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Cahiers Thématiques : Violence et Arts Sombres
L'art et la violence : propos rapportés de Roger Martin
Roger Martin est un combattant. Il a choisi la littérature et le reportage pour faire parler la poudre, et défendre ses engagements. Le passer sur le gril au sujet de la violence relève de l'inconscience. Quintessence d'une rencontre animée et aussi passionnante que passionnée.
(Propos recueillis le 16 septembre 2001 à la Fête de l'Humanité)
Selon Roger Martin, la violence dans les arts est un vrai problème, souvent mal posé et par les mauvaises personnes. On incrimine les œuvres là où on devrait s'interroger sur les événements qui les inspirent.
"Au Salon du livre à Bastille, on a pris Didier Daeninckx à partie il y a quelques jours parce qu'il parlait de ce que d' autres veulent taire, des sujets comme le négationnisme dans certains milieux d'ultra-gauche."

Raphael/Matthieu : Peut-on créditer certaines formes de violence artistiques d'une mission éducative ?
Roger Martin : Bien sûr. Comme d'autres, je montre la violence dans mes livres, mais sans m'étendre dessus. Les choses deviennent malsaines lorsqu'on cherche à susciter le plaisir du lecteur par l'étalage complaisant d'atrocités. Moi, je tiens toujours à la lueur d'espoir dans mes livres.

R/M : Une lueur d'espoir malgré l'état du monde ?
R. Martin : Mais oui. Le monde n'est pas uniformément pourri, les gens ne sont pas tous des salauds, ce serait si facile. On trouve des auteurs, dans la littérature, qui se contentent de telles affirmations, pour pouvoir ensuite étaler la violence la plus complaisante à longueur de pages ou révéler leurs propres insuffisances. Voyez Houellebecq. C'est facile, de jouer les cyniques, les blasés et de développer ad nauseam, et çà fait vendre. L'ignominie considérée comme un des Beaux-Arts. Non, la violence ne doit pas être gratuite. Elle doit servir à quelque chose.

R/M : La gratuité ?
R. Martin : Bien sûr qu'elle existe. On la trouve dans les coups publicitaires réalisés par certaines maisons. On exalte la fascination morbide pour vendre du papier et on se réfugie dans un fatalisme hypocrite de pacotille en répétant : "moi j'y peux rien, c'est comme çà que çà se passe". Houellebecq, Despentes et quelques autres , c'est "gratuit".
La responsabilité de l'auteur est le cœur de la question. Brasillach écrivait des abominations, entre autres dans Je suis partout, par exemple qu'il fallait "noyer les Juifs et leurs petits". C'était monstrueux et il était pleinement responsable. Je suis contre la peine de mort, mais dans le contexte de 1945, j'aurais compris et approuvé qu'il soit fusillé.

R/M : Cette responsabilité de l'auteur n'est-elle pas en contradiction avec sa liberté, et n'aboutit-elle pas à une forme d'autocensure ?
R. Martin : A chacun de prendre ses responsabilités. Peut-être qu'il faut savoir s'autocensurer dans certains cas, mais le problème reste celui de l'utilité de la violence dans l'art. Quand elle permet d'éclairer une situation, un dessein, de contribuer à défendre des thèses, des idées, elle a sa place dans l'art.

R/M : Que dire des problèmes de la réception de certaines œuvres ? La responsabilité de l'auteur est-elle encore à mettre en cause, comme c'est généralement le cas aux USA ?
R. Martin : Il faut reconnaître qu'il s'agit, pour une part, d'un problème d'éducation. Les ultra-religieux et les extrémistes de toutes sortes sont généralement bien plus dangereux qu'Oliver Stone, et les retombées de leurs actes sont beaucoup plus inquiétantes que celles de ses films. Il ne faut pas faire de faux procès.

R/M : Justement, les procès : qu'en est-il de la censure ?
R. Martin : On subit encore des pressions, il ne faut pas se cacher la vérité. A une certaine époque, quand je proposais un manuscrit au contenu trop explosif, on me disait de chercher autre chose. Récemment, mon directeur littéraire m'a dit, en me demandant de couper des passages d'un roman : "Non merci, on a Didier Daeninckx qui fait déjà çà, çà suffit." Ce que fait Didier est formidable, et il n'est pour rien dans cette attitude bien sûr, mais il est incroyable qu'on puisse considérer l'expression d'une sensibilité et le choix de parler de la réalité sociale comme celui d'un "créneau", puisque c'est le mot qui a été employé … A part çà, des pressions et des coups de fil des Renseignements Généraux, la plupart du temps, on s'est contenté de me refuser un manuscrit en arguant qu'il n'était pas intéressant, qu'il ne se vendrait pas, même s'il touchait à un sujet brûlant pour notre société. La censure se fait beaucoup plus en douceur qu'auparavant, mais elle a la peau dure.

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Raphaël et Matthieu VILLATTE
(08 avril 2002)

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