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D'oeuvre en oeuvre : Cinéma.
La disparue, Quête et conservation du bonheur
Un jeune couple parcourt les routes de montagnes jusqu'à une station-service. Un professeur de physique s'équipe en chloroforme et s'arrête dans la même station-service.
Titre : La Disparue
(Interdit aux moins de 12 ans)

Scénario : Todd Graff

Réalisation : George Sluizer

Sortie : 1992
Jeff Harriman et sa compagne Diane Shaver partent en vacances, en voiture, sur les pentes du Mont Saint-Helens, qui porte encore les marques de l’éruption ravageuse de 1988. Après une courte mais intense dispute, les amoureux se réconcilient et s’arrêtent dans une station service bondée. Diane laisse Jeff un instant, juste le temps d’aller chercher quelques boissons. Elle ne revient pas. Trois ans plus tard, tandis que Jeff tente à la fois de reconstruire sa vie et de connaître la vérité sur le passé, Barney Cousins, professeur de physique, constate que mois après mois, les affiches portant le visage de Diane ne sont plus remplacées sur les murs du lycée. Père de famille et mari aimé, homme calme et posé, doux et méthodique, il s’intrigue de ce changement.

Traumatisant. La disparue fait partie de cette catégorie d’œuvres à part, qui a marqué à vie tous ceux qui l’ont vu. De même que les baigneurs terrorisés par Les Dents de la Mer, La Disparue pousse le spectateur à ne plus jamais respecter les conseils de la sécurité routière, et à ne pas s’arrêter sur une aire d’autoroute. On pourrait s’interroger longuement sur la notion volontiers avancée mais jamais définie qu’est l’« identification » du spectateur au personnage. Une sorte de clef pour le succès, à en croire nombre de critiques : si le spectateur se « met à la place » du personnage, si l’histoire semble donc totalement possible dans la réalité quotidienne que rencontre le public, alors l’impact de la fiction serait bien plus important que dans le cas contraire. A nuancer, à l’évidence. On peut toutefois concéder que La Disparue suscite volontiers ce malaise particulier. Quoi de plus banal, en effet, qu’une dispute entre amoureux ? Quoi de plus banal qu’une disparition ?

Une écriture soignée.
Le talent de George Sluizer réside essentiellement dans le soin apporté à l’écriture de l’ensemble de son film. Dialogues simples mais terriblement réalistes, relations entre les personnages parfaitement pensées pour ne transformer personne en superhéros ou superméchant grimaçant, la banalité de la situation de départ est servie par la sobriété de l’ensemble de l’interprétation et du montage. Le spectateur n’a d’autre choix que de suivre pas à pas chaque personnage, le bourreau et ses victimes, jusqu’aux confrontations poignantes et troublantes. Loin de s’éloigner du thriller promis (quelques séquences de suspense impressionnantes), Sluizer filme les méandres de l’intimité du couple, via les destins croisés de trois couples : les deux que forment Jeff (émouvant Kiefer Sutherland) et ses deux compagnes successives (complémentaires et équilibrées, Sandra Bullock et Nancy Travis réussissent à être différentes et cohérentes, et délivrent des performances réfléchies dans deux rares rôles féminin du thriller contemporain. Une certaine idée de la place de la femme dans l’univers policier.), ainsi que le couple étrange mais réaliste encore, formé par Barney (effroyable de placidité, Jeff Bridges comme on l’a rarement vu) et sa femme.

Une réflexion sur la famille. C’est vers ce thème que l’ensemble des personnages et de la narration tendent. Tout n’est qu’apparences dans l’univers de Sluizer, et la stabilité rêvée, voire idéalisée, cache la fragilité extrême, qui peut faire disparaître le bonheur en un instant. Chaque personnage aspire à une vie simple et heureuse, mais le doute et l’incertitude ronge chacun à chaque instant : la femme de Barney, ainsi que sa fille, croient Barney en pleine liaison extraconjugale, un ver dans le fruit que les deux femmes choisissent d’accepter comme une fatalité. Le doute qui saisit Jeff avant même que l’Enfer ne se déchaîne sur lui, lorsqu’au détour d’une dispute, il préfère quitter sa jeune compagne affolée par colère. Ne se rend-on vraiment compte de ce qu’on a qu’une fois qu’on l’a perdu ? C’est l’une des questions lancinantes posées par le film. Bien que banale, elle n’en est pas moins cruciale. George Sluizer filme avec une grande maîtrise de ses effets le douloureux balancement entre bonheur et angoisse, qui pousse à rechercher et rejeter presque en même temps les objets de désir, et transforme un thriller étouffant, dans la plus pure tradition du film noir (on ne peut s’empêcher de songer à la noirceur de Mort à l’Arrivée et aux déchirants adieux de Dennis Quaid et Meg Ryan, ou à la révélation finale de Lone Star), en une réflexion sur le bonheur, sa quête et sa conservation. Implacable et traumatisant.   
Henry YAN
(06 janvier 2003)

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