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Hors de l'Ombre : Musique
Le Sixième Sens/Manhunter - la Bande Originale
L’introuvable. Alors que le film (appelons-le Manhunter pour la facilité du raisonnement) sort peu à peu de l’oubli, malgré le remake qui s’annonce, le mystère entoure toujours l’un des éléments majeurs du chef-d’œuvre signé Michael Mann. La bande originale du film, vénérée par des hordes grandissantes d’adorateurs du maître, est absolument introuvable. Critique et enquête.
Titre : Le Sixième Sens/Manhunter (B.O.)

Auteur : Michel Rubini, The Reds, Kitaro...

Label : MCA Records

Sortie : 1986
Tous Droits réservés
Critiquer la bande originale d’un film dont la dimension mythique a résisté au temps et dépassé le cadre du cercle d’aficionados n’est pas chose aisée, surtout près de seize ans après la sortie dudit film.
En effet, comme Alex l’a déjà souligné dans son article (cf. rubrique : Hors de l’Ombre), le film de Michael Mann jouit d’un statut très particulier. Quasiment jamais évoqué dans les médias, nombreux sont pourtant ceux qui le connaissent et l’évoquent en rejetant la tête en arrière, levant les yeux au ciel et soupirant : « Aaaah, Manhunter… ». C’est un de ces films que l’on ne connaît généralement que parce qu’on l’a vu, pas parce qu’on en a entendu parler, ou que la presse a décidé de l’extirper des ténèbres. Cet état de choses est d’autant plus surprenant que son auteur, Michael Mann, est devenu, bon an mal an, l’un des grands noms d’Hollywood. Mystère.

La BO de Manhunter provoque généralement les mêmes soupirs rêveurs que le film lui-même. Les aficionados sont généralement de plusieurs types, réunis par le même goût pour le film, le réalisateur, l’univers de Michel Mann ou celui de Thomas Harris, ou encore pour la musique plus ou moins électronique des années 80. Ceux qui n’aiment rien de tout cela peuvent d’ores et déjà passer leur chemin.

La musique de Manhunter renferme de fait quelques perles dans le style électronique telles qu’on n’en fait plus depuis longtemps. Dès le générique de début (par le groupe The Reds), les nappes et effets de batterie électronique frappent immédiatement. Howard Shore n’avait pas encore posé ses ambiances sinistres, ni Hans Zimmer ses mélanges et détournements pervers. En 1986, la trilogie s’ouvre sur un monument sombre. La vision subjective de la victime du tueur prend une dimension terrifiante grâce aux sonorités de ce groupe méconnu. On ressent, plus loin dans le film, le même malaise tandis que Will Graham, poussé à bout par Lecter, court hors de la prison de Baltimore. Là encore, The Reds donnent aux images de Dante Spinotti un caractère oppressant. Idem lors de l’ascension de l’arbre, séquence mythique entre toutes, durant laquelle Will découvre, parlant seul, les traces de la surveillance exercée par le tueur avant de passer à l’acte. Oppression, angoisse, nappes sinistres et sans vibrato. De l’électronique parfaitement assumé, comme le pratiquait déjà John Carpenter depuis Halloween.
Nous sommes en pleines années 80, donc, les synthés sont rois, et les réfractaires pourront s’accrocher à leur siège.

Cette oppression est soulignée par la sérénité d’autres plages, notamment celle qui succède directement au terrifiant générique de début : le légendaire Seiun de Kitaro (extrait de la BO d’un manga antérieur, Queen Millenia). Là, on est en plein « Connaissance du Monde ». On retrouve les magnifiques effets sonores qui accompagnaient les films d’alpinisme des années 80 et que les émissions de télévision achevèrent de populariser (jusqu’à les rendre insupportables). Les Vangelis et autres Tangerine Dream…

Le talent de Michael Mann efface l’aspect daté. On se surprend à s’interroger : quelle musique aurait pu s’intégrer aussi bien à ce côte à côte inaugural entre Crawford et Graham, assis sur un arbre blanchi par le sel de la mer, sur fond visuel et sonore de vagues ? Comment enchaîner avec la séquence de l’enclos des tortues, rare moment de bonheur paternel de Will ? Et ensuite, la discussion, au lit, entre Will et son épouse, et leurs étreintes, qui scellent le retour de Will dans la chasse à l’homme, avec toute la tension dramatique que ce retour implique ?

Cette plage musicale fonctionne à merveille pour ces séquences, violent contraste avec la noirceur du générique. Un peu d’air pur et d’amour avant la traque. On peut d’ailleurs mesurer la puissance de la musique de Kitaro lors de son deuxième passage, lors de l’assoupissement de Will dans l’avion, alors qu’il se prend à rêver à sa famille. Les plans de Spinotti et Mann se mêlent à la musique, et le retour à la réalité n’en est que plus dur.

