Le site des Univers Obscurs_

 
ARTICLES_
 
 
ARCANES_
 
RECHERCHE_

Mot exact résultats
par page
 
NEWSLETTER_

Prénom
Email
Comment avez-vous connu Arts Sombres ?


 

amateur(s) d'Arts Sombres
actuellement en ligne

Hors de l'Ombre : Cinéma
Hot Spot
Un étranger arrive dans une petite ville du sud des Etats-Unis. Ambitieux, séduisant, mystérieux. Une intrigue policière qui transpire le blues, un très grand film de Dennis Hopper qui n'a malheureusement pas eu le succès qu'il méritait.
Titre : Hot Spot

Scénario : Dennis Hopper

Réalisation : Dennis Hopper

Sortie : 1990
Tpus Droits Réservés
Quel sort l'Histoire du cinéma réserve-t-elle à un chef d'oeuvre comme Hot Spot  ? Les définitions du chef d'oeuvre sont sans doute assez personnelles. Je vois pour ma part un point commun à toutes ces définitions: un chef d'oeuvre (au cinéma) est un film que l'on n'oublie jamais, qui ne nous lâchera jamais et qui nous influence chaque jour même si on ne l'a pas vu depuis dix ans.
Hot Spot est officiellement un petit film et c'est pourtant définitivement un chef d'oeuvre du polar.

Peu de personnages dans cette intrigue où on se demande si le principal n'est pas la chaleur, à l'instar de la pluie dans Seven ou la neige dans Un plan simple. La photo joue sur les couleurs chaudes, met en valeur la transpiration qui perle sur la peau avec des plans qui disent tout en silence. C'est le point fort du film: une grande finesse qui s'appuie sur des dialogues non-explicites, des plans où il faut tout deviner (ici des chaussures, là une voiture et des regards...).

Le héros, Harry Madox (Don Johnson), arrive dans cette petite ville du sud des Etats Unis (probablement) au début de l'histoire ; mais d'où vient-il ? Que vient-il faire ? Toute l'intrigue se construit sous nos yeux : pas de grands secrets, pas de grandes révélations. Une banque est cambriolée : le héros a préparé son coup à l'écran mais jamais le spectateur ne voit de grands discours qui lui annoncent ce qui va se passer et pourquoi les personnages agissent de telle manière. Le déroulement de l'histoire est d'ailleurs présenté du point de vue de Madox et on n'en sait jamais plus que lui.
Tout le film est un engrenage ; on regarde Madox évoluer, entretenir une liaison avec une femme, puis avec une autre ; il est ambitieux et donne l'impression de savoir exactement ce qu'il fait (chacune de ses répliques est fabuleuse, tranchante, une répartie cassante) mais on se demande si sa progression est vraiment ascendante.
« Qu'est-ce que j'fous là ? » dit Madox dans une scène... ça a vraiment l'air d'être le problème central du film.

Chaque acteur est impeccable, on a ici une galerie de visages connus (certains vus dans Twin Peaks, d'autres dans Les contes de la crypte, etc...), et on n'a pas fini de se lamenter en pensant que Don Johnson aurait sans doute pu jouer avec d'autres très grands réalisateurs dans d'autres très grands films ; il montre ici une classe et une violence mêlées de toute beauté (tout n'est peut-être pas perdu). Jennifer Connelly, ici très jeune, est troublante dans le personnage de la fille fragile et mystérieuse : son jeu sans dialogue est exceptionnel.

La mise en scène de Dennis Hopper s'apparente à une mise en scène de théâtre: rarement plus de deux acteurs dans une scène, un grand intérêt pour les dialogues (on se croirait presque dans un feuilleton de la radio). Chaque détail à l'écran est une information diffuse, une touche supplémentaire dans un tableau hypnotisant