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Enquêtes : Etudes
Le titre et ce qu'il annonce
De quel film parlons-nous ? Les titres sont souvent traduits avec des modifications très importantes. Une oeuvre peut se voir retitrée par un intitulé bien éloigné de son titre d’origine. Un parcours du combattant pour l’amateur de versions originales !
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En littérature comme en cinéma, la question du titre de l'oeuvre est souvent épineuse. Nombreux sont les auteurs qui confessent détester le délicat exercice qui consiste à titrer leur oeuvre, faute de savoir comment donner envie au public de se plonger dans l'oeuvre, sans pour autant lui donner toutes les clefs de l'intrigue. Ce problème n'est d'ailleurs pas propre au genre policier. Lors de sa consécration au festival de Cannes, le réalisateur Eric Zoncka justifiait ainsi le choix du titre de son film, La Vie rêvée des Anges, devant un journaliste peut-être un peu trop enthousiaste : alors que ce dernier considérait le titre comme très beau et très poétique, Eric Zoncka lui répondit que l'auteur du titre n'était autre que le producteur du film, qui avait suppléé à la panne d'inspiration du cinéaste. Le film fut un succès, et il faut admettre que ce producteur avait eu la main plutôt heureuse.
La traduction des titres l'est souvent beaucoup moins.

De nombreux (trop, diront certains) romans et films américains ou anglo-saxons paraissent et sortent sur nos écrans chaque année, et quelques films et romans en provenance du reste du monde. Nous nous concentrerons sur cette écrasante majorité.
Rarement, ces oeuvres sont diffusées sous leur titre original, c'est-à-dire non-traduit. Il s'agit généralement des cas de titres se composant d'un seul terme, dont le sens n'échappe plus à la population quasi-anglophone dans son ensemble dont nous faisons partie. Les films de David Fincher, toujours brefs et simples à retenir, Seven, The Game, Fight Club, n'ont jusqu'à présent pas nécessité de traduction.
Les titres longs peuvent être traduits d'une manière relativement proche du texte original. Everything you always wanted to know about Sex but were afraid to ask, soit Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Sexe sans jamais oser le demander, de Woody Allen, peut sembler un exemple convainquant.

Si la longueur du titre n'est pas en cause, les écarts d'une langue à l'autre sont à rechercher ailleurs. Dans la difficulté de traduire l'ambiguïté ou la polysémie, par exemple. Dirty Harry pose ainsi le problème de la locution figée en américain. "Sale" ("Dirty") existe ainsi en français, avec un sens propre comparable à celui du terme américain, mais aussi un sens figuré , comparable également au terme américain. Cependant, "Sale Harry" ou "Harry le Sale" ne rendraient pas l'impression ressentie par les collègues de l'inspecteur au point de l'affubler de ce surnom. La traduction française de la séquence qui voit l'explication de ce surnom par un ami de Harry donne "Harry le Charognard", ce qui reste éloigné du simple "Dirty" original. Le problème reste sans solution, et la traduction française ne s'éloigne que peu du texte, bien qu'elle prenne une forte distance avec l'effet d'annonce voulu par le titre original.

Le cas du trop méconnu film de Sidney Lumet, The Offense, est plus éclairant. Devant l'incapacité à choisir un des sens trop nombreux renfermés par ce simple terme (offense, viol de la loi, insulte...), les traducteurs optent pour l'épais L'Inspecteur Johnson enquête, commettant presque, de ce fait, un contresens quant à l'objet du film : ce que Lumet filme dans le parcours de Sean Connery, enquêteur trop violent de la police anglaise, ce n'est guère l'enquête de l'inspecteur Johnson, mais Johnson lui-même.
Les exemples sont nombreux de titres "qui en disent trop long" sur le contenu du film. Alors que l'on taxe volontiers les Américains de naïveté, voire de simplisme quant à l'idéologie de leur cinéma, force est de constater que les traducteurs de titres semblent avoir parfois une piètre opinion du public français, soupçonné d'être encore plus sot que celui d'outre-Atlantique. D'où l'ajout, quant le titre n'est pas totalement modifié, des fameux sous-titres, programmatiques, révélateurs et annonciateurs du contenu du film. Erin Brockovich, promu sur le seul nom de son interprète principale, Julia Roberts, est ainsi sorti en France flanqué d'un sous titre. Le résultat en est évidemment allégé : Erin Brockovich, seule contre tous. Il s'agit, qui plus est, d'une nouvelle approximation de la compréhension du film par les traducteurs : les alliés de la courageuse Erin sont relativement nombreux dans le film, de son patron à son compagnon, en passant, bien sûr, par les malheureux qu'elle tente d'aider.

Notre propos n'est cependant pas, de faire le procès des différentes générations de traducteurs de titres qui se sont succédés, ni d'examiner chaque cas de traduction douteuse, bien que l'exercice s'avère souvent à la fois drôle et navrant. On pourrait à la rigueur reprocher à ces traducteurs leur désinvolture. Claude Chabrol ne déclarait-il pas, il y a quelques années qu'à l'époque lointaine où il exerça cet emploi, il traduisait les titres qui lui posaient problème par le titre passe-partout Avec le Soleil pour témoin ? Le bon Claude devait exagérer quelque peu, puisque ces films ont apparemment échappé à sa griffe.
Le problème est cependant le même que dans toute traduction de masse (traduction organisée à l'échelle d'un catalogue entier, comme la Série Noire, entre autres). La rentabilité est la rapidité sont nécessaires, et l'on n'a que peu de temps pour procéder à la traduction. D'où une certaine uniformisation des solutions proposées face aux difficultés rencontrées.

Nous avons tous plusieurs idées à proposer pour remédier à cette standardisation, qui nous pousse à envisager le cinéma américain comme une entité moins diverse qu'elle ne l'est en réalité, puisque tous les titres de leurs films ne sont pas nécessairement des titres-chocs, ou des formules inspirées d'un proverbe ou d'une formule qui tente de résumer toute l'intrigue du film. Certains proposent de se rapprocher encore du texte, et de s'en contenter, ce qui ne résout guère la question de la polysémie ou de l'ambiguïté. D'autres proposent tout simplement de cesser de traduire ces titres, et pourquoi pas de cesser de traduire et de doubler les films.
La solution est encore inconnue, mais le problème mérite d'être mieux connu.

Nous vous proposons "L'Annuaire des Titres" (rubrique Analyse), qui vous permettra de comparer les titres originaux avec leurs traductions. Cette rubrique ne sera sans doute jamais exhaustive, mais pourra aider le puriste qui sent que quelque chose se cache derrière le tapageur Piège de Cristal, l'amateur de VHS ou DVD d'importation qui recherche le titre original de L'Epreuve de Force, ainsi que le cinéphile perplexe qui se demande dans quel Sixième Sens a joué Bruce Willis.     
Raphaël VILLATTE
(09 février 2001)

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