Quelques chansons parsèment le parcours de Graham. Là encore, on exigera une écoute bienveillante ou un goût prononcé pour une certaine idée du rock. En effet, à part l’indémodable In-A-Gadda-Da-Vida d’Iron Butterfly, qui assourdit la pénultième séquence (soupirs d’aise chez tous les fans lorsque Will traverse la fenêtre de Dollarhyde), le reste des chansons est assez daté, quoique délicieux. The Big Hush de Shriekback est un beau morceau de New Wave susurrante, et produit une émotion déchirante lors des amours désespérées du tueur.
Heartbeat et Strong As I Am, en revanche, peuvent rendre fous de nombreux spectateurs. Heartbeat est peut-être la chanson rock la plus datée de la BO. Tant le son des instruments que le chant des Red7 peuvent irriter, notamment en raison de leur arrivée fracassante lors de la séquence finale. Les fans complets du film n’y prêtent plus attention après la troisième vision, et finissent généralement par fredonner ce générique final plus d’une semaine après avoir revu le chef-d’œuvre.
Un must pour les aficionados, donc. Et comme ils sont nombreux, malgré l’absence cruelle de reconnaissance pour cette première version de Dragon Rouge, on imagine fort bien le fétichisme qui peut entourer le culte.
C’est ici que commence le mystère de la BO de Manhunter.

Introuvable. Tout simplement introuvable. Demandez-donc à l’un ou l’autre des vendeurs qui peuplent les rayonnages de votre supérette culturelle de proximité (du genre « agitateur depuis… ») et le pauvre enfant vous regardera bouche bée. La BO de Manhunter a pourtant existé en disque vinyle et cassette audio dès la sortie du film, comme cela se pratiquait dès les années cinquante ! Et nombreuses sont les perles des années 80 que l’on peut se procurer sans encombre (telle celle des « Prédateurs » de Michel Rubini également, ou encore celle de « Police Fédérale Los Angeles »). Manhunter n’avait pas fait un tel four ! Et les fans du film sont légion, et cherchent désespérément la fameuse BO. Un marchand parisien m'a affirmé qu’il ne se passe pas un mois sans qu’un client la lui demande.

Il faut pourtant se rendre à l’évidence : sauf coup de chance exceptionnel, les ambiances de Rubini sont épuisées. Après avoir hanté les disquaires de tous poils, on se tourne vers Internet pour découvrir que les sites consacrés au film sont nombreux et remarquablement tenus, ce qui laisse rêveur lorsqu’on compare cette fidélité au faible succès rencontré auprès du public. Certains comme Mike Pitt et Vincent Thibert se sont même fendus d’une page web remarquable sur la BO, relevant au passage de nombreux morceaux non crédités au générique, et absents de la BO jadis dans le commerce ! Cerise frustrante sur le gâteau, ces merveilleux amis proposaient même de télécharger la précieuse compilation réalisée par leurs soins, voire de vendre un CD réalisé, dit-on, en qualité professionnelle par le dénommé Pitt. Espoirs déçus, hélas : le téléchargement ne fonctionne plus, le site de Mike est visiblement à l’abandon depuis quelques temps. Le découragement guette, donc.

Les solutions sont donc peu nombreuses : trouver les albums de chacun des groupes qui ont participé à l'enregistrement, et faire sa propre compilation (notons que certains extraits sont indisponibles, notamment certains titres des Reds). Ecumer encore et encore les disquaires d’occasion. Ecumer les occasions sur Internet. Ou encore réaliser une compilation à partir…de la vidéo du film ! Notre ami Alex (rédacteur chez Arts Sombres) se vante d'avoir ainsi obtenu une qualité intéressante, extraits de dialogues inclus (autant de soupirs d’aise en perspective). Mieux que rien, comme qui dirait.

Sur la toile, le site manhunter.net est incontestablement une superbe source d’informations sur l’ensemble du film. Plusieurs autres sites sont formidablement documentés (cf. ci-dessous). Malheureusement, tout cela ne donne pas d’espoir de mettre l’oreille sur cette BO…

C'est pourquoi je conclurai cette évocation par un appel à tous : à la maison Universal Music, qui détient les droits de diffusion, pour qu’elle se décide à republier ce bijou. Arts Sombres ouvrira bientôt une pétition en ligne, elle sera transmise à la maison d'édition.
Un autre appel à Mike Pitt et consorts : revenez, les gars, faites revivre vos sites, nous en avons tous besoin. Et spécialement toi, Mike, combien le CD ?
Un dernier appel en forme de bouteille à la mer, à tous les lecteurs de cet article : si vous avez en votre possession un enregistrement de la BO, ou de certains extraits (l’introuvable Seiun, notamment), faites-le-nous savoir, et partageons tous !

— Visiter le site officiel de Manhunter —
Visiter le site de Vincent Thibert
Visiter le site de Mike Pitt
Visiter le site de Jaromir Krol          
Stéphane RASKOWSKY
(23 septembre 2002)

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