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D'Oeuvre en Oeuvre : Littérature
Le Monde Perdu
D'un plateau de l'Amazonie parviennent des images surprenantes. A l'aube du vingtième siècle, le professeur Challenger décide de partir découvrir ce Monde Perdu.
Titre : Le Monde perdu

Auteur : Arthur Conan Doyle

Sortie : 1912 (VO)
Tous Droits Réservés

Le professeur Challenger est l’un de ces scientifiques enthousiastes et enthousiasmants de la fin du XIX° siècle. De Londres, il monte une petite équipe de volontaires pour participer à l’une des expéditions les plus excitantes du moment : explorer un plateau sur lequel subsisteraient des représentants de l’ère préhistorique, des dinosaures et autres monstres disparus. Autour de lui se groupent Lord John Roxton, grand connaisseur de l’Amazonie, et le professeur Summerlee, qui accompagne son collègue afin de prouver que ce dernier n’est qu’un menteur. En route donc pour l’Amazonie, se dit Edward Malone, journaliste anglais qui ne peut que se passionner pour une telle entreprise, et un personnage aussi surprenant que le leader de l’expédition. Challenger est en effet un personnage. Robuste, relativement jeune, d’une courte taille trapue surmontée d’une tête abondamment barbue, il est aussi érudit qu’homme d’action, et doté d’un caractère enflammé et volontiers autoritaire. Ne supportant guère le tintamarre fait autour de son expédition, pas plus que les doutes, haussements de sourcils et ricanements qu’elle suscite, il embarque son petit monde vers l’Amazonie, où l’équipage découvrira des monstres de toutes sortes.

Sir Arthur Conan Doyle est légendaire pour l’une de ses créations, le mythique Sherlock Holmes. Un statut parfaitement mérité, tant le détective apporta à la création policière, mais aussi à l’imaginaire de nombreux lecteurs et auteurs. La complexité des enquêtes, le souci du détail, mêlés à un sens très sûr du suspense et de l’épouvante, font de l’œuvre entière une passerelle entre le roman gothique anglais, le fantastique de Stoker et le roman à énigme tel qu’il sera exploité et codifié dans les années suivantes.
Voilà pour le Conan Doyle le plus connu, celui qui a bercé nos enfances, en livre ou en l’une des innombrables adaptations télévisées ou cinématographiques.

Le Conan Doyle moins connu est un auteur fantastique, et parfois un auteur d’aventures remarquable. Le Monde Perdu offre un peu de toutes les veines d’inspirations de l’auteur, en confrontant l’esprit scientifique (Challenger, zoologiste qui organise une expédition totalement dévouée à la science) au fantastique (ces monstres censément disparus), par le biais d’un grand roman d’aventures. C’est ici que le lecteur s’étonne à chaque page, de découvrir, en lieu du calme et réfléchi Holmes ou de l’admiratif et patient Watson, un narrateur fougueux en la personne d’Edward Malone, qui ne partage avec Watson que la perplexité devant l’intelligence du leader (ici Challenger), ainsi que le total dévouement.

Des aventures spectaculaires. Les explorateurs trouveront bel et bien leurs monstres, et remettront en cause de nombreuses idées scientifiques. On admirera la précision et le talent narratif de Conan Doyle, capable de plonger une équipe plutôt amusante et hétéroclite dans une nature sauvage et particulièrement hostile à l’Homme. L’arrivée sur le plateau des Monstres Préhistoriques sera majestueuse et impressionnante.

Mais leur découverte sera peut-être avant tout celle d’eux-mêmes, redevenus aussi sauvages que la tribu qu’ils manquent d’exterminer la rage au ventre, fusils contre massues, lors d’une attaque digne d’un massacre organisé tel que le colon savait si bien les pratiquer à l’époque de la sortie de ce roman. Et là, comme le fera Vercors dans ses Animaux Dénaturés, plusieurs décennies plus tard, Conan Doyle place ses héros face à une situation plus délicate encore que celle qu’ils rencontrent dans La Ceinture Empoisonnée. L’Homme, entendons l’homme civilisé, porteur du flambeau de la connaissance, mérite-t-il son statut de maître de la planète ? L’est-il seulement ? Doit-il tendre vers cet objectif ?

Autant de questions qui peuvent nous paraître ordinaires, bien que les réponses apportées dans les faits semblent d’une intelligence variable, mais que dire de telles interrogations à la fin du dix-neuvième siècle ?

Visionnaire, Conan Doyle dépasse alors le cadre relativement classique pour l’époque du roman d’aventures, fût-il fantastique, pour prendre son lecteur à parti, sans se laisser griser par son invention artistique.

Il est urgent de redécouvrir les multiples facettes du créateur de Sherlock Holmes. Peut-être plus urgent encore qu’il n’y paraît.  

Stéphane RASKOWSKY
(03 février 2003)

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