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Hors de l'Ombre : Cinéma
Scènes de crimes
Voici le premier film français à entrer dans la rubrique Sortir de l'ombre. Malgré une brochette d'acteurs talentueux, le film de Frédéric Schoendoerffer n'a pas attiré les foules.
Une jeune fille, Marie Bourgoin, a disparu. Deux policiers, Gomez (André Dussolier) et Fabian (Charles Berling) enquêtent. Les pistes ne mènent à rien et on découvre bientôt deux cadavres. La police cherche un tueur en série. Un voyage dans l'univers sombre de la police et de son quotidien signé Frédéric Schoendoerffer.
Titre : Scènes de crimes

Scénario : Frédéric Schoendoerffer

Réalisation : Frédéric Schoendoerffer

Sortie : 2000
Tous Droits Réservés
Dans une année 2000 qui a vu une sorte d'avènement du film de tueur en série en France (notamment Six Pack et Les rivières pourpres), Scènes de crimes se démarque nettement de la vague française qui tente de "faire aussi bien que les Américains" en les imitant, la plupart du temps. Frédéric Schoendoerffer ne fait ici ni un polar façon américaine ni un polar à la Française. Il s'aventure dans un style bien délaissé dans notre pays - en matière de film policier - à savoir, le réalisme.

Avec L-627, Bertrand Tavernier avait fait très fort. Montrant des flics de la brigade des stupéfiants dans leur travail quotidien, confrontés à une réalité assez aride (hors fiction, il y a peu de méchants machiavéliques et charismatiques que l'on abat d'une balle dans la tête au cours d'un duel...), et de moins en moins convaincus de l'utilité de leurs efforts. L-627 avait déjà un petit côté documentaire.
Scènes de crimes est dans cette lignée directe. Applaudi par la police (par le ministre de l'intérieur lui-même, paraît-il...) pour son exactitude dans la représentation des méthodes d'enquête, le film montre deux flics sur une enquête principale - la disparition d'une jeune fille - et sur plusieurs autres secondaires. 

Dès l'arrivée de Gomez et Fabian sur les lieux de l'enlèvement, on a l'impression d'être dans un reportage type Envoyé Spécial. Chaque détail du déroulement de l'enquête est présenté, notamment tout le travail de la police scientifique et l'ambiance s'installe ainsi, froidement, sans morale, message ou idéologie. A la manière d'un épisode d'Urgences, les scènes alternent entre l'activité professionnelle des personnages et leur vie privée, familiale. Le montage est d'une grande finesse, suggérant plus que montrant l'alcoolisme grandissant et la destruction du couple de Gomez, la nervosité, le malaise qui gagnent Fabian (une scène courte où l'on voit Gomez avaler un verre de vin au petit déjeuner ici, une autre montrant Fabian s'endormant dans son canapé après avoir regardé sa femme allongée dans leur lit). Jamais ils ne seront présentés comme des héros, des superflics profilers qui pourchassent un tueur en série. Schoendoerffer nous propose plutôt de l'intrigue de journal télévisé, soit une histoire sans grand rebondissement, mais toujours plus angoissante à mesure qu'elle se déroule.

On pourrait se demander l'intérêt d'un film de fiction qui se présente comme un documentaire. La question s'est déjà posée avec des films comme Rosetta ou Traffic, récemment. Cette démarche réaliste doit être perçue dans un contexte : celui où la télévision est inondée de séries policières "à la Française" (Lescaut, Navarro, La crim', PJ, Cordiers juges et flics...) où l'on montre le policier dans son quotidien (travail et famille). Au mieux, ces séries sont sympathiques - on dira familiales - au pire, elles font figure de propagande si l'on regarde de près la morale caricaturale qui s'en dégage la plupart du temps.
Dans Scènes de crimes, les flics ne sont ni gentils ni méchants, ils font un boulot. Qui les ronge et les fait vivre en même temps. Les cadavres n'ont rien de spectaculaire (si ce n'est le fait d'être montrés de façon simple, sans mise en scène. Le réalisme peut devenir étrangement difficile à supporter...). L'enquête n'est pas résolue en "un épisode", entre deux coupures de publicité. Au contraire, on voit les enquêteurs piétiner, explorer de nombreuses pistes brûlantes qui n'aboutissent à rien (de ce point de vue, le lecteur des romans d'Ellroy retrouvera peut-être un peu de leur ambiance).

Pour un film aussi froid, quels acteurs français ?  A l'heure du triomphe de la comédie française, on en oublierait presque que nos acteurs dramatiques peuvent être excellents (aussi bons que les Américains ?). Berling et Dussolier, qu'on imagine mal a priori dans ces rôles, en surprendront plus d'un. Dommage, le film ne sera sans doute pas un point clé de leur filmographie... cela restera pourtant parmi leurs grands rôles. On doit malheureusement reconnaître qu'ils ne sont pas toujours bien entourés : les petits rôles sont souvent mal interprétés (ici un gendarme récite, là un légiste fait de même...), ce qui est un point faible d'importance dans cette optique de réalisme.

Scènes de crimes
est donc une curiosité, une sorte d'OVNI dans notre cinéma. Peut-être le meilleur polar français de l'année 2000 (il est vrai qu'on n'en fait plus beaucoup), il rejoint L-627 et Le cousin (d'Alain Corneau) dans leur démarche, à savoir trouver une identité au cinéma policier français. Ni imitant ni contre le cinéma américain.         
Alex SUMNER
(16 avril 2001)

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