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Cahiers Thématiques : Violence et Arts Sombres
Polémique et signalétique : connaissance et maîtrise du boomerang
Après plusieurs années d'existence, la signalétique imposée par le CSA divise. Concurrencée par la signalétique de Canal+, elle jette surtout un éclairage peu nouveau sur un éternel problème de censure : son effet boomerang.
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La signalétique est censée aider le public à faire ses choix, à éviter aux (trop) jeunes la confrontation à des scènes de violence ou à caractère sexuel trop explicite. Certains parents emploient peut-être la signalétique à ces fins, mais à l'heure de la très grande liberté des spectateurs, due, entre autres à la multiplication des chaînes, cette signalétique comporte un effet pervers : elle renseigne à l'avance sur le caractère explicite du film, et agit dès lors comme un excellent outil de publicité pour le fruit défendu. La censure a toujours connu cet effet boomerang, et la réputation sulfureuse de certains interdits célèbres a été parfois un remarquable agent de succès. Dès lors, que faire ?

Les uns se battent pour voir leurs films sortir pour "tous publics" (cf. John Woo et son automutilation de Mission Impossible 2, rendu politiquement correct au-delà même de ce que les censeurs pouvaient exiger), les autres affectent de s'en moquer et en payent les conséquences (cf. Darren Aronofsky et son Requiem for a Dream, dont la sortie fut sans cesse repoussée par les studios). L'ère du DVD amène le public et les producteurs à une autre réflexion : le compromis.
Aux salles les versions soft, au DVD les versions hard. Avec une nuance, et de taille : ces versions correspondent en réalité, à celle des studios (et donc des censeurs) d'une part, à celle du réalisateur d'autre part. On peut s'inquiéter d'une dualité d'esprit qui confine au dédoublement de personnalité chez les industriels du cinéma, qui exigent des coupures avant de présenter le montage du réalisateur comme un argument de vente…

Tous ces exemples reviennent à une même notion : celle du contrôle. Le contrôle de ce que l'on risque de voir, celui de ce que les enfants pourraient voir, le contrôle du public dans les salles. Est-il encore important de se protéger à l'avance des réactions d'un public traumatisé ? Aux Etats-Unis, où le lynchage médiatique se pratique encore volontiers, la réponse semble affirmative. Même le consensuel Seigneur des Anneaux a été "adouci" pour les salles, pour allier sécurité et rentabilité. Peter Jackson se réserve un director's cut plus saignant, dit-on.
Qu'en est-il dans le reste du monde ? La signalétique peut devenir un authentique argument de vente (cf. article Les Category III de Hong-kong). Cependant, la France ne produit que peu d' "interdits". Le plus retentissant a d'ailleurs fourni une publicité incontestable à Baise-moi, en même temps qu'il ramenait la France près de trente ans en arrière dans sa politique culturelle (cf. l'interdiction de La Religieuse de Jacques Rivette). Les ministres ont parfois une sollicitude foudroyante à l'égard des têtes blondes qui risquent d'être choquées par un film qu'elles ne seraient pas allé voir s'il avait bénéficié d'une publicité relative à sa qualité.

L'interdit fonctionne pourtant bien dans le domaine de la pornographie. Alors que les salles spécialisées fleurirent dans les années soixante-dix, et passés les effets de mode consécutifs à cette nouveauté (et quelques œuvres célèbres du genre, telle Gorge Profonde), l'effet boomerang inverse se produisit : la peur d'être vu dans ou autour d'une telle salle.
La violence pose d'autres problèmes. Même si elle partage avec la pornographie un certain caractère évolutif quant à sa définition (on ne montrait pas ses genoux en 1900), elle s'en distingue par son public, beaucoup plus varié. Tous les âges sont visés a priori. Les scandales se sont multipliés dans les années quatre-vingt au sujet de dessins animés trop violents pour la jeunesse. La peur de l'imitation a frappé, avec plus ou moins d'efficacité, Orange Mécanique et Tueurs-Nés. Les adolescents n'en ont pas moins fait ces films leurs films cultes du moment, à l'instar de Trainspotting ou autres Scarface. Le contrôle se heurte au goût du fruit défendu, au nom du bien mieux perçu par les adultes que par les jeunes. Vrai dans une certaine mesure, ou du moins bien compréhensible : Massacre à la Tronçonneuse se comprend mieux à 18 ans qu'à 8… Cependant, gare à la puissance des armes employées : Rien n'est pire que l'indifférence pour une œuvre, et nombreux sont les films qui ont trouvé un large public, sans que leur message en soit réellement compris.

L'issue de cette lutte qui montre souvent des confrontations d'attitude et de pamphlets n'est-elle pas dans une réflexion qui mènerait à explorer le moyen employé pour contrôler, protéger ou interdire ? Si une autorité se pense suffisamment informée pour guider, après mûre réflexion, le public vers l'art, pourquoi s'entête-t-elle à communiquer à l'aide de petits dessins ? Une "nouvelle donne" de l'éducation ne serait-elle pas mille fois plus efficace que les mentions microscopiques en bas des affiches ? Le but serait révolutionnaire, et ferait des chômeurs parmi les "sages" chargés de comptabiliser les gifles, les gros mots ou les centimètres carrés de peau. Il s'agirait d'éduquer le public de manière à le rendre autonome, à lui fournir les outils de sa propre culture. Vaste programme, qui n'est autre que celui de toute éducation de masse, soit celle de la plupart des pays développés… et censeurs ! 

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Henry YAN
(08 avril 2002)

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