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D'oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Les Lois de l'Attraction : Du cul, du cul, du cul ?
Sept ans. Sept ans que nous attendions des nouvelles de Roger Avary après son ultra-destroy Killing Zoe. Après, M. Stitch, un pilote de série TV original mais foireux et quelques projets avortés, le co-scénariste oscarisé de Pulp Fiction revient en force en adaptant Les lois de l'attraction, le sulfureux roman de Bret Easton Ellis. La preuve enfin après le mitigé American Psycho qu'Ellis est moins inadapatable qu'on le croit. Critique du brulôt ici et maintenant.
Titre : Les lois de l'attraction

Scénario : Roger Avary, Bret Easton Ellis

Réalisation : Roger Avary

Sortie : 2003
Tous Droits Réservés
Sean Bateman, dealer amateur cynique qui reçoit de mystérieuses lettres d'amour. Lauren Hyde, jeune vierge qui suce son professeur en attendant de donner son hymen à son petit ami parti en Europe. Paul Denton, bisexuel qui compte ravir le coeur de Sean. Lana Holeran, blondasse superbe qui aime parader en sous-vêtements devant l'équipe de foot. Eux et quelques autres sont étudiants et américains. Eux et quelques autres sont soumis aux Lois de l'attraction.

« Ladies and gentlemen... I'M SATAN ! » C'est par cette phrase diffusée aux alentours de 150 decibels que Roger Avary a salué le public de la Cinémathèque, dont faisait partie votre serviteur. Dès lors, comment ne pas aimer un tel homme ? Mais restons objectifs. Aussi sympathique que puisse être un réalisateur, ce sont ses films qui comptent. En l'occurrence Les lois de l'attraction.

L'Inadaptable. Les lois de l'attraction est une adaptation d'un roman de Bret Easton Ellis. Cette simple donnée en dit long sur l'aspect casse-gueule du projet du sieur Avary.

Un : parce qu'Ellis fait partie aux côtés de bonhommes comme Michel Houellebecq et Chuck Palhaniuk du club des écrivains provocateurs faisant le constat du déclin de la civilisation occidentale à coup de sexe triste et de violence extrême. Une adaptation en film implique forcément au mieux un adoucissement au pire une édulcoration pour ne pas faire péter les synapses des censeurs du monde entier.

Deux : parce qu'au contraire de messieurs Houellebecq et Palhaniuk, Ellis n'a même pas la politesse de proposer une quelconque forme de narration classique, préférant juxtaposer des scénettes rendant compte du néant abyssal dans lequel évoluent des personnages prisonniers de leur propre superficialité.

Grammaire. Face à un tel problème dramaturgique, trois possibilités sont offertes.
On peut considérer le projet, l'étudier, travailler dessus puis laisser tomber car tout ce travail ne peut que mener nulle part. C'est ce qu'ont fait Oliver Stone et David Cronenberg, et on les comprend.
On peut s'attaquer au bébé avec un couteau électrique et rajouter personnages et évènements afin d'assurer à la structure un semblant de construction et de progression. C'est ce qu'a fait Mary Harron sur American Psycho, avec des résultats plus que mitigés.
Reste la troisième option. Celle que j'appellerai la technique Aronofsky. Technique qui se résume à un constat. Un livre est composé de mots et de phrases. Un film de sons et d'images. Il ne faut donc pas hésiter à faire la conversion et ne pas faire le compromis d'un « cinéma littéraire ». Une idée qu'on aurait jamais eue en France, bienheureux pays de la caméra-stylo (et pourquoi pas pinceau-burin tant qu'on y est ?).
Une idée qu'a appliquée avec succès Roger Avary.

Cynisme. Les Lois de l'attraction tourne donc autour de jeunes étudiants beaux, riches mais soumis à un néant existentiel total, comblé à coups de beuveries, de cocaïne et de sexe impersonnel. C'est tout ? Oui, pour ainsi dire.

Avec un tel postulat, comment pondre un film de 110 minutes qui tienne la route, surtout quand le casting est un ramassis de belles gueules sorties de séries pour ados (James Van der Beek) et de couvertures de magazines (Ian Somerhalder) se retrouvant à jouer des personnages totalement antipathiques ? Technique Aronofsky. On travaille la grammaire filmique, on muscle les effets de style et on insiste tellement sur le visuel/sonore qu'on transcende l'idée d'esthétisation. Avary avait prouvé avec Killing Zoe son aptitude à filmer des personnages se mettant la tête à l'envers. De ce point de vue, on comprend ce qui l'a attiré dans le livre d'Ellis. Haschisch, bière, ecsta, coke, vodka, on avait pas vu un tel festival depuis Las Vegas Parano.

La radicalité de la démarche n'a pas valu au film que des amis. Boucherie critique aux Etats Unis, la rentabilité du film d'Avary n'est dûe qu'à ses petits quatre millions de dollars de budget (un exploit vu la rigueur visuelle du film). Outre son apparente immoralité, une accusation qu'Avary récuse, le film est vraiment débarrassé de toute la structure qu'on peut trouver dans un Fight Club ou un Requiem for a dream. Les tentatives d'architecture narrative ne sont que des leurres et le film se termine littéralement dans une impasse qui risque de laisser pas mal de spectateurs circonspects.

A suivre. A l'image de Patrick Bateman, Sean et ses amis sont des monstres vulgaires et égoïstes. Mais contrairement à l'American Psycho, ils essaient d'être humains, gardant un peu d'espoir pour un grand amour qu'ils ont peu de chances de trouver. Ellis passe pour un salopard cynique, Avary pour un petit suiveur de Tarantino. Le sentiment étrangement mélancolique qui se dégage d'un film souvent hilarant prouve qu'ils ont bien plus de choses à dire que l'image qu'on leur a collés.

Plus qu'un anti-teen movie destroy et rigolard (pitch sur lequel il a été plus ou moins vendu), Les lois de l'attraction pointe du doigt une société désertée par les adultes et qui semble avoir fait de l'abrutissement de masse un projet d'avenir. Visiblement satisfaits de leur collaboration, Avary et Ellis comptent s'attaquer sous peu à Glamorama. Nouveau cocktail molotov en vue.

Note :
- Les lois de l'attraction sort dans toute salle digne de ce nom le 26 mars. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Cyberlapinou
(03 mars 2003)

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