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Hors de l'Ombre : Bande Dessinée
Le Choucas
Lancé en grande pompe (radio, magazine, offre de promotion...), le premier tome du Choucas marque le début de la collaboration de Lax et des Editions Dupuis dans la réalisation d'une série de Bandes Dessinées policière. Plutôt habituée à des ouvrages classiques et bon enfant (Spirou, Gaston...), cette ancienne maison d'édition élargit, avec Le Choucas, sa collection grâce à une version originale mais fidèle du Polar.
Titre : Le Choucas rapplique (tome 1)

Scénario : Lax

Dessin et couleurs : Lax

Edition: Dupuis

Sortie : 2001
"Lorsqu'on est chargé de remonter et d'entretenir quotidiennement les seize horloges vieillissantes d'une entreprise dirigée par un patron intéressé et peu scrupuleux, on perd rapidement foi en l'avenir. Alors quand on se fait virer comme un déchet d'un autre siècle, on évite de se laisser guider par d'illusoires projets et on accepte le rôle que le destin semble avoir désigné pour vous ; même si celui-ci consiste à s'improviser détective privé pour aider une vieille dame passionnée de scrabble, tout en étant secondé par un livreur de pizza adepte de la lutte gréco-romaine et par un chauffeur de taxi marabout dans l'âme et Fangio sur les bords ; le tout déguisé en croque-mort ! Le Choucas est né."

La principale remarque que l'on puisse faire concernant ce premier tome du Choucas, remarque également valable pour les tomes 2 et 3, est que Lax n'a pas privilégié l'aspect esthétique dans ses dessins. Il ne faut pas chercher dans les planches du Choucas des dessins tirés à quatre épingles, articulés autour de traits nets et galbés, et rehaussés de couleurs soigneusement choisies. Nous sommes ici bien loin des planches admirables de Frezzato (Les gardiens du Maser), où chaque dessin constitue une véritable oeuvre d'art ; ou même des traits simples mais efficaces de Bergese (Buck Danny). Les traits et la consistance des planches de Lax sont plus proches de ceux de Tardi (Nestor Burma), ce qui permet à l'auteur de retranscrire fidèlement cette proximité et ce réalisme dans la noirceur qui ont fait le succès du créateur d'Adèle Blanc-Sec.

Mais il serait irrespectueux envers l'auteur de ne pas reconnaître sa capacité évidente à brosser un tableau triste et morne à souhait, en osmose parfaite avec le ton de l'intrigue. Ceci lui permet de reconstituer cette atmosphère oppressante et surannée si particulière à certains polars. Son trait est irrégulier, parfois imprécis, mais toujours fidèle à ce qu'il veut exprimer. Les personnages qu'il met en scène sont tout sauf beaux ou attirants. On éprouve souvent un certain dégoût à les voir et surtout on a beaucoup de mal à s'y attacher. Pourtant cette volonté de Lax de montrer les personnages tels qu'ils sont réellement les rend paradoxalement beaucoup plus humains, de sorte qu'ils ressemblent à tous ces gens un peu atypiques que l'on croise dans la rue et que l'on regarde de travers. Ainsi ils ne sont ni bons ni mauvais, mais livrés bruts de décoffrage sans enluminure ni condescendance.

Signalons également la présence de nombreux gadgets et autres clins d'oeil qui jalonnent l'ouvrage et contribuent à son originalité. Notamment, l'inclusion de bribes de textes (définitions du dictionnaire, constats à l'amiable d'accident automobile, couvertures de romans de la Série Noire...) voire même de gravures (des prises de lutte gréco-romaine). Tout cela rajoute généralement une note humoristique et donne un certain rythme à l'intrigue.

Le scénario, en revanche, est d'une simplicité à toute épreuve. On est loin des intrigues complexes de James Ellroy. La trame est ici réduite à son plus simple appareil: un moyen de relier les différents protagonistes entre eux. Le suspense est inexistant, ce qui facilite grandement la continuité de l'intrigue et son dénouement. Cependant, ceci ne manque pas car il faut rappeler que cet ouvrage est le premier de la série, que le personnage principal s'improvise détective de la manière la plus saugrenue qui soit et, par conséquent, que la volonté de l'auteur n'est pas de monter une intrigue à toute épreuve mais de nous présenter le Choucas.

Ainsi, bien que l'épilogue de cette première enquête du Choucas paraisse un peu trop bon enfant à mon goût (cela frise les Happy End à l'Américaine alors que les flics se retrouvent avec une macchabée sur les bras dont la tête ressemble à un plat de spaghettis) ; le déroulement de l'action et l'introduction des personnages principaux et secondaires sont tout à fait opportuns.

De son côté, notre limier ressemble fort à un certain Nestor Burma. Même physique plus ou moins avantageux selon l'angle de vue, même charme ravageur auprès des femmes, et même tête à claques auprès des ripoux en tous genres. Il a également un air de paumé qui nous donne envie de s'occuper de lui (avec plus ou moins de délicatesse d'ailleurs). Il ne peut néanmoins s'empêcher de fouiner et d'arriver en plein milieu du jeu de quilles sans vraiment l'avoir voulu. Ainsi les raisons pour lesquelles il perd son boulot tout autant que les motivations qui le poussent à devenir une sorte de détective de bas quartiers semblent lui être imposées, ou tout du moins conseillées, plus qu'elles ne paraissent résulter d'un choix personnel. De ce fait, il ne brille ni par son astuce et son intelligence, ni par son professionnalisme et son dynamisme ; mais s'intègre sans problème à l'intrigue qui se noue. En d'autres termes : ce n'est pas un génie mais comme les autres sont stupides il s'en sort sans trop de casse.

Enfin la dernière particularité de cet ouvrage réside dans cette sorte de mélange plus ou moins maîtrisé entre deux époques, et qui rajoute un côté original à l'atmosphère qui s'en dégage. On remarque qu'à première vue Lax est profondément inspiré par une vision de Paris des années 60, autant dans les costumes, les rues et personnages que dans les mentalités et les motivations des différents protagonistes. Cependant, il intègre dans ce décor des objets pour le moins contemporains tels que le Tam-Tam, le TGV, le dernier modèle de chez Mercedes ou encore le téléphone portable. Autant de signes anachroniques qui semblent marquer la volonté de l'auteur de briser les carcans du polar classique afin de pouvoir imposer son style et sa vision de la Bande Dessinée policière.

Il est par conséquent difficile de rattacher Le Choucas et son auteur à un genre policier particulier. Il semble vouloir se démarquer et fabriquer son propre style en s'octroyant beaucoup de libertés, voire des facilités. Toutefois ce choix se doit d'être souligné et encouragé car, malgré certaines critiques, il se révèle prometteur. A suivre avec attention...
Guillaume BOITEL
(21 mai 2001)


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