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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Nixon
Mal aimé de la critique, complément romancé de JFK, le Nixon d’Oliver stone lève le voile sur nombre d’aspects méconnus de Tricky Dicky.
Titre : Nixon

Scénario : S.J. Rivele, C. Wilkinson et O. Stone

Réalisation : Oliver Stone

Sortie : 1996
Tous Droits Réservés
Quand il était petit, Richard Nixon n’était pas grand. Il n’était pas beau non plus. Il ne plaisait pas plus que ça aux filles, contrairement à son grand frère. Et chez les Nixon, on ne roulait pas sur l’or. On ne plaisantait pas non plus avec la religion. Cette enfance à la dure, Dick s’en souviendra toute sa vie, et elle le guidera dans chacune des étapes de son parcours. Pour le meilleur et pour le pire. Jeune politicien, il épouse Patricia, jeune femme belle et riche, tout son contraire, toujours. Viendra le temps des premières présidentielles, perdues face à John Kennedy, jeune, beau et riche. Puis le temps du pouvoir. Là, il sera confronté à plus retors que lui. Hoover, entre autres. Les riches propriétaires texans. Des conseillers nombreux, contradictoires, véhéments. Il hérite d’une guerre parvenue au stade de boucherie. Et que croyez-vous qu’il arriva ? Richard s’y attela. A sa manière. Tordue.

Aux yeux de l’histoire, Richard Nixon restera le synonyme du politicien corrompu à la fois par les affaires (celle du prêt consenti par Howard Hugues à son beau-frère) et par le pouvoir. La fin du règne du président, salie par le Watergate, a laissé un goût amer dans le monde politique américain. C’est précisément cet angle qu’Oliver Stone, qui avait déjà traité la mort de Kennedy sous l’aspect du plus grand traumatisme de l’histoire américaine, exploite pour explorer la complexité du destin de Nixon. Stone, qui ne votait sûrement pas Nixon, s’attache à dépeindre un président honni par les deux camps, ou peu s’en faut. Comment trouver un peu de bon dans celui que les Américains surnommèrent Tricky Dicky, Dicky le tordu ? Tout simplement en ne se posant pas la question en ces termes. Stone instruit le procès de l’homme et du président, inspecte l’enfance, la jeunesse, la formation du caractère. Il débroussaille le contexte, peint une période extrême, où tout se joue sur un incident diplomatique, un bombardement, une campagne de presse étouffée, ou une photo symbolique. Il interroge : quel homme peut faire face à tout cela ? Que faut-il pour faire un chef ? Voir Nixon planté devant le portrait de Kennedy est un symbole des plus profonds dans ce film. L’un a réussi, en apparence du moins, en plaisant au peuple, l’autre en le charmant. Les conseillers, les appuis, le pouvoir...

Qu’est-ce que le pouvoir ? Est-ce le sommet ? Nixon rencontre alors Hoover qui lui fait comprendre clairement que le pouvoir n’est jamais entre les mains d’un seul homme. Pas même d’une poignée d’hommes. Le pouvoir est volatile, et seul le pragmatique peut en tirer le meilleur profit. Ainsi parlera Richard, prêt aux compromissions mais plus sans conditions : il reprend le contrôle des hommes de l’ombre du pétrole (au cours d’une scène anthologique où le président fait face à un baron texan interprété par nul autre que Larry « JR » Hagman), et se lance dans une politique internationale audacieuse. Mais il est déjà trop tard. Le poison a infecté l’homme, et le Nixon que l’on retrouve à la fin du film, hagard, buveur et avaleur de cachets, jurant et pestant, commandite quelques unes des opérations les plus dangereuses et des plus paranoïaques de l’histoire : répression des émeutes raciales, bombardement du Cambodge, pose de micros, cambriolages chez ses opposants. La sensibilité de Stone dépeint un Nixon oscillant sans cesse entre la grandeur et le grotesque. Un démon politique et un enfant amoureux de sa mère enfermés dans le même corps pas assez beau. Anthony Hopkins, maquillé à peine, devient littéralement le gesticulateur frénétique. A l’aide de ses complices, (remarquable James Woods, qui n’aurait sans doute pas fait un mauvais Nixon non plus, et surtout d’un hallucinant et méconnaissable Paul Sorvino déguisé en Kissinger) il fait vivre tous ceux qui restent invisibles dans Les Hommes du Président.

Et pour mieux exprimer le vertige, la course en spirale ascendante puis descendante du président, Stone opte pour un montage proche de celui de Tueurs-Nés. Pas un hasard… Le film s’ouvre sur Nixon cloîtré dans la Maison-Blanche, poussant la climatisation à fond pour pouvoir s’offrir une flambée. On reviendra plusieurs fois à ce moment, Nixon écoutant les bandes, les fameuses bandes dont il effacera de précieuses minutes, le contraignant ensuite à la démission. Tout est là, nous dit Stone, mais voyez aussi les racines du mal. Pas plus que le tueur en série n’est un démon, Richard Nixon n’est pas le plus mauvais des hommes. Peut-être pas même le pire des présidents des Etats-Unis. Les circonstances, les hommes et les événements l’ont progressivement roulé comme le caillou par la marée. Sauf que ce caillou-là ne s’est jamais poli.

Henry Yan
(16 janvier 2004)

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