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Cahiers Thématiques : Vampirisme et Arts Sombres
Le Survivant (the Omega Man)
La terre est ravagée par une guerre bactériologique. Seul un homme a pu bénéficier d’un vaccin. Il erre dans les rues de Los Angeles. Seul. Seul ? Pas si sûr.
Titre : The Omega Man

Scénario : John William & Joyce H. Corrington

Réalisation : Boris Sagan

Sortie : 1971
Robert Neville a bien failli y rester, avec tous les autres de son espèce, les humains. Finalement, il a eu une chance qui n’en est peut-être pas une : seul à avoir bénéficié du vaccin qu’il avait mis au point, il se retrouve seul de son espèce. Et s’il fait bon vivre, notamment quand un certain nombre des désagréments liés à la vie en société ont été rayés d’une pression sur un bouton, la solitude se fait sentir. Et les parties d’échecs avec un buste de César ne remplacent pas un vrai César, pas plus que la télévision narcissique –Robert se filme lui-même, histoire d’avoir de la compagnie. Comment occuper son temps, quand on est le dernier ? Eh bien, à supprimer ses ennemis, quand il en reste. Et il en reste : une poignée de survivants s’est adapté à la situation, et ne voit pas les choses comme lui. Menés par le très rétrograde Matthias, gourou charismatique s’il en est, une harde de malades dépigmentés, albinos, craignant la lumière au point de ne sortir que la nuit, les membres de la Famille ont tiré une leçon particulière du cataclysme : puisque la science et la technologie ont conduit le monde à sa perte, il faut purifier les ruines du monde et brûler tout ce qui rappelle l’ère maudite. Et la purification ultime serait celle du dernier humain, Robert Neville. Malheureusement pour la Famille, Neville aime sa tranquillité, et préfèrerait passer la fin du monde tout seul. Le combat se poursuit donc depuis deux ans, d’escarmouches en guet-apens, jusqu’à l’arrivée d’une jeune femme qui ne porte pas les stigmates chers à Matthias.

En pleine guerre froide, et trois ans après La Planète des Singes, Charlton Heston reprenait du service dans le rôle du dernier humain. Tourné en 1971, Le Survivant est l’adaptation de Je Suis une Légende, de Richard Matheson. Un classique de la littérature de science-fiction, dans lequel les assaillants de Robert Neville sont deux espèces de vampires. En effaçant l’aspect fantastique de l’histoire originale, les auteurs ont ancré cette parabole dans la réalité politique et scientifique de son temps, et du nôtre aussi peut-être. Cela étant dit, ils ont considérablement perdu en angoisse et en suspense. Les zombies passéistes qui veulent sacrifier Robert Neville sur l’autel de la purification scientifique sont extrêmement vulnérables le jour, mais ne disposent pas d’une contrepartie nocturne comparable à celle des vampires : pas de crocs, pas de capacité de contamination, pas de force surhumaine, et pas de pouvoir de séduction troublant (loin, loin de là…). Leur force réside dans la croyance et leur fédération. Bref, dans leur capacité à reproduire une microsociété, une maquette du modèle même qu’ils prétendent rejeter et combattre. De plus, le caractère irréfléchi et primaire de leur rejet de la science prête à sourire, et Neville n’est pas le dernier à se payer ouvertement leurs têtes blanches : jusqu’où faut-il remonter pour être enfin pur, quel est l’état de nature ? Le bon sauvage de Rousseau a une bobine des plus inquiétantes, par ici.

A l’autre bout de la chaîne, Neville n’est plus, comme dans le roman de Matheson, un brave type qui a tout perdu (femme, enfant) dans la catastrophe, et qui survit on ne sait plus trop pourquoi. Le Neville incarné par Heston est à l’image de son cynique et antipathique personnage de la Planète des Singes, un homme qui survivra de toutes façons, même s’il est le dernier sur terre. Et même pis : s’il en reste d’autres dont la tête ne lui revient, il se chargera de les éliminer. C’est d’ailleurs ce qu’il fait dans la journée, en dilettante, entre deux promenades en voiture ou avant une projection privée de Woodstock. Les hommes de Matthias étant une centaine au plus, l’éradication est un objectif atteignable. Enfin la paix, enfin tranquille… Et puis, ce n’est pas lui qui a commencé… Un peu comme dans toutes les guerres, d’ailleurs, il n’y en a jamais un pour avoir commencé. Le tout, c’est de s’occuper. C’est là le comble du pessimisme du Survivant. Au-delà de la dénonciation de la technologie dangereuse, des hommes oublieux de leurs racines, de l’irresponsabilité des dirigeants et des hasards vraiment malheureux, il y a une conviction profonde que l’homme, bien ou mal armé, avec ou sans quelque chose à défendre, s’organisera toujours en société. Ne serait-ce que pour faire la guerre au voisin. Et le pire de tout, c’est qu’à la question « A quoi bon survivre, alors ? », il n’y a toujours pas de réponse.

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Henry YAN
(15 décembre 2003)

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