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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
La Nuit du Chasseur
Un pasteur aux airs de grand méchant loup traque deux petits enfants et un magot caché dans une poupée sur fond de crise économique. Le conte de fées se métisse au film noir, avec Robert Mitchum en diable hystérique.
Titre : La Nuit du chasseur

Scénario : Charles Laughton

Réalisation : Charles Laughton

Sortie : 1953
Tous Droits Réservés
Harry Powell est un drôle de paroissien : un pasteur itinérant qui assassine les jeunes femmes qui se livrent au péché de chair. Il vole, aussi. Il se fait arrêter, et condamner pour vol de voiture. Celui qui le rejoint bientôt en cellule est un condamné à mort, un père de famille qui a braqué une banque pour nourrir ses enfants. Le krach de 1929 vient de ruiner le monde, et les Jean Valjean se multiplient. Powell tente de faire avouer son codétenu, pour découvrir où il a caché son butin. Le père meurt avec son secret. Mais Powell est bientôt libéré. Ses pas le portent tout naturellement vers le petit village frappé par la tragédie, afin de proposer ses services de réconfort moral et spirituel. Et comme il est beau, fort, charmant et persuasif, il finit par épouser la jolie maman laissée veuve. Le fils ne se laisse guère abuser. Il a raison : rien n'est plus dangereux qu'un faux prophète. La chasse peut commencer...

Ce film contient une part de mystère. Il s'agit du seul film de Charles Laughton en tant que réalisateur. Le grandiose acteur qui fut, entre autres, le Gracchus roublard de Spartacus, le procureur matois du Procès Paradine où encore le notable ruffian de La Taverne de la Jamaïque surprend encore à la (re)découverte de ce bijou du mélange des genres. Car pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. La maîtrise est totale, tant sur le plan esthétique (photographie remarquable, imaginative, inventive, annonciatrice du grand Tim Burton, dont on ne doute pas que La Nuit du Chasseur est l'un des films de chevet) que sur le plan narratif. Le déroulement est d'une efficacité redoutable : on entre dans l'histoire de plain-pied, et il n'y aura jamais le moindre temps mort.

Laughton se distingue également dans sa maîtrise du mélange des genres. L'univers noir confine au fantastique (ce pasteur ne pourrait-il être Satan en personne ?). Une grande angoisse naît de l'insoutenable situation à laquelle son confrontés les deux orphelins : livrés à la tutelle de leur bourreau, on ne peut que frémir en voyant le pasteur Powell nonchalamment adossé à un arbre en chantant son cantique préféré, regardant la maison où se cachent les enfants terrifiés.
L'irruption de Powell suscite la terreur des uns, la fascination des autres : on le découvre ainsi, parfaitement à l'aise, à peine arrivé, en train de bavarder paisiblement au drugstore du village. La comédie entre alors en jeu dans le film : les propriétaires du drugstore, lui, le vieux naïf, et elle, la vieille bigote au roucoulements et gloussements de dindon, prête à croire chaque mot qui tombe de la bouche du prédicateur. Ces deux-là forment un duo remarquable, jamais épais, mais d'une drôlerie satirique jamais méchante.
Une petite démonstration effectuée à l'aide de ses mains tatouées, et Powell tient la ville entière. Ah ! le sermon des mains ! La droite est tatouée "love", la gauche "hate", et c'est une jubilatoire délectation que de voir l'imposteur commenter leur combat comme un match de boxe devant son public crédule.
Le film est parsemé de ces trouvailles, des glapissements ou hurlements de Robert Mitchum aux personnages cocasses ou attachants tels que la vieille dame interprétée par Lilian Gish, l'une des Deux Orphelines de Griffith. Et l'on suit la cavale des enfants, avec en refrain le cantique chanté par l'inquiétant pasteur.

Le conte de fées semble prendre le pas sur les autres genres représentés dans ce film. Robert Mitchum, fou sanguinaire et hilarant, joue juste, alterne entre le culot de l'imposteur et la férocité du grand méchant loup. Lilian Gish émeut jusqu'au larmes de bonté et de tendresse envers les malheureux enfants victimes de la crise, sans jamais donner dans l'eau de rose. La trame tient bon grâce à sa capacité à surprendre jamais prise en défaut. Il y a un envoûtement caché dans ce film, et des images qui marque pour la vie. Shelley Winters sous l'eau, les mains tatouées de Robert Mitchum, le visage de Lilian Gish, les crapauds qui regardent passer la barque des enfants, ou encore le pasteur, véritable fou chantant, poussant son cantique au clair de lune sur un cheval volé, à la poursuite tranquille des gardiens de son trésor. La poésie de ce film lui confère son caractère intemporel, et le rend magique. On le voit et le revoit, sans jamais s'en lasser, comme on attendait Noël avec l'impatience de l'enfance. 
Henry YAN
(23 juillet 2001)

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