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Hors de l'Ombre : Cinéma
Le sixième sens
Une confusion existe depuis la sortie du film de M. Night Shyamalan (Sixième sens avec B. Willis). Le premier volet des aventures d’Hannibal Lecter, intitulé Dragon Rouge (Red Dragon), a été porté à l'écran par Michael Mann, sous le titre Manhunter mais les traducteurs français l'ont diffusé sous le titre Le sixième sens.
Titre : Le sixième sens

Scénario : Michael Mann

Réalisation : Michael Mann

Sortie : 1984
Tous Droits Réservés
J'ai récemment fait l’acquisition d’un de mes films préférés en DVD - d'occasion à 69F (!) - : Le sixième sens. Le vendeur me dit: "Çà n’a rien à voir avec Sixième sens". Moi: "Ben oui, ça c’est Manhunter. J’le connais."

Manhunter, c’est l’adaptation de Dragon Rouge (1981), le deuxième roman de Thomas Harris et le premier de la trilogie qui comprend également Le Silence des agneaux (1988) et Hannibal (1999). Harris avait pour ainsi dire créé le premier personnage profiler du roman policier, dans ce sens que, si de nombreux tueurs en série avaient déjà sévi dans la littérature antérieure, on avait pas vraiment vu un tel réalisme dans les méthodes d’investigation de la police ;  Et ce réalisme, on le doit en grande partie au travail de recherche effectué par Harris (journaliste de profession) auprès d’un des fondateurs du profiling au FBI, John Douglas. Depuis une trentaine d’années, l’établissement de profils psychologiques s’est systématisé aux USA dans les enquêtes criminelles, notamment concernant les meurtres en série.

Ce qui s’avère particulièrement intéressant, c’est que les profilers sont devenus très populaires à partir de l’adaptation au cinéma de la deuxième partie : Le Silence des agneaux. Pourtant, ni dans ce film, ni dans la plupart de ce qui a été fait depuis, en littérature, cinéma et télévision, on ne retrouve la fidélité de Dragon Rouge à la réalité. En effet, on remarque que beaucoup de personnages profilers des années 90 sont affublés de pouvoirs particuliers (Franck Black dans Millenium, Sam Waters dans Profiler), sont persécutés par le tueur (Seven, Copycat) - ce qu’on n'a, à ma connaissance, jamais constaté dans l’Histoire - ou, dans le meilleur des cas, survolent les méthodes réellement employées à l’unité des sciences du comportement de Quantico (Bone Collector, Kiss the Girls (Le Collectionneur)). Il ne s’agit pas de dire que le réalisme est gage de qualité - les films cités supra sont bons pour certains, excellents pour d’autres - cependant, c’est une qualité majeure de Dragon Rouge.

Les protagonistes sont froidement présentés : ici, pas de tueur virtuose et charismatique ; pas de flic super-héros. Harris s’est probablement inspiré de la vie de J. Douglas pour créer Will Graham. Et Michael Mann a montré depuis son goût pour les personnages réels portés à l’écran (Heat, The Insider (Révélations), prochainement Ali). Des personnages réels mais qui donnent l’impression d’être tout droit sortis d’un livre ou d’un scénario ; Mann semble apprécier de montrer des êtres en proie à des doutes existentiels, des difficultés familiales importantes et qui sont comme guidés par une mission qui les détruit tout autant qu’elle les fait vivre.

Si Dragon Rouge est une très bonne adaptation de la réalité, Manhunter est également une très bonne adaptation de Dragon rouge . Au delà d’une fidélité scénaristique (pas évidente sur la fin, mais peut être attribuable à quelques concessions à la production, au studio ?), c’est une fidélité à l’ambiance à laquelle parvient Michael Mann. La photo bleutée froide (Dante Spinotti, directeur de la photographie attitré de Mann), la musique planante composée de nappes de synthétiseurs (B.O. introuvable en CD, malheureusement) sont des points clé qui contribuent à créer une atmosphère de chambre froide tout au long du film. Notons encore l’interprétation: William Petersen, d’abord, qu’on a si peu revu depuis, est, pour ainsi dire, Will Graham. En lisant le livre avant de découvrir le film, on est forcément frappé par la justesse du jeu ; ce qui est un tour de force, la prise de risque étant assez importante (ex: Will Graham parle seul à voix haute face à son écran de télévision, puis face à la vitrine d’un snack, ceci devant adapter les pensés du personnage dans le livre. L’effet pourrait sembler un peu lourd, mais Petersen y croit tellement qu’on se laisse totalement convaincre). Tom Noonan (qui joue Francis Dollarhyde, soit le "Dragon" lui-même) y est également parfait: encore une fois, réalisme physique et psychologique. Les flashs back sur la vie du tueur absents dans le film sont sans doute un manque important (et là encore, le travail de documentation de T.Harris a été remarquable). Mais M. Mann et Tom Noonan ont lu le livre ; l’interprétation comme la mise en scène sont influencées par les informations contenues dans ces flashs back. On peut dire, d’une certaine manière, que ce film est bien plus fort lorsqu’on a lu le livre (plutôt rare). Il s’adresse, par allusions et par cette atmosphère commune aux deux versions, à ceux qui connaissent déjà Dragon Rouge. Une façon d’aborder l’adaptation cinématographique qu’on a retrouvé depuis avec, par exemple, L.A. Confidential.

Précisons pour finir, qu’Hannibal sera très prochainement porté à l’écran par Ridley Scott (Sortie française le 28/02/2001). Anthony Hopkins reprendra le rôle titre, Julianne Moore celui de Clarice Starling et la musique sera orchestrée par Hans Zimmer. Il y a peu de chances, vu la célébrité de la deuxième partie, que l’on confonde Hannibal avec un autre film lorsqu’il sortira en DVD. Peut être, après avoir lu ces lignes, courrez-vous acheter Sixième sens de M. Night Shyamalan en croyant acquérir Manhunter ?    
Alex SUMNER
(23 février 2001)

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