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Cahiers Thématiques : Vampirisme et Arts Sombres
Vampyr ou les aventures d'un spectateur fasciné
Allan Gray parcourt une vallée perdue et mystérieuse jusqu'au manoir où une jeune femme dépérit d'une maladie inconnue. Une vieille femme rôde dans le parc.
Titre : Vampyr

Scénario : Carl Theodor Dreyer

Réalisation : Carl Theodor Dreyer

Sortie : 1932

Passionné de science, Allan Gray arrive dans la petite auberge d’un petit village, au fond d’une petite vallée. Ombres mouvantes, silhouettes entraperçues, brume, gémissements, clarté permanente, bruits inexpliqués, le jeune homme est perdu dans un univers étrange. La nuit ne lui apporte ni conseil ni repos : à peine ferme-t-il les yeux qu’un vieillard entre dans la chambre et dépose un paquet sur le bureau avant de disparaître. Il n’aura prononcé que ces mots : « Elle ne doit pas mourir ». Le lendemain, Allan part en excursion, allant de découvertes en surprises, et d’étonnement en effroi. Il retrouve le vieil homme au fond de son manoir, affligé par la maladie de l’une de ses filles, Léone, qui dépérit et souffre d’une étrange forme de somnambulisme. On la voit parfois errer dans l’immense parc du manoir, et rencontrer une étrange vieille femme qui la prend dans ses bras. Allan se décide à ouvrir le paquet une fois que le vieillard lui demande de rester quelques temps comme son hôte. Il s’agit d’un livre traitant des vampires, de leurs mœurs, de leurs auxiliaires, et de quelques cas célèbres, comme celui de Marguerite Chopin, dont les méfaits se sont déroulés dans le village où Allan se trouvait peu avant. Prisonnier des maléfices à l’œuvre dans la région, Allan ne peut guère que subir les événements qui se précipitent autour de lui.

Vampyr est un film rare, tant par la parcimonie de sa diffusion télévisuelle ou cinématographique (mais gageons que le DVD remédiera très bientôt à cette injustice) que par l’ensemble de la narration mise en œuvre par Dreyer. Son seul film strictement fantastique, si tant est que les deux termes puissent s’accoler, dégage de nombreuses impressions lors d’un visionnage, soixante-dix ans après sa création. Alors que les magnifiques « Universal Monsters » ont gagné un charme savoureux avec l’âge - l’avertissement qui précède encore certaines versions du Frankenstein de James Whale ne peut que faire sourire lorsqu’on pense qu’il n’était pas que de pure forme -, Vampyr semble ne pas avoir subi la même évolution quant à sa réception. Presque dépourvu d’effets de maquillage, tournant le dos à l’essentiel de l’attirail horrifique développé à la même époque par Hollywood, Dreyer joue sur les focales, les éclairages, les cadrages. Il choisit des paysages d’où naît le malaise, des lieux dont le hors-champ suscite une curiosité rarement assouvie. La caméra capture l’image d’une main choisissant un flacon orné d’une tête de mort dans une armoire, ou celle d’une nonne veillant la jeune malade, sans jamais montrer le chemin qui mène à ces images. Un homme, une faux sur l’épaule, sonne une cloche. Puis disparaît. Des ombres marchent au plafond, ou à l’envers. Un unijambiste descend un escalier. Vampyr est fait de toutes ces touches, avec le visage empli d’inquiétude et d’étonnement de Gray, tout à la fois incapable de s’arracher au fil des événements et de les combattre. Et l’histoire se déroule pourtant, lentement mais efficacement, avec un suspense trouble. En effet, le spectateur, pas plus que Gray, ne peut imaginer quelle sera l’étape suivante, qu’il s’agisse de l’histoire ou simplement du déroulement du film.

Fantastique surréel. On peut supposer que les diverses expériences menées par les Surréalistes ou par Cocteau dont Le Sang d’un Poète faisait déjà succès ont pu influencer Dreyer d’une manière ou d’une autre. C’est pourtant en marge de ces œuvres, en marge de ses propres œuvres que l’auteur a composé un poème fantastique dont le spectateur est invité à construire son interprétation, sa vision même, au sens le plus simple, tant les perspectives ouvertes par chaque plan sont nombreuses. Que dire en effet de la photographie ? Certains paysages se nimbent d’une brume dont on ne peut dire s’il s’agit d’un effet d’objectif ou d’un réel brouillard. Le traitement du son est en parfaite adéquation avec la photographie : presque muet (Dreyer a réalisé la plupart de ses films avant l’arrivée du son dans le cinéma), la bande sonore alterne de rares dialogues avec des musiques qui ne soulignent presque jamais l’action, ni ne la répètent. Les gémissements sont perçus dans le lointain, comme étouffés par la sourdine d’un piano, et on ne peut que songer à la bande-son de l’Eraserhead de Lynch lorsqu’Allan Gray se tourne et se retourne dans son lit.

Rénovation ? Vampyr fait partie de ces rares œuvres dont on peut savourer la vision malgré des conditions parfois précaires. Le découpage de la narration, les techniques employées n’ont presque pas vieilli, et on pourrait presque considérer que les imperfections embellissent l’oeuvre. On attendra malgré tout une rénovation de l’oeuvre pour apprécier enfin toute la beauté étrange de l’un des rares films fantastiques dont l’auteur, en semblant ne pas chercher à susciter l’effroi du spectateur, à réussi l’équilibre parfait entre angoisse et fascination. Un poème dont le pouvoir d’attraction ne s’éteint pas.  

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Henry YAN
(06 janvier 2003)


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