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Hors de l'Ombre : Cinéma
Search And Destroy (en plein cauchemar)
L’adaptation cinématographique d’une pièce ne va pas toujours de soi, fut-elle à succès, et les variations autour de la manière de procéder sont manifestes. Prenons pour exemples, chez le seul Branagh, les différences de traitement du seul Shakespeare ; voir aussi le Titus de Julie Taymor ; ou le Richard III incarné par Pacino, contre celui de Ian McKellen. Aussi lorsqu’une clique d’acteurs américains, tous un peu marginaux, unissent leurs talents variés pour interpréter l’épopée loufoque d’un idéaliste paumé, cela semble valoir le coup d’œil. Lorsque l’on réalise qu’il s’agit là d’un potentiel bijou méconnu, plus de bornes à l’enthousiasme : après tout, c’est Scorsese qui invite !
Titre : Search and Destroy

Scénario : Howard Korder (pièce), Michael Almereyda (film)

Réalisation : David Salle

Sortie : 1995
Martin Scorsese presents… Search And Destroy – opportunément sous-titré « en plein cauchemar », pour les béotiens que nous sommes dans l’hexagone – est donc un film tiré d’une pièce de théâtre. Soit, me direz-vous, et après ? Après vient un casting croustillant dont le jeu fournit la valeur ajoutée d’un intrigue certes sympathique, mais qui ne produirait sans doute pas à elle seule l’effet escompté. Puisque que c’est là le morceau de choix de cette pièce d’orfèvrerie – oh, pas du diamant brut, mais bien une pierre semi-précieuse -, entamons les présentations.

Les piliers, tout d’abord : Denis Hopper et Christopher Walken. Ah, certes, Easy Rider, Retour vers l’Enfer et autres True Romance semblent bien loin… Mais pas tant que ça, à bien y regarder. Il faut entendre Denis Hopper déclamer sa tirade de télévangéliste new-age, le voir dans ses œuvres de loufiat pseudo-mystique, pour comprendre à quel point le Billy d’Easy Rider est toujours bien vivace…Et son interprète, définitivement entamé. Quant à Walken, il n’est pas en reste, avec son personnage composite « d’homme d’affaires » cintré, ce qui chez lui correspond à deux attitudes : tiré à quatre épingles et cinglé ! Dans la catégorie des seconds rôles qui s’avèrent finalement concurrents du premier, John Turturro vient s’associer à nos deux compères et complète le triumvirat des fondus. Il incarne ici un affranchi, italien comme il se doit, dont l’improbable coupe de cheveux n’a d’égale que la virulence en matière de jurons. Caricatural, peut-être, mais interprété par l’ex-Barton Fink (dans le film du même nom) et « Jesus » Quintana du Big Lebowski : loufoque et haut en couleurs.

Quelques outsiders confirmés viennent par ailleurs épauler la distribution. Rosanna Arquette, épouse à la fois compatissante et désillusionnée, accompagne un temps son Griffin Dune de mari, héros du film, cocktail d’ambition, d’utopie et de ringardise ; cocktail éprouvant, certes, mais guère éprouvé, vu ses déboires. Une fois l’épouse évincée, Illeana Douglas – mais oui, celle-là même des Affranchis ou, plus récemment, des Nerfs à Vifs (Cape Fear) – Illeana Douglas, donc, se joint à notre fine équipe. Pour faire bref, son passage du statut de secrétaire d’un charlatan illuminé, à celui de soutien psychologique d’un naïf désargenté, par le lien d’un scénario de série Z, résume assez bien l’absurdité inhérente aux dialogues et situations du film ! Un petit mot pour Ethan Hawke, qui peut-être ici cachetonne plus qu’il ne sélectionne, mais qui a le mérite d’étoffer son CV d’un rôle peu commun ; à savoir, videur attitré d’un looser mégalo.

Et l’intrigue, dans tout ça ? Elle existe belle et bien, rassurez-vous. Elle sert même de fil rouge fort acceptable à des rencontres entre tous nos amis. Elle permet la survenue – le surgissement, dirait le Dr Waxling – de dialogues souvent savoureux, autre bonne surprise, qui a clairement trait à la destination première du synopsis (le théâtre, souvenez-vous). L’objectif premier de l’auteur, comme du scénariste, a été de dépeindre au vitrioloufoque (composé chimique à la fois corrosif et hilarant) les dessous d’une sombre transaction hollywoodienne, entre propriétaire frelaté d’une œuvre non moins douteuse et adeptes prosélytes de celle-ci.

Pour l’essentiel, Dune, convaincu de la portée du bouquin, tente de racheter les droits du prêchi-prêcha de Hopper. Fumisterie qui consiste en l’illustration, sous forme de fiction, d’un ensemble de préceptes saugrenus, sur fond de « Do it yourself » ou « Votre destin vous appartient », typiquement américain pour le coup. Le tout, à travers l’évolution d’un homme ayant pris sons avenir en main, et répondant au subtil pseudonyme de Daniel Strong. Magnifique, non ? Réalisateur et scénariste ont utilisé ces principes afin de découper Search and Destroy en quelques séquences, chacune illustrant à la fois les préceptes de Hopper et l’avancée de Griffin Dune dans sa quête initiatique. Arts Sombres s’engage sur ce point : ces quelques minutes valent bien, par leur kitchissime présentation, de réserver une place dans votre cinémathèque. Le titre australien est fidèle à ce parti pris, puisqu’il s’agit de « The Four Rules ».

On peut donc ranger Search and Destroy parmi les films méconnus à B.M.P.* élevé, comme d’autres dont Arts sombres s’est donné vocation de dire un mot. En son temps, ce film fut sélection officielle à Deauville. Il serait dommage de passer à côté , sachant qu’il n’est ni trop long pour être taxé d’un peu long, ni trop ficelé pour parvenir au statut de film-culte, mais juste au bon calibre pour y apprécier des acteurs chevronnés en situation instable.

« - Vous fumez ?
- Non.
- Moi non plus.»

*: B.M.P., ou Bons Moments Potentiels ; indice d’évaluation cinématographique, personnel au rédacteur.
Jean LARREA
(16 novembre 2003)

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