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Hors de l'Ombre : Cinéma
San Francisco
Les jours qui précèdent le terrible tremblement de terre de San Francisco, en 1906. Le patron d’un cabaret et celui d’un opéra se disputent le cœur et le talent d’une jeune femme.
Titre : San Francisco

Scénario : Woody S. Van Dyke

Réalisation : Woody S. Van Dyke

Sortie : 1936
Tous Droits Réservés
Mary Blake est chassée de son hôtel par un incendie, le soir du Nouvel An. Alors que l’on dit joyeusement adieu à l’année 1905, elle se présente aussitôt au Paradise, cabaret tenu par Blackie Norton, citoyen en vue du quartier de Barbary Coast. Norton est un charmeur doublé d’un redoutable homme d’affaires. Il engage la jeune femme, pressentant les succès à venir pour son établissement, et succombant au charme de la nouvelle étoile.

Dans le même temps, les citoyens du quartier pressent Norton de se présenter aux élections municipales afin d’y faire voter une loi anti-incendies. Blackie se laisse pousser par l’amicale pression, à laquelle s’ajoute celle du père Mullin, son ami d’enfance. Il devra s’opposer, dans cette bataille, à Jack Burley, propriétaire de la plupart des immeubles du quartier, qui refuse d’investir dans la protection contre le feu.

Un soir, Burley, fondateur et propriétaire de l’opéra, rend visite au Paradise en compagnie du chef d’orchestre de l’opéra. Ce dernier retrouve celui du Paradise, qu’il a connu autrefois. Le chef du Paradise veut faire découvrir à son collègue le talent de Mary. Impressionnés, Burley et son chef d’orchestre proposent à Mary de rejoindre l’opéra. Blackie s’y oppose, tant, semble-t-il, pour gêner Burley qu’à cause de son penchant pour la jeune femme. Le temps passe, Burley et Norton ne se cèdent pas un mètre de terrain. La campagne de Blackie bat son plein, Burley tente à nouveau d’attirer Mary dans son opéra.

Un malentendu vient ruiner le début de l’idylle qui naît entre Blackie et sa protégée, et celle-ci se réfugie, sur le conseil du père Mullin, dans le camp de Burley. Les débuts de Mary à l’opéra sont triomphaux, mais Blackie paraît. Mary refuse la demande de Burley pour épouser Blackie. Une nouvelle maladresse de ce dernier, ainsi que les conseils de Mullin, ramènent Mary auprès de Burley. Le patron de l’opéra entend mettre un terme à l’activité commerciale et politique de Blackie en faisant fermer le Paradise. Au petit matin, la terre va trembler.

S’agit-il de l’un des premiers films catastrophe de l’histoire du cinéma ? Pas vraiment. On avait déjà vu les pires désastres frapper la planète sur les écrans. Le fléau ne frappe d’ailleurs que tardivement dans le film de Van Dyke, ce qui le situe aux quasi-antipodes des classiques postérieurs (Tremblement de Terre en 1971 par exemple).

Les conséquences dramatiques de l’événement (tiré de la réalité) ne sont considérées que dans le dernier quart d’heure du film. L’intrigue exclut de fait le film de la catégorie du film catastrophe : une histoire d’amour douloureuse, compliquée de dilemmes moraux et de manœuvres politiques douteuses. L’action voit les personnages se rapprocher, se déchirer, se retrouver au gré des événements, et les enchaînements de circonstances finissent, avant le drame final du moins, par les pousser dans les voies qu’ils s’étaient fixés. Cependant, un fort enjeu moral est posé en exergue du film : la débauche de San Francisco doit être punie par le courroux divin, et le tremblement de terre est ainsi chargé d’une valeur symbolique qui transcende le caractère anecdotique de l’intrigue et de ses protagonistes pour en faire les emblèmes des diverses facettes de la ville : la beauté vertueuse, l’ambition sociale, la foi, la roublardise bourgeoise…

Van Dyke utilise l’événement comme un deus ex machina qui arrive à point nommé pour résoudre tous les dilemmes des personnages, et même pour châtier les plus mauvais. On verra même la rédemption du pécheur, thème éternel s’il en est.

La proximité de la crise de 1929 rend la vision de ce film plus riche encore. Moins de dix ans après le krach, Van Dyke met ainsi en scène un événement qui produisit, à une échelle bien plus réduite, des conséquences dramatiques après avoir surpris un peuple insouciant. Les dernières images, qui montrent les classes sociales s’abolir, ne sont pas sans rappeler le cinéma contemporain d’Eisenstein. On y retrouve des portraits de gens du peuple, des visages dans la foule, et une marche collective vers un avenir meilleur. Enfin, une pietà moderne se reconstitue à l’entrée de la tente d’un hôpital de fortune. Rappelons que, d’après Patrick Brion, la rumeur dit que D.W. Griffith, ancien mentor de Van Dyke, venu rendre visite à son ami sur le tournage, en aurait dirigé quelques séquences : s’agit-il des impressionnantes scènes de destruction du séisme lui-même ?

11 septembre oblige, difficile de regarder de telles images sans établir des parallèles avec l’imagerie distillée par l’ensemble des médias depuis les attentats. On retrouve, dans San Francisco, le même soin de donner l’image galvanisante d’un peuple courageux et soudé dans l’épreuve. Cinéma propagande ? Du tremblement de terre à la crise de 1929, jusqu’aux événements de septembre 2001, l’art se met parfois au service de la ligne du pays. Il n’en reste pas moins, comme dans le cinéma d’Eisenstein, de magnifiques œuvres dont la portée n’est pas limitée par le caractère très explicite du message délivré.     
Henry YAN
(09 septembre 2002)

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