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D'Oeuvre en Oeuvre : Littérature
Dans la vallée de l'ombre de la mort
La guerre de Sécession, version "autant en emporte le sang". Des meurtres inexplicables, proches et ressemblants, une communauté de paisibles émigrés allemands mise à mal, un chirurgien manchot, un jeune franc-tireur avec une balle dans la tête, Ulysse S. Grant, George Custer, et la boucherie de la bataille de Shenandoah...
Titre : Dans la vallée de l'ombre de la mort

Auteur : Kirk Mitchell

Editeur : Gallimard (Série Noire)

Sortie : 1999
Tous Droits Réservés
La bataille de la Shenandoah, superbe vallée du Sud des futurs Etats-Unis, fut l'une des plus meurtrières et dévastatrices. Les hommes y tombèrent par milliers dans les deux camps. Les Nordistes sont emmenés par le jeune général Grant, héros de cette guerre fratricide, déterminé à aller jusqu'au bout de cette bataille pour vaincre "Stonewall" Jackson, vieux héros Sudiste. Fréquentant l'Etat-Major yankee en raison de sa position de médecin-colonel, Simon Wolfe rencontre, au hasard d'une bataille, une jeune dunker, soit une émigrée allemande dont la tradition religieuse impose un baptême par immersion totale. La jeune femme est terrorisée et bouleversée. Le cadavre d'une de ces coreligionnaires gît non loin, mutilé. Le colonel la ramène au camp yankee, où elle soulève l'émoi des blessés.

Le colonel tente de convaincre Grant de diligenter une enquête sur le meurtre de la dunker, mais le général ne souhaite pas consacrer de temps et d'énergie à ce "dégât collatéral". Le colonel prend l'enquête en main, et rencontre des personnages attachants et/ou effrayants sur son chemin. Sudiste par ses origines et Nordiste par son engagement, manchot à la suite d'un acte de bravoure, chirurgien incapable d'opérer en raison de son handicap, le colonel Wolfe met à jour une intrigue surprenante, effrayante, sombre comme les nuages de fumée des fermes dunker incendiées, poisseuse comme le sang des soldats qui baignent le champ de bataille de la Shenandoah.

Kirk Mitchell réussit dans ce roman un remarquable tour de force, ou tour d'adresse. Son œuvre convoque plusieurs genres littéraires sans en négliger un seul. A l'instar de James Ellroy, actuellement en train de transformer l'histoire de l'Amérique en Super-Polar, Mitchell prend pour cadre une base réelle, unité de temps et de lieu : la bataille de la Shenandoah, une sorte de Verdun de la guerre de Sécession, tant dans le massacre que dans les mentalités américaines contemporaines. Tous les acteurs de cette bataille sont également conviés dans son roman, et c'est avec des frissons d'émotion que le lecteur, à la suite du colonel Wolfe, pénètre au début du roman dans la tente qui sert de QG à Grant. Les personnages historiques prennent vie, et deviennent les protagonistes d'un authentique roman policier, avec une enquête, menée au rythme des batailles, des soins apportés aux blessés, des réunions au QG, des victoires et des défaites. Le héros, personnage totalement atypique (chirurgien génial, mais manchot à la suite d'un fait de guerre, et donc privé d'exercice de la chirurgie, Sudiste mais engagé chez les Nordistes, pris entre la fierté d'avoir tenu tête à son père et la culpabilité d'avoir survécu là où certains membres de sa famille sont tombés - dans l'autre camp -, est splendide d'humanité et de sensibilité, perdu au milieu d'une guerre qu'il ne comprend que trop bien, à l'image de Witt dans La Ligne Rouge (de Terrence Malick, 1998).

Le film est peut-être une des rares œuvres auxquelles on pourrait - partiellement - comparer Dans la Vallée de l'Ombre de la Mort, en raison de la multiplicité des points de vue sur l'événement, et de la part d'émotion intense générée par chaque page. La guerre y fait peur et horreur en même temps qu'elle fait frémir d'enthousiasme : l'assaut livré par Custer (pas encore massacreur d'Indiens mais déjà inquiétant et grotesque) évoque le Waterloo dépeint par Hugo dans Les Misérables (l'auteur de cet article assume pleinement ses comparaisons). Un souffle déjà ressenti chez quelques auteurs américains, dont Hemingway ou Cormack McCarthy.
Et l'intrigue ? 

L'intrigue reste au centre du roman, elle guide le lecteur comme elle guide le héros, lui fait visiter chaque strate du désastre, mais ne le perd jamais en route. Ici réside peut-être la plus grande qualité de Mitchell. La dimension policière est présente, omniprésente même, tout est orienté et dirigé dans sa direction. Le lecteur est ébloui par le cadre, et suspendu à l'histoire. le tout en étant passionnément attaché aux personnages, tous aussi grands qu'inquiétants. La fascination pour la jeune dunker, l'exaltation du champ de bataille, l'horreur de la guerre, la peur du tueur... Tous ces ingrédients sont présents et Kirk Mitchell mérite la toque de chef : le dosage est parfait, certes, mais il a su trouver quelque chose de plus, une touche de magie peut-être, un souffle sûrement, qui transcende l'œuvre et la porte à des niveaux inégalés: un roman qui excelle dans tous les genres qu'il touche. Une fresque inoubliable, un roman noir extrêmement sombre et une réflexion poétique sur la guerre. La marque d'un maître.

NB : Il n'est guère besoin de connaître l'histoire de la guerre de Sécession pour profiter des éléments historiques de ce roman. A l'image de Gladiator, Braveheart ou La Reine Margot, le fil du roman fait vivre ces éléments sans qu'ils entravent la compréhension. On en sort même instruit. 
Henry YAN
(07 mai 2001)

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