Patrick Bard n’est déja plus un
nouveau venu dans le
paysage policier français. Son premier roman,
La
Frontière, est un succès depuis sa sortie
en 2002 et
constitue une référence pour tout amateur de polar...
ou de Mexique.
Rencontrer Patrick Bard au Mexique brouille les
repères, et trouble le lecteur. Comme son personnage,
Patrick Bard est journaliste, et a enquêté le long
de
la frontière Nord du Mexique. Tout comme lui, il a
approché la profonde misère de ses habitants.
Mais contrairement à lui, Patrick Bard n’est pas seul.
Au grand gaillard à la voix douce et au sourire
presque permanent répond Marie-Berthe, menue et
inépuisable de dynamisme. Une équipe. Un duo gentil
flic-gentil flic irrésistible qui se partage le
travail dans tous les domaines, lorsqu’il s’agit de
franchir la frontière de la fiction dans un sens ou
dans l’autre.
Alors qu’ils étaient déja mari et femme,
ils devinrent
compagnons et collègues de travail. Marie-Berthe
avance qu’il valait mieux ça que de ne pas se voir, à force
d’absences
journalistiques. Elle confie aussi l’excitation du métier. “Au
moins on ne s’ennuie
jamais.”. Elle est une face à peine cachée
du solaire
Patrick.
Puis vint le Mexique. Le choc. Patrick avoue une
métamorphose: “Je me suis mis à écrire
là-bas.”, comme
un réflexe. Marie-Berthe l’a suivi sur ce nouveau
terrain sans hésitation. Aux premières loges,
donc.
Impossible de ne pas lui poser la question: “Toni,
c’est Patrick?”. Difficile à croire, avant
même les
dénégations de Marie-Berthe, tant le couple rayonne
dans San Angel, alors que Zambudio arrivait déja au
bout du rouleau dans sa ville natale. “Patrick est
très différent, Zambudio, c’est un personnage
créé de
toutes pièces, avec suffisamment d’éléments
réels pour
s’y attacher et suffisamment de différences pour
pouvoir s’en détacher... Ou le flinguer!”.
S’en
défaire comme d’une peau, en attendant la prochaine.
Pour souriant qu’ils sont, les Bard n’en parcourent
pas moins les endroits les moins réconfortants de la
planète et de l’Histoire. Et cette fréquentation
de la
douleur laisse des marques. Alors qu’il reprend la
parole après la projection du documentaire de Rafael
Bonilla, Patrick a un tremblement dans la voix.
Marie-Berthe se rappelle avec émotion comme elle a
remercié ses lunettes de soleil lorsqu’elle a eu
interroger des victimes de camps de concentration.
Là aussi, il fait bon n’être pas aussi seul
que
Zambudio. “On se soutient, quand l’un n’en
peut plus,
l’autre le remonte, ou encore quand une mauvaise
nouvelle survient.”
Et maintenant? Après le Mexique, le couple s’envolait
pour Madagascar, dont personne ici ne doute qu’un
nouveau roman pourrait naître. Pour continuer
l’aventure à quatre mains, sans frontière.
— Lire les autres articles
du cahier —