui habitait les plus grands films de la science-fiction à visée philosophique (Solaris, La Planète des Singes, Le Survivant). Les péripéties sont nombreuses mais jamais prévisibles. Ainsi, alors que l’on eût pu attendre une narration suivant le principe de la contamination, de victime en victime, la deuxième partie du film change totalement de rythme, et tourne le dos à la traque frénétique du début, sans pourtant abandonner la tension de la situation.

Le cadre tient du western, mais celui d’un western proche de Dead Man, où chaque rencontre amuse le spectateur et le plonge subrepticement dans l’angoisse d'un même mouvement. Les points de comparaison sont difficiles à trouver pour ce film-ovni, si ce n’est une bonne pincée de Sleepy Hollow (tourné plus d’un an après), et une ambiance proche de certains films de Roman Polanski, Le Bal des Vampires en tête, pour sa manière d’atteindre point d’équilibre entre noirceur et drôlerie de tous les instants.

L’interprétation vient en renfort du talent de l’ensemble de l’équipe. Guy Pearce prouve une fois encore qu’il peut absolument tout jouer, mais aussi rendre chacun de ses personnages attachants en quelques plans. Jeffrey Jones, vieux complice de Tim Burton, promène sa face lunaire et inquiétante et contribue à créer l’ambiance de folie à la fois sauvage et douce de ce conte. Quant à Robert Carlyle, il prouve, une fois encore, qu’il est complètement fou.

Il est difficile de résumer ce film. Plongé dans l’ombre à sa sortie, on se doit de le redécouvrir à présent. Son insuccès semble incompréhensible, tant sa perfection saute aux yeux à chaque image. Sans doute le public (et votre serviteur parmi eux) crut-il avoir affaire à une comédie gore lourdaude, où à une erreur de jeunesse de ses stars. La sortie d’un DVD irréprochable et bourré de suppléments ne peut qu’encourager à redécouvrir ce Vorace qui a tout du film-culte.
En attendant, vous pourrez vous demander s’il vaut mieux manger ou…être mangé
!
Henry YAN,
(15 novembre 2003)

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