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Hors de l'ombre : Cinéma
Society
Comme l'affirmait récemment l'un de mes familiers, Society "a tout l'air d'un bon vieux nanar des années 80." Erreur, monumentale erreur.
Titre : Society

Scénario : Rick Fry, Woody Keith

Réalisation : Brian Yuzna
Mises en situations. Malgré une connotation eighties évidente - Beverly Hills pour cadre, imagerie US typique de l'époque, relents manifestes de teen-movie - , non seulement Society n'a rien d'un nanar(1) mais il laisse systématiquement son empreinte sur le spectateur. Quelques anecdotes.

Je cite le film à l'occasion d'une discussion avec notre rédac'chef et celui-ci me décoche son sourire de vieux loup de mer : ça sent la connivence à plein nez, la perle sortie du coffre à souvenir, et en deux minutes nous admettons avoir connu, pêle-mêle, délices de la répulsion et fascination. Tout ça pour un film sorti de nos vidéo-clubs respectifs, adolescents désœuvrés que nous étions, et qui ne payait pas de mine. Quinze ans après, nous en parlons encore comme si c'était la veille. "Gosh, me dis-je, ça c'est pas banal !"

Des mois plus tard, affaire enterrée, le film est à nouveau visionné, plaisamment accompagné d'une collègue d'Arts Sombres. Imparable : elle déglutit, respire à fond, ne vomit pas. Y avait pourtant matière. Les semaines passent et la voici qui lâche un scoop : question dégoût, Society pulvérise Seven, pourtant lauréat suprême de son classement personnel. Pas au niveau de la réa, ni du scénario, mais loin devant tout ce qu'elle a connu pour l'impact morbide. "Gosh, me dis-je, ça c'est quand même pas banal !"

Troisième essai, transformé : je laisse un ami picorer dans la dvdthèque et celui-ci opte pour l'objet de cet article. Histoire de "se changer les idées". Bonne pioche, deux jours après l'avoir vu il se jette sur n'importe quel spectacle comique, histoire d'oublier. "Quelle famille, quand même…", avouera-t-il. Pour sûr, question liens familiaux, Society pose la barre très haut.

Perspectives. La donne était faussée dès le départ : Brian Yuzna n'en est pas à son premier métrage et l'on peut raisonnablement qualifier la scène finale d'orgie la plus gore jamais mise en scène… après Salo ou les 120 journées de Sodome (Pasolini,1976), atroce également mais pour des raisons bien différentes. Ce pourquoi Society mérite largement de sortir de l'ombre (où des années de rayonnages poussiéreux et une sortie DVD peu reluisante l'ont laissé croupir) n'est paradoxalement pas la scène en elle-même, ni le cheminement qui nous y amène : c'est le malaise qui suinte de l'œuvre et la variété des raisons qu'on trouve à celui-ci. Confondu ("Gosh !…"), j'en ai relevé quatre et laisse le soin à votre curiosité de me donner tort…

Première lecture. Yuzna a simplement réussi à mettre en images des monstres de bestiaire, sortis de l'imagination torturée de son acolyte maquilleur (Screaming Mad George, responsable entre autres des effets de Faust, The Guyver, Les Griffes de la Nuit (4ème opus), et des clips de Korn, Manson, NIN ou Metallica). Les effets spéciaux sont léchés, il lui suffit ensuite de faire monter la sauce en plongeant son héros dans un univers où "ce n'est parce que tu es parano qu'ils ne sont pas après toi…" , puis de cueillir le spectateur à point nommé par un dénouement révélant les dits "freaks". Un peu facile.

Seconde lecture. On nous sert ici la version ultime d'un ultra-libéralisme sans complexe, une parabole limpide susceptible d'atteindre les plus obtus : "Mon petit, les (très très) riches sont d'une voracité à toute épreuve et s'en donnent à cœur joie dès qu'il s'agit de dévorer les sous-fifres qui triment pour eux (ou se rebiffent, ce qui revient au même)". Histoire de bien illustrer le propos, il est agrémenté de sexe libidineux et de folie rampante – après tout, autant gratifier les nantis affamés de tares manifestes. Miséreux de tout crin, préparez-vous pour la curée(2).

Troisième lecture. Quoi de plus horrible ou répugnant que le sexe et le cannibalisme ? Deux pratiques notamment sérieusement contrôlées (surtout la première) et réprouvées (plus encore la seconde) par toute société un tant soit peu préoccupée par sa survie. Que les choses n'évoluent en fait pas dans ce sens, mais que cette régulation soit le résultat final de pratiques façonnées par leur résultats, n'entrave en rien la conclusion relative au film : poussons la transgression à l'extrême et soulignons l'impunité des transgresseurs ! Non seulement nous devrions autant fasciner que révulser, mais l'on s'offrira même le luxe d'une réflexion sur le vice, l'interdit et les conséquences de l'impunité…

Quatrième lecture. Et si ce qui gêne dans Society s'avérait l'altération terrifiante, la désagréable impression d'un atroce simulacre paroxystique ? Ce savant mélange d'appétit sexuel et de désir de mélange qui, maîtrisé, pimente les relations "entre personnes consentantes", mais qui trouve ici son expression la plus cauchemardesque (fusion de l'autre avec soi, perte de toute limite à la possession, abolition de tout repère jusqu'à la fin de l'identité individuelle)... et réaliste ? Dans la gamme où évolue Society, de manière métaphorique of course (inversée, en l'occurence), on ne serait pas étonné de rencontrer ce que la société considère comme des crimes envers la notion d'individualité et de personne humaine, à juste titre gravement punis.

Delirium ? Society est avant tout un très bon film au vu de la catégorie dans laquelle il évolue : l'horreur mâtinée de gore, sans qu'il recoure à des acteurs mythiques ni reposer sur une construction inénarrable. On peut toujours refuser d'y voir plus que ça, et conserver par-delà les années le souvenir ému de la forte impression qu'il produit finalement. A tous les âges, apparemment. On peut aussi opter pour une approche critique : les quelques propositions précédentes révèlent son potentiel sur ce plan. On peut enfin le considérer comme un hommage posthume aux films de sa décennie, peut-être involontaire d'ailleurs, dans sa réalisation comme ses acteurs et son contexte. Je doute que l'on puisse, quoi qu'il en soit, le juger anodin.

Notes :
(1) Allez, admettons tout au plus, par souci de véracité, qu'il faut chahuter un peu la vraisemblance et accepter qu'un jeune homme ceinturé soit miraculeusement libre au plan suivant…
(2) Cette lecture semble la plus fréquemment proposée.

Uncle CHOP
(01 janvier 2005)

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