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Hors de l'Ombre : Cinéma
7 Morts sur Ordonnance
Le docteur Losseray est un bon chirurgien. Il a du succès, et fait venir les patients à l’hôpital, de préférence à la clinique de la famille Brézé. Les Brézé ne voient pas cela d’un bon œil. L’ombre du docteur Berg, un brillant chirurgien, plane encore sur toute la ville.
Titre : 7 Morts sur Ordonnance

Scénario : Jacques Rouffio, Georges Conchon

Réalisation : Jacques Rouffio

Sortie : 1975
Tous Droits Réservés
Le docteur Losseray est frappé d’un infarctus. C’est un bon chirurgien, chacun s’accorde à le reconnaître. Sa réputation va croissant, et les Brézé, propriétaires et médecins de la clinique qui portent leur nom, s’en agacent. Le patriarche, notamment, entend remédier à la situation : la clinique qu’il a fondé voit son chiffre d’affaires fléchir à cause de la concurrence de Losseray, qui travaille à l’hôpital. Cet infarctus n’est donc pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Pourtant, le vieux docteur Brézé vient prendre des nouvelles en personne du docteur Losseray. L’entretien est courtois, mais légèrement tendu. Losseray sait très bien ce qui anime Brézé, et ses manières doucereuses ne le masquent guère.

Peu après, au détour de plusieurs conversations, Losseray entend parler du docteur Berg, dont le destin fut tragique : quelques années auparavant, alors qu’il était un chirurgien brillant mais fantasque, il a tué sa femme et ses enfants à coups de fusil avant de se suicider. L’ami des Losseray, Mathy, fut l’ami des Berg. Il ne veut jamais évoquer l’affaire trop en détail.

Les rumeurs commencent à naître durant la convalescence de Losseray. Le docteur ne serait plus en état d’opérer après son infarctus. Losseray ignore, méprise, puis s’agace. Il devine les instigateurs de la rumeur. Le vieux docteur ne lui laisse d’ailleurs aucun répit. Les appels suivent les visites, qui suivent elles-mêmes les messages. Le vieux renard veut écarter Losseray des billards, et le pousser à la médecine généraliste. Losseray s’entête, et veut prouver qu’il peut reprendre son travail sans problème. La tension monte autour de lui. Une de ses patientes, femme d’un commissaire de police, meurt à l’anesthésie. Losseray ne l’avait pas encore touchée, mais la rumeur néglige le fait. Le docteur Y ne relâche pas son étreinte.

Célèbre en son temps, 7 Morts sur Ordonnance est à présent un peu oublié. Digne héritier du thriller psychologique à la française, tel que Clouzot, entre autres, l’a défini (Les Diaboliques, notamment, mais aussi Le Corbeau), 7 Morts sur Ordonnance en est l’un des derniers représentants. La présence au générique de l’impérial Charles Vanel renforce ce sentiment. Tout se déroule à petits pas, lentement mais sûrement, un mot après l’autre. La manipulation dont est victime Losseray (Michel Piccoli, tourmenté et complexe en médecin étouffé par l’ombre d’un mort) se noue avec la douceur qui caractérise la torpeur des villes de province. Le cadre, en effet, importe beaucoup. On sent le poids d’une certaine bourgeoisie médicale, des dynasties et des clans. On y retrouve l’exclusion et la méfiance à l’égard des étrangers (Berg, alias un Gérard Depardieu flamboyant, se perd lui-même au gré de ses provocations), ainsi que les pièges discrets mais implacables. Charles Vanel est d’une obséquiosité répugnante, toujours courtois et tiré à quatre épingles, mais à la mode d’un autre temps, celui de Maupassant peut-être, à l’époque où les vendetta provinciales allaient jusqu’à la mort soigneusement préparée. Car les sept morts sont bien là. Et l’ordonnance correspond bien à un remède de cheval prescrit par un docteur prêt à l’amputation. Le climat est poisseux, étouffant. On suit l’évolution de Michel Piccoli dans cet univers qui s’ouvre sans cesse sous ses pieds, son fatalisme et sa résignation qui lui font épouser la trajectoire de ce Berg si brillant, si différent de lui. La forme du film est celle de la toile d’araignée. Le héros y tombe, et ne découvre qu’après coup la structure du piège. Et le spectateur ne peut que regarder la vieille araignée s’avancer vers sa proie.

A l’exception d’un déroulement qui peut sembler trop lent, mais qui participe de la narration par étouffement, et de quelques effets spéciaux complètement ratés, 7 Morts sur Ordonnance traverse le temps sans encombre. Il demeure un grand film d’ambiance lourde, qui prend le temps de poser le cadre, les personnages, tout en avançant les pions de sa trame. A l’image de Losseray, une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, impossible de s’en échapper.        
Henry YAN
(09 décembre 2002)

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