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Hors de l'Ombre : Cinéma
Limbo
Passé presque inaperçu à sa sortie, le troublant et complexe successeur de Lone Star surprend constamment par son ambiance et son propos. Un suspense savemment distillé.
Titre : Limbo

Scénario : John Sayles

Réalisation : John Sayles

Sortie : 1998
Tous Droits Réservés

Dans un petit port de pêche d'Alaska, bourgade paisible. La conserverie ferme. Des promoteurs veulent ouvrir la région au tourisme. Et les gens du cru ne savent pas encorecomment ils s'adapteront. Joe Gastineau est un brave type, au dire de la plupart des gens de la ville. Il y a juste cette vieille histoire de naufrage, il y a des années de cela. Deux morts, il s'en est sorti, mais n'a plus jamais pêché depuis.
Donna DeAngelo est une jolie femme, une chanteuse de cabaret avec une fille adolescente, Noelle, belle et perdue. Elle fuient au gré des engagements et des petits amis de Donna, parcourent la carte et sillonnent le pays sans jamais s'y sentir chez elles. Joe rencontre Donna, ils se plaisent. On propose un bateau de pêche à Joe. Les idées font leur chemin. Et puis le demi-frère de Joe, longtemps perdu de vue, reparaît. Il a besoin d'aide. Tout le monde prépare une excursion en bateau. Les choses se gâtent, et un nouveau naufrage semble inévitable.

Immersion indispensable.
Ce film est un modèle de subtilité scénaristique. John Sayles tisse une toile délicate, émouvante, de relations entre ses personnages, qu'il confronte ensuite à une situation totalement en rupture avec leur monde. Car toute l'histoire repose sur ces personnages. Un léger prétexte policier se greffe de manière fugace sur l'intrigue, mais celle-ci se nouait toute seule, malgré l'inattendu de la situation de l'ensemble de la seconde partie du film.
John Sayles dit de ses films que l'on doit s'y immerger, s'y perdre pour les comprendre. C'était déjà le cas de Lone Star, thriller déroutant aux débouchés incestueux. C'est également le seul moyen d'aborder Limbo, qui ne fonctionne guère sur des mécanismes de suspense et de révélations spectaculaires, bien que ces éléments soient présents également. Peut-être que le cinéma de John Sayles ne saurait mieux se résumer, d'ailleurs : une sensation permanente que ce qu'il nous expose n'est que secondaire en regard de ce qu'il nous fait comprendre. Ainsi en est-il de la découverte d'un livre aux pages blanches, supposant que la lectrice d'un journal intime l'invente au fur et à mesure qu'elle le fait découvrir à ses auditeurs.

Moments d'émotion intense juxtaposés à des trouvailles scénaristiques inédites, notamment dans le cas de l'évolution de certains personnages, Limbo poursuit, sur plus de deux heures, son déroulement lent et touchant. La question n'est pas ici de rendre les personnages attachants à tout prix (même si c'est le résultat obtenu), mais plutôt de les faire vivre. Rien n'est simple dans le monde de John Sayles, même pour les gens simples. Le calme et l'émotion rentrée des deux demi-frères lorsqu'ils évoquent leur père est un moment remarquable de sensibilité qui évite tous les clichés du genre. La relation qui se noue entre Joe et Donna frémit d'un lent retour à l'espoir pour les deux personnages, mais la caméra de Sayles ne s'attarde jamais. Une manière très fine de ne jamais appuyer l'évidence, mais plutôt de montrer au spectateur l'une ou l'autre des pistes qui peuvent lui échapper pour mieux comprendre chacun.

Une méthode séductrice.
Ce film aurait pu être une simple chronique de mœurs, une tranche de vie, un instantané. L'intrigue emprunte alors à l'univers policier pour plonger tous ces personnages dans une situation déstabilisante, nouvelle, et peut-être sans espoir de changement. Devenus des Robinson Crusoë par la force des choses, tout près de la civilisation mais sans certitude d'être jamais retrouvés, cette famille constituée par les circonstances se découvre, tant individuellement que collectivement. Les derniers plans ne surprennent pas, malgré le suspense qu'ils instaurent. Ils constituent encore une occasion pour John Sayles de désamorcer les figures obligées qu'il manipule pour mieux attirer l'attention de son spectateur sur le véritable enjeu de son film. Une méthode remarquablement efficace, qui en désarçonnera peut-être certains, mais en séduira beaucoup.

Limbo peut se regarder comme un film policier, ou comme chronique sentimentale, dans le meilleur sens de l'expression : situé à l'exact confluent, le film surprendra chacun. Mais la perplexité qui peut saisir le spectateur ne résistera guère au charme dégagé par cette aventure humaine filmée autant en gros plan qu'en panoramique.

Henry YAN
(24 janvier 2002)

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