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Cahiers Thématiques : Violence et Arts Sombres
L'institution des violences, la violence des institutions
La violence est une donnée parfaitement naturelle. Les êtres vivants qui peuplent notre planète ont la même attitude : manger pour ne pas mourir, manger pour ne pas faire disparaître l'espèce. Cette double obligation est l'institution naturelle de la violence.
La violence repose sur le fait que le vivant dévore le vivant pour se perpétuer. Cette forme de violence n'est habitée par aucun désir, seule la nécessité de la survie la conditionne. Et cela est vrai à quelques exceptions près. Le chat, par exemple, peut chasser sans faim. Son unique but semble la destruction. La question serait de savoir si cet animal est programmé pour attaquer tout ce qui bouge ou s'il existe dans son comportement un ressort secret susceptible d'être apparenté au plaisir mortifère. Autrement dit, cet animal est-il un objet de la violence naturelle ? Ou est-il un élément hétérogène, un apport spécifique à la violence naturelle ? Cela revient à se demander si la violence engendre la violence. Si oui, comment et pourquoi ?

D'abord relativisons le propos. Pour un spectateur naïf, l'acharnement du chat sur sa proie (ou victime ?) est taxé de sadique d'un point de vue humain. Or les raisons du chat sont quasi inconnues. Il a été remarqué et filmé un comportement similaire chez un autre mammifère prédateur. L'orque (appelé aussi la "baleine tueuse") peut sembler "jouer" avec un phoque pendant des heures avant de passer au stade de la dévoration. Cependant, il y a un autre fait, qui à ma connaissance n'a jamais été constaté dans l'espèce du chat : il a été filmé un orque qui ramenait sur le rivage un bébé phoque, apparemment pour le sauver. Serait-ce de la pitié ? On en doute !

Il est difficile d'attribuer aux animaux des sentiments propres aux humains. Plus judicieux serait de concevoir ces comportements animaux comme des instants dans le parcours de la construction de l'acte psychologique. De même, ces tendances contraires (plaisir mortifère et pitié) peuvent être considérées comme des éléments de base des sentiments humains. De là, il est possible de conclure que ces éléments assemblés constituent une sorte de patrimoine émotionnel qui se transmet de génération en génération. Toutefois, dans le cas de l'homme, il y a une remarque à faire sur le degré de complexité dans l'héritage de ce patrimoine. Si l'on peut dire que le plaisir mortifère et la pitié sont les bornes émotionnelles qui limitent les sentiments humains, leur présence conjuguée dans l'acte humain crée une palette incroyablement complexe. Cette complexité est telle que l'on peut a priori affirmer que chaque humain est le produit d'un dosage unique entre la destruction (le plaisir mortifère) et la préservation (la pitié). N'avait-on pas pour habitude de dire que le bourreau est un bon père de famille ? Finalement, il est concevable que la violence soit présente par ces extrêmes en chaque être humain. Cette présence est latente. Contrairement aux vaches, par exemple, qui ne connaissent certainement pas la fonction de tuer, les carnassiers, ainsi que l'homme, ont cette capacité d'attaquer et de mettre à mort leur proie.

Dans le cas de l'homme, cette fonction d'attaque n'est plus guère utilisée. Cependant cette fonction n'a pas disparu. Elle a évolué et crée maintenant ce couple antagoniste sadisme/masochisme. Cela permet de donner une clé pour comprendre comment la violence peut exister et perdurer dans l'institution familiale, par exemple. En effet, les histoires de maltraitance sont majoritairement identiques. Elles sont plutôt observées dans les milieux socio-économiques défavorisés. Elles suivent en majorité un schéma de répétition. C'est ce cycle inquiétant qui justifie le conditionnement de l'acte psychologique humain expliqué ci-dessus. On voit bien qu'il existe une violence qui se régénère plus facilement dans un milieu propice. Cela veut dire aussi que cette boucle perpétuelle n'est pas inéluctable. Comme pour l'orque en captivité, on remarque l'amoindrissement de l'instinct de prédation. Il existe donc une porte de sortie à la violence qui est en grande partie un meilleur conditionnement de l'homme. Ce meilleur conditionnement passe bien sûr par une société plus juste et surtout plus évoluée.    

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Saïd SAIDI
(08 avril 2002)

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