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D'Oeuvre en Oeuvre : Musique
Requiem for a dream
Clint Mansell (proche de Trent Reznor et déjà sur la B.O. de Pi, le premier film de Darren Aronofsky) et Kronos Quartet (Quatuor à cordes génial de créativité, déjà sur la B.O. de Heat, entre autres) signent la musique de ce film qui résonnera longtemps dans l'Histoire du cinéma comme une grande claque. La partition y est pour beaucoup...
Titre : Requiem for a dream

Auteur : Clint Mansell

Label : Nonesuch

Sortie : 2001
Tous Droits Réservés
Ceux qui ont vu Requiem for a dream se sont/vont se précipiter sur la B.O... à moins qu'ils ne la fuient comme pour oublier l'un de leurs pires cauchemars.
Clint Mansell et Kronos Quartet, qui ont composé la musique, auraient presque pu être cités au casting du film, tant la présence de celle-ci crève l'écran, à l'instar de Jared Leto, Ellen Burstyn, Jennyfer Connelly et Marlon Wayans. Les notes ont ici autant d'importance que les mots, parce qu'elles en disent autant et peut être plus.

Le film se découpe en trois saisons: été, automne, hiver (summer, fall, winter sur la partition). Le parcours de quatre personnages face à la dépendance, sous des formes diverses ; leur chute pernicieuse. Les scènes s'enchaînent de façon cyclique et répétitive (seringues, pupilles qui se dilatent, toujours la même émission à la télévision...).
Les cordes du Kronos Quartet, dans une démarche proche du mouvement minimaliste, créent autant que les images ce tourbillon effrayant. Deux ou trois thèmes très courts qui reviennent, lancinants, vrillants, angoissants, magnifiques. Jerry schatzberg avait choisi de supprimer la musique prévu pour son sinistre et magnifique Panique à Needle Park, considérant alors que les bruits de la rue étaient la seule partition envisageable ; ici, Darren Aronofsky semble avoir voulu souligner ces sonorités urbaines, comme pour souligner son propre propos de façon plus didactique.

On a, depuis un certain temps, réfléchi au parallèle entre musique minimaliste et beaucoup de musiques électroniques. L'association des cordes et des sons synthétiques est une réussite totale (bien des "remixers" ont jusqu'ici davantage massacré des thèmes ultra connus de la musique classique que réellement apporté quelque chose de nouveau... on peut toujours voir la destruction comme une forme de création !). Il est étonnant d'entendre des mélodies très discrètes parfois, très puissantes d'autres fois (basses fortes caractéristiques de l'électronique) se mélanger aussi naturellement au son plus classique d'un quatuor à cordes. On se souvient alors que Clint Mansell remercie en premier lieu le génie Trent Reznor dans le livret (avec ses instruments classiques mêlés à l'électronique, l'univers de Fragile, le dernier Nine Inch Nails n'est pas loin).

Très plaisants dans l'été, à l'image de ce que ressentent les personnages, les thèmes et les sons s'écoutent presque facilement, en tout cas avec plaisir ; grisants et planants: Clint Mansell place ici et là de courts passages galvanisants comme du Rob Zombie ou du Rammstein. Puis il alterne avec d'autres, courts également mais beaucoup plus sombres. Il y a quelque chose de fascinant dans ces mélodies qui ne ressemblent que de loin à ce qu'on a pu entendre ailleurs, avant. Et, alors que les jours passent dans le film et que les plages défilent sur le disque, on commence à se dire qu'on avait jamais rien vécu de semblable.
Au terme d'1 minute 30 d'un air dissonant de fanfare complètement hallucinant (les personnages de l'émission de télévision entraînent Ellen Burstyn dans une gigue assez inquiétante), l'automne arrive dans un grand bruit sourd, comme une porte coulissante qui se ferme brutalement.

La tonalité se fait moins plaisante : le même thème que dans la Summer Ouverture mais à l'envers (c'est-à-dire descendant) ouvre cette nouvelle saison qui va nous entraîner doucement dans la chute. Les cordes se font plus agressives. Insidieusement, les musiciens nous ont attirés dans un univers plus sombre que les mélodies de l'été ne nous le laissaient entendre. Toujours aussi planante, cette saison n'a plus du tout les effets stimulants de l'été. Alors, Clint Mansell revient avec Supermarket Sweep et augmente la dose, car avec l'accoutumance, il nous en faut plus : le thème s'accélère puis disparaît en syncope et nous laisse avec 2 minutes d'interrogations, quelques notes, un vrombissement sourd qui monte en crescendo. Nous avons traversé l'automne sans nous en rendre compte, nous sommes passés de l'autre côté de la barrière. La musique est devenue angoissante, effrayante. Alors que nous devrions cesser de l'écouter, nous partons dans une gigue d'1 minute dans un nouvel air de fanfare.

La porte claque, explosions étouffées: c'est l'hiver. Kronos Quartet devient plus présent, leurs accents de musique contemporaine auxquels nos oreilles tentent de s'habituer ne nous laissent aucun espoir sur la suite ; nous poursuivons la descente aux enfers. Pizzicati et sons électroniques agressifs, mini-thèmes en boucle comme un disque rayé. Nous cherchons avec les personnages de quoi nous rassurer un peu, retrouver ce qui nous faisait rêver cet été... Alors, au milieu des cordes assassines, on tente de se souvenir ; quelques notes lointaines, écrasées par le quatuor toujours plus violent et des percussions sourdes.
Tout est perdu. Juste avant de sombrer: Ghosts of a Futur Lost nous apporte une dernière lueur de regret, le voyage aurait pu être tellement plus doux... les larmes aux yeux nous nous abandonnons au Kronos Quartet qui nous lacère les oreilles, les thèmes de plus en plus courts s'enchaînent de plus en plus rapidement. En cherchant un peu d'air, on s'aperçoit qu'on est au fond du trou ; on se bouche les oreilles, la musique, le bruit s'étouffent, disparaissent et laissent place à l'épilogue Mansell-Kronos : 4 minutes Lux Aeterna, tragique, magnifique. Epuisés par ces trois saisons, il ne nous reste que cette douceur, sans illusion.

Pas de printemps ; juste le ressac et quelques cris de mouettes, Jared Leto cherche une dernière fois Jennyfer Connelly sur la jetée, avant de fermer les yeux. Les oreilles n'écoutent plus que le silence.    
Alex SUMNER
(14 mai 2001)

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