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Hors de l'Ombre : Cinéma
L'île
Poème passionnel et meurtrier, L'île est une curieuse surprise venue d'un pays dont le cinéma n'inonde pas les multiplexes : la Corée. Quasi-muet, d'une beauté plastique envoûtante, le film de Kim Ki-Duc laisse rêveur.
Titre : L'île
(interdit aux moins de 16 ans)

Scénario : Kim Ki-Duk

Réalisation : Kim Ki-Duk

Sortie : 2001
Tous Droits Réservés
Elle s'occupe d'un commerce de pêche. Elle entretient de petits cabanons flottants, perdus au milieu de l'immensité d'un lac dont on ne voit jamais toute l'étendue. La brume et la pluie ne l'arrêtent pas : elle nettoie les cabanons, vend des hameçons et des appâts, fournit de la nourriture aux pêcheurs, et parfois vient leur tenir compagnie la nuit. Elle n'est pas muette, mais ne prononce jamais une parole. Elle détient le seul bateau du lac, et s'en sert seule.
Lui arrive en abandonnant sa moto au bord du lac. Il se fait conduire par elle, sans un mot, sur l'un des radeaux-cabanons, et s'y installe, apparemment pas pour pêcher. Il a un revolver dans son sac de voyage. Il s'enferme dans le cabanon, et n'en sort que peu. Alors qu'elle se venge des clients qui la maltraite, il l'observe. Muette, elle disparaît parfois sous l'eau, pour mieux réapparaître sur sa barque, seule à pouvoir la diriger, et à faire fonctionner le moteur. Elle semble figée dans cet espace liquide, il fuit son passé proche dans un cul-de-sac. Elle l'observe tandis qu'il dort.

Comme dans un rêve. Il est difficile de résumer ce film quasi-muet, à l'instar de son héroïne. Difficile également de le classer dans un genre ou un autre.
Un film-rêve, peut-être. Peut-être même que l'auteur de ces lignes n'a pas passé son après-midi au cinéma, qu'il a rêvé toute cette aventure.

L'univers de L'Ile est constitué d'étrange : l'île n'apparaît jamais qu'à la fin, le lac est le seul horizon, les rapports entre les personnages, semble d'un parfait naturel en dépit de leurs actes. La séduction qui se crée entre les deux personnages principaux suit un cours presque familier (observation, premiers pas, approches et contacts), mais les éléments extérieurs viennent régulièrement troubler l'harmonie de l'immensité aqueuse. La police survient, abattant férocement un criminel réfugié, lui-aussi, sur un radeau. Un gros personnage, accompagné de prostituées, prélève des filets sur des poissons vivants qu'il rejette ensuite dans l'eau. Les deux personnages principaux, tous deux instables, agissent sans presque parler, se repoussent et se torturent l'un l'autre.
Le lac devient le héros du film. Il règle les rapports des personnages entre eux, interdits les contacts, limite les libertés, favorise les vengeances. Elle en est une créature, tandis que les autres ne semblent que parasites sur sa surface : elle seule sait nager.

Une beauté envoûtante. La magie du film tient à cette étrange ambiance, qui teinte chacun des éléments narratifs, assez classiques : amour inexprimé, jalousie, meurtre, complicité et remords. Le spectateur croit deviner les étapes suivantes, mais se voit toujours surpris par les actes des héros. Et toujours cette sensation d'une aisance troublante chez cette héroïne jamais décontenancée, qu'il s'agisse de sauver son amant de la mort ou de se débarrasser d'un cadavre et de sa moto... On adopte le point de vue du héros sans même s'en apercevoir, suivant des yeux la belle nageuse muette, parfois de très loin, à l'en deviner à peine, à croire presque qu'on l'a rêvée.
L'image et la bande-son contribuent également à cet onirisme. Des prises de vues d'une grande beauté plantent le décor dès les premiers plans, avant d'offrir des vues presque surréelles en guise de dernières images. Les visages sont détaillés, servis par des lumières parfois magiques : un coucher de soleil après la pluie, la nuit et sa brume transforment l'héroïne en créature magique. L'eau du lac permet d'atteindre un silence parfois reposant, parfois oppressant, seulement rompu par le bruit des rames ou du moteur de la barque.

Le rythme du film n'est pourtant guère léthargique. Les seuls temps morts sont ceux que prend l'héroïne pour s'allonger de temps à autre sur le sol d'un cabanon flottant, pour se laisser bercer par le roulis. Chaque séquence a son importance, chaque détail, chaque visage, et surtout chaque regard. Les actes ne sont jamais oubliés, bon ou mauvais. Tout se paye. Guidé par ce mystérieux Charon féminin, le public sort perdu, comme d'un rêve. Envoûté par la belle, mais aussi par le lac, où l'on finit par trouver une île.

NB : Certaines images de ce film sont d'une dureté impressionnante. L'ouvreuse de la séance à laquelle j'ai assistée m'a confié qu'elle avait vu des gens sortir avant la fin. C'est vrai, c'est parfois très dur. Mais c'est toujours très beau.

Visiter le site de Kim Ki-duk—    
Henry YAN
(21 mai 2001)



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