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Hors de l'Ombre : Cinéma
The Lodger
Dans les rues brumeuses du Londres de la fin du XIXe siècle, un meurtrier rôde. Dans une paisible maison, un inconnu d'aspect sinistre vient louer une chambre. Ne font-ils qu'un ?
Titre : The Lodger

Scénario : Alfred Hitchcock

Réalisation : Alfred Hitchcock

Sortie : 1928
Tous Droits Réservés
La brume recouvre Londres chaque soir, en cette froide saison. Chaque mardi depuis plusieurs semaines, une jeune femme blonde est retrouvée, sauvagement assassinée. Le meurtre est toujours signé d'un triangle, dans lequel s'inscrit : "le Vengeur". L'affaire fait grand bruit, et l'on commence à prendre ses précautions. Les perruques apparaissent aussi vite que les pistes disparaissent. C'est dans ce climat que Daisy, mannequin, jolie blonde, vit avec ses parents. Un beau et jeune policier vient lui faire régulièrement la cour, sous l'œil plus que bienveillant des parents de la jeune fille. Un beau mariage est annoncé : comme le dit le futur fiancé, "dès que j'aurai mis la corde au cou du Vengeur, je mettrai la bague au doigt de Daisy". Un robuste gaillard à qui l'on confie bientôt l'enquête. L'avenir s'éclaircit. Un beau soir de brouillard, pourtant, surgit un étrange personnage. Brusque, mystérieux, il se présente à la porte de la maison, le visage masqué par une écharpe, ce qui le fait ressembler furieusement aux descriptions du sinistre Vengeur…
Les signes de son étrangeté se multiplient, de même que ceux de son affection naissante pour Daisy. Le presque fiancé ne voit pas les manières du curieux locataire d'un très bon œil. Et puis, pourquoi est-il sorti avec sa drôle d'écharpe, mardi dernier ?

Sur les traces de Jack L'Eventreur. Réalisé en 1928, The Lodger est l'un des plus célèbres films d'Alfred Hitchcock. Cette affirmation peut surprendre. Elle n'aurait guère choqué aux alentours de 1930. Elle ne surprend plus personne si l'on y ajoute l'adjectif "muet". Il s'agit même de son premier succès. Beaucoup le savent, l'auteur de Vertigo, Psycho et autres, a commencé sa carrière très tôt et très jeune. Quelques courts métrages lui furent confiés. Puis vinrent quelques films de commande, comédies ou drames, avant les premières œuvres personnelles. Blackmail (1929) en est l'une des plus fameuses, ainsi que Murder (1930). Avec des thèmes de prédilections aussi sombres que le meurtre et le chantage, il était logique que le futur "maître du suspense" s'intéresse de près à l'une des plus fameuses affaires criminelles de sa jeunesse londonienne, celle qui vit Jack L'Eventreur mettre Scotland Yard en déroute. S'inspirant largement de certains aspects de la réalité (meurtres, victimes, cadre géographique et météorologique), Hitchcock tisse un suspense tendu à l'intérieur d'une famille, là où on aurait pu l'attendre dans les rues, en train d'arpenter Whitechapel. L'essentiel se déroule dans la maison, dont les occupants sont métamorphosés progressivement par l'arrivée du locataire (Lodger, en anglais). La jeune fille, prête à épouser son balourd de policier, se laisse séduire par le charme douloureux de l'étranger. Le jovial policier devient agressif, violent même, à mesure que ce même étranger attire l'attention à lui. Les parents eux-mêmes, passent d'une gentillesse débonnaire à une méfiance lâche. Et l'angoisse monte tandis que les preuves semblent s'accumuler contre l'inconnu. Son comportement est inhabituel, ses réactions imprévisibles. Il semble fuir la famille, mais s'entiche de Daisy. Il fait ôter les portraits de jeunes femmes blondes dès son arrivée, mais en transporte un dans ses bagages…

Une maîtrise impressionnante. Le suspense, les faux-semblants, le doute permanent, et même une jolie blonde porteuse d'un fort érotisme… Pas de doute, tous les ingrédients sont réunis pour créer un film d'Alfred Hitchcock. La maîtrise du jeune réalisateur est impressionnante. Chaque plan est soigné, et semble raconter une autre histoire que celui qu'il montre. Certains seront d'ailleurs repris plus tard. La recherche dont il fait preuve est remarquable : gros plans au contraste saturé, maquillages subtils, qui transforment les deux rivaux en fantômes inquiétants, surimpressions proches du surréalisme… Le montage est également remarquable de modernité dans certaines séquences, telle celle du baiser de Daisy et de l'inconnu : une véritable illustration de la célèbre phrase de maître Alfred ("Je filme les scènes d'amour comme des scènes de meurtre, et les scènes de meurtres comme les scènes d'amour"). A ce moment, alors qu'on ne sait toujours pas si l'inconnu est bien le meurtrier, le vertige qui s'empare des deux jeunes gens est rendu par une succession de plans inquiétants : la scène d'amour comme l'un des instants les plus chargés d'angoisse et d'interrogations du film.

Un grand thriller. Ce film mérite mieux que d'être considéré comme une œuvre de jeunesse, avec tout ce que l'expression peut suggérer. Maîtrisé, surprenant et angoissant, le film mène déjà son public dans des recoins sombres, au fond desquels il ne trouve que lui-même et ses démons. Même l'épilogue ne suffit pas à atténuer le malaise. Porteur de promesses souvent tenues, The Lodger ravira les amateurs de la veine la plus sombre d'Hitchcock, et mérite d'être reconnu comme un grand thriller, dont le silence ne fait que renforcer la noirceur.   
Henry YAN
(18 mars 2002)

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