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Hors de l'Ombre : Bande Dessinée
Mille Visages, de la Vieille Europe au Nouveau Monde
Avec cette nouvelle série, Philippe Thirault trace l’histoire d’une âpre lutte entre un jeune chirurgien en exil au sein d’une terre sauvage, et l’être invisible et omniprésent qui semble le poursuivre. A travers l’espace - depuis l’Angleterre jusqu’en Amérique - et le temps - d’une génération à l’autre -, Mille Visages entraîne le lecteur au sein d’un maelström de violence, d’occultisme et de suspens.
Titre : Mille Visages (3 tomes)

Scénario : Philippe Thirault

Dessin et couleurs : Marc Malès, Scarlett Smulkowski

Edition: Les Humanoïdes Associés

Sortie : 2001
Tous Droits Réservés
Une équipée sauvage, d'un continent à l'autre. Mille Visages, qui désigne l'un des protagonistes principaux de l'intrigue, déroule son sinueux scénario au sein des grands espaces du Dakota, parmi les steppes à l'implacable sécheresse et les plaines où chevauchent encore, pour trop peu de temps, les tribus sioux. Si le récit prend sa source au cœur d'une Angleterre du milieu XIXème, il suit les pas de Quinn, figure essentielle du tome 1, rebaptisé Quinn Asunka par sa tribu d'adoption, au sein du continent américain, où notre anglais cherche à échapper à l'on ne sait quelle menace diffuse et, apparemment omniprésente. L'ensemble de l'œuvre, pour l'instant limitée au tome 2, dégage une discrète atmosphère de « paranoïa légitime », pour autant que cet oxymore ait un sens : nous découvrons à travers les yeux d'un brillant produit de la société victorienne, chirurgien de son état, des terres hostiles, où la survie se gagne par une méfiance de chaque instant et, souvent, un combat de l'homme et de l'animal, ou contre son prochain… Ce qui n'engage guère à l'optimisme ingénu ! La vie des pionniers n'a en soi rien d'une partie de plaisir ; or, s'ajoute à celle de Quinn - dont le lecteur connaît finalement bien peu - un ennemi pour le moins « surnaturel ». Avantage annexe de la traversée ici contée : les territoires qui lui servent de cadre géographique peuvent être mis en valeur, ainsi que l’époque - la pleine époque victorienne, les débuts de la « conquête de l’ouest ». Nous retrouvons avec Mille Visages certains thèmes déjà développés en filigrane au sein de la quadrilogie Miss (chroniquée dans nos colonnes), qui reflètent manifestement les prédilections de Thirault : l’Amérique du Nord ; le personnage du paria, qui certes sera reconnu comme l’un des leurs par la culture qu’il rencontre sur le Nouveau Continent, mais s’avère néanmoins un « sans-caste », puisque marche sur ses traces une malédiction peu amène ; la découverte et l’adoption par une culture « alternative » - les Sioux -, l’initiation à leurs codes et la présentation de leur monde comme riche et cohérent (que l’on se remémore la société noire au sein de laquelle Miss se fait une place). Autant d’éléments apparaissant régulièrement dans les univers du roman noir et du polar, autant de liens entre le travail actuel de Thirault et celui de ses premières armes.

Mystique amérindienne et occultisme européen : affrontement des traditions et connections possibles. L’histoire lorgne autant vers le western que le fantastique, voire surtout vers le second si les futurs développements s’inscrivent dans la continuité du tome 2. L’univers Sioux nous est ainsi présenté tant dans ses bases sociétales et culturelles que dans sa tradition mystique, dont Thirault exploite finement les références à une sorte de Grand Tout, une « Mère Nature » omniprésente et réceptive aux maux du peuple indien. Cette mise en avant d’un certain ésotérisme amérindien n’est pas gratuite : elle prend le contrepied des valeurs que véhicule Quinn, valeurs dont l’arrivée de Mille Visages, sur les terres des Sioux, se révèle aussi un vecteur. Dans le même ordre d’idée, la symbolique propre à la tribu d’adoption de Quinn est ainsi à l’origine du nom de cet ennemi qu’il leur faudra combattre, pour avoir accueilli, en toute innocence, celui qui marche avec la mort. On peut se demander si l’octroi de ce nom, la matérialisation du mal qui frappe à l’improviste sous une appellation qui le circonscrit, ne participe pas de cette lutte contre une tradition occulte issue de la vieille Europe (en matière d’ésotérisme, le pouvoir du Verbe est tout de même l’un des principes de base de la magie, d’origine biblique, et se retrouve au sein de diverses traditions, cabalistique notamment). Si l’on peut ainsi trouver des points de rencontre entre les deux croyances qui s’opposent à travers la série, les divergences de fondement comme de pratique ou de manifestation sont évidemment mises à l’honneur par l’auteur : alors que Mille Visages doit posséder toute créature avant d’en détenir ensuite le contrôle, les Sioux vivent en communion avec leur environnement et cette symbiose naturelle leur ouvre les portes du surnaturel. Deux écoles, donc : spontanéité contre étude, simplicité contre ésotérisme (au sens figuré cette fois !), respect contre rancœur... Au passage, la manichéenne partition bien / mal (gentils / méchant, bons / mauvais : à votre guise) n’est pas aussi nette que l’on pourrait le supposer, puisque même Mille Visages sauve des vies.

L’insistance sur le mysticisme sioux entre pour une bonne part dans la richesse du tome 1, là où le tome 2, sorte de flash-back explicatif, détaille l’irruption de la magie noire dans la vie de celui que nous apprenons être Mille Visages. Un artefact particulier constitue la clef de voûte de son pouvoir, ustensile sur lequel nous allons dire deux mots en tentant de préserver l’impact du scénario... Ce qui ne sera pas une mince affaire !

Variation sur le thème du vampirisme. C’est ici une lecture originale de Mille Visages qui vous est ici proposée, plutôt une piste à suivre d’ailleurs qu’une réelle analyse sous cette angle. Sans doute Philippe Thirault n’accréditerait-il pas celle-ci, mais elle nous a semblé plus que pertinente et intègre Mille Visages - joie ineffable - dans la lignée d’une certaine approche du mythe du vampire(1).

En quelques mots : le sang, sa « circulation » - transmission serait ici plus approprié - et les « non-morts » fournissent les éléments fondateurs du pouvoir de Mille Visages. Ajoutons qu’il contrôle par ce biais une multitude de séides, laissons de côté l’acte suranné de la morsure et nous conclurons ensemble qu’un rapprochement entre le vampire et Mille Visages prend du sens ! Lisez l'oeuvre en ce sens, nous en rediscuterons...

Peut-être est-il également possible de déceler, dans l’arrivée de Mille Visages sur le continent américain, l’avènement d’un avatar de l’Antéchrist ; ou même celle de la malédiction apportée aux indiens par l’homme blanc, dans une perspective plus historique. Mais ce sont certes là des pistes vacillantes…

Note :
1 - Lecteur, ami lecteur, tu peux désormais aller consulter notre Cahier Thématique consacré au thème du vampirisme.
Uncle Chop
(13 janvier 2003)

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