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Hors de l'Ombre : Cinéma
The Wild Mile
Cherchons, creusons, sortons la pioche et la frontale, et aventurons-nous au Salon des Refusés, c’est à dire des raretés pas imaginables. On en trouve plein les deuxièmes parties de soirées. Et voilà-t-y pas qu’on déterre un triangle amoureux qui sent la sueur et le crottin de cheval.
Titre : The Wild Mile

Scénario : Joe Stanton, d'après une idée de Sam Peckinpah

Réalisation : Alan Smithee (William Friedkin)
Steve Beckett est un jeune capitaine de cavalerie dans l’armée US de cette fin de XIX° siècle. Il seconde bravement le colonel Johannssen, un type dur et intolérant : un héros du Nord dans la guerre de Sécession qui faisait rage vingt ans plus tôt. Le colon n’apprécie guère le capitaine, tout frais sorti de West Point, et enfant de sudiste à l’accent langoureusement traînant. Et puis Beckett est aussi beau et jeune que Johannssen est vieux et laid. Ce dernier préfère largement le jeune (aussi) lieutenant Bruce Williamson, un yankee, pas meilleur soldat que Beckett et même plus arrogant. Au désespoir de Beckett, qui subit brimades sur réprimandes, Johannssen préfère décidément le beau (aussi) Williamson. La tension monte entre les trois hommes. Pour soulager tout le monde, Johannssen décide d’une expédition punitive contre une poche de peaux-rouges qui, décidément, ne vivent pas avec leur temps. Le soir, le feu de camp, la lune… Armé d’une bouteille de raide et de son charme bourru, Johannssen se sent prêt de faire des avances douteuses à son protégé… Quand il le découvre dans les bras de son vilain petit canard !

Un véritable ovni que ce machin-là. J’étais affalé sur ma couche un beau soir de mars quand je décidai, perversion ultime, de revoir le scabreux Cruising qui a valu une brouille mémorable entre Friedkin et sa star, Pacino. Je vois le machin, je ronronne, pas de quoi fouetter un chat. Suit une interview de Boujut sur le sujet, qui ne m’apprend pas grand-chose que je ne sache déjà. Puis le bon Boujut annonce le film suivant. Ah ? tiens ? J’avais donc laissé courir la cassette ? Voyons voir, la nuit est encore jeune… Et Boujut nous lâche donc comme ça ce Wild Mile, tourné pour la télé par Friedkin, dit-il. Renseignement pris plus tard, c’est encore plus compliqué que ça. Mais j’y reviendrai.

Soyons clair, quand c’est signé Smithee, c’est, on le sait, que le réal n’était pas follement content du résultat. Parfois on se demande pourquoi, d’autre fois on comprend tout de suite. En l’occurrence, en voyant défiler le générique, on s’attend au pire comme au meilleur. De jeunes acteurs ayant alimenté la production de films en conserves pour aller avec le plateau-repas, ou l’inverse, un vieux de la vieille capable du meilleur il y a longtemps et de l’humiliation il y a moins longtemps (on rapporte une anecdote où le costaud a voulu faire des pompes sur un plateau télé, un vrai cette fois, pas au milieu des petits pois, enfin, bon, laissons tomber). La musique, c’est moi qui rétablis: The Dream, n’importe quoi. C’est bien Tangerine Dream qui s’y colle, et pas dans sa meilleure période, plein d’affreux saxo, pour un western c’est horrible, si ça se trouve, The Dream, c’est comme ça qu’on prononce Alan Smithee en allemand électronique.

Où en étais-je ? Oui. Vous vous demandez déjà ce qu’il y a à en penser. Ben, du bon et du moins bon. Les acteurs, dans l’ensemble, tiennent bon la barre (allons bon, je sens que je commence mal), malgré des fautes de goût fracassantes : le marcel au Far West, hem hem… Alors Patrick swayze en marcel, affublé d’une grosse moustache tombante, en train de se laver à grande eau au ralenti !!!!!!!…. Là, c’est beaucoup. Surtout lorsqu’on surprend Palance apparemment essayant de se troubler devant ce spectacle. C’est vrai que c’est troublant. Enfin bref, vous avez l’ambiance. Paxton n’est pas mal dans le Village People non plus. Il trouble Palance, et nous on est assez troublé aussi. Je ne tire pas sur les ambulances, mais allez, juste un petit dialogue (en VO, pas la peine d’espérer une rédemption…) Palance, sur son cheval, le lendemain de la découverte, à Swayze et Paxton : « Les filles, vous me dégoûtez. –Vous êtes d’un autre âge, mon colonel. –Oui, d’un âge où les uniformes devaient tailler large pour tout contenir. ». Glissons. (Hem, ça ne s’arrange pas.)

L’histoire de tout ce fatras homophobe, mal fagoté et même pas drôle (seul Eladio, alias l’ami Guzman, apparition flash, lumineuse, théoriquement drôle (running gag débile de Luis qui tombe dans un baquet d’eau trois fois de suite…J’en ai les côtes en long de rire comme ça, apparemment Benny Hill a coscénarisé), l’histoire donc de ce projet aberrant, c’est assez farfelu en soi : apparemment, ce serait parti d’une blague lancée par le grand Sam Peckinpah, qu’un producteur pas net aurait prise au sérieux peu après la mort du grand homme. Friedkin, lui-même franchement à la dérive (il sort de Cruising… ai-je besoin de développer ?), se laisse tenter. On se demandera longtemps pourquoi. Comment a-t-il pu accepter une scène de nu de Jack Palance, l’air perdu, sur fond de Tangerine Dream pas inspiré ? AU FAR WEST ??? Palance, on comprend. Il était au fond du trou (Et ça continue…) La résurrection vint avec Bagdad Café. Quant aux autres, la suite fut meilleure.

Donc le projet fut remonté, tronçonné, puisque le grand Billy refusa d’y mettre son nom, écoeuré que son projet « d’Autant en emporte le Vent gay » soit balayé et transformé en comédie grasse. De même, Patrick Swayze aurait répondu par une menace de poursuite judiciaire à un journaliste qui l’interrogeait à ce sujet. Les héritiers de Peckinpah sont en procès avec Bob Harman depuis la sortie du film pour que le nom du grand homme soit retiré du générique. Bref, un film maudit. Comme on les aime ?

Stéphane RASKOWSKI
(15 avril 2004)

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