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Hors de l'Ombre : Littérature
Libra
Lee Harvey Oswald, sa vie, son oeuvre, sa mort. Les comment, quelques pourquoi, beaucoup de qui. L'approche intimiste de l'un des plus célèbres présumés meurtriers du vingtième siècle.
Titre : Libra

Auteur : Don DeLillo

Editeur : Actes Sud

Sortie : 1988
Tous Droits Réservés
Petit garçon, Lee Harvey Oswald n'avait pas de chance. C'était la risée de ses petits camarades, on le prenait pour un dingue, et sa mère n'était pas très équilibrée. Mais Lee s'en moquait. Il préférait se réfugier dans son imagination, et dans la lecture, qu'il pratiquait avec difficulté mais obstination.
Adolescent, Lee Harvey Oswald n'avait pas de chance. Impossible pour lui de faire des études. Son meilleur ami lui fait faire la connaissance d'un drôle de personnage, chauve sur toute la surface de son corps : David Ferrie. La machine se lance.
Adulte, Lee Harvey Oswald n'a pas de chance. Il est dans l'armée, mais souhaite passer à l'Est. Difficile, mais à force de ténacité, il y parvient. Il apprend le russe, s'introduit dans le pays, s'y intègre, collabore avec les services secrets russes, rencontre Marina, la jolie jeune femme timide qui deviendra sa femme.
Puis il rentre au pays, avec sa femme. Et là, les événements se précipitent peu à peu. Les hasards troublants, les coïncidences répétées... Lee retrouve son camarade de régiment, il retrouve Ferrie, il rencontre des aristocrates qui travaillent pour la CIA, des anciens du FBI, des anti-castristes, des pro-castristes. Il est marxiste. Il travaille pour les anti-communistes. Il se lie avec des agents de la CIA. Il occupe de petits emplois pour faire survivre sa famille...
Marina adore le président Kennedy. Lee l'aime bien, lui aussi. Ils ont des points communs.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lee Harvey Oswald se trouve peut-être dans ce roman. Plus de six cent pages qui ne parlent pas que du tireur isolé de l'assassinat de Kennedy, mais qui montrent de troublants recoupements de trajectoires. DeLillo organise son roman comme une vaste carte routière. De petits chemins de traverse, des autoroutes, des aires de repos, des villes-étapes... C'est un voyage. Le roman se transporte d'ailleurs d'Amérique au Japon, puis en URSS. En Louisiane et au Texas.
L'ensemble fait penser au Magnolia de Paul Thomas Anderson, un Magnolia sanglant et vibrant d'histoire et de drame. Oswald est un personnage attachant, un doux, un rêveur qui se heurte sans cesse à des réalités qui l'utilisent et le manipulent. Découvrir un tel "monstre de l'Histoire" est fascinant, tant le romanesque employé par DeLillo est convaincant, permet de se glisser sans cesse dans le trou de souris des endroits où les drames se jouent. L'auteur ne néglige aucun aspect, plonge dans l'intimité de chacun de ses personnages, les présente plus souvent hors du cadre qui les a rendus célèbres, eux ou leurs actes. De vieux pontes de la CIA vivent paisiblement, mais fabriquent des faux-papiers dans leurs sous-sols. Un vieil exilé cubain se remémore, en promenant son chien, son passé au côtés de Fidel. Marina se demande quand Lee va lui apprendre l'Anglais.

Le drame se noue avec lenteur, et DeLillo utilise redoutablement l'anti-suspense. Son roman est privé de surprise : nous le connaissons tous depuis le 22 novembre 1963. Tout l'intérêt consiste dans le jeu de piste, le puzzle qui constitue peu à peu l'identité et la personnalité d'un homme qui deviendra, plus qu'un bouc émissaire, un coupable sur mesure.
Touchant dans ses hésitations et ses doutes, émouvant dans sa conscience aiguë et intuitive des forces à l'oeuvre sur lui, Lee Harvey Oswald est un authentique héros tragique, qui semble hésiter sans cesse dans le tourbillon qui s'est créé autour de lui. Les hasards s'accumulent encore. Ceux qui aboutissent à un acte monstrueux, qui se désolidarisent de tous leurs commanditaires. Le complot parfait, sans filière à remonter. Personne ne sait qui est derrière lui, ni qui lui a donné l'ordre d'agir. Oswald accepte ce qu'on lui dit de faire, avec le sentiment d'avoir le choix de ses actes. Le génie effroyable de l'auteur est de montrer que personne, dans cette Histoire, n'a semblé avoir le choix de ses actes. Et que le 22 novembre 1963 fit plus d'une victime.
Raphaël VILLATTE
(23 juillet 2001)


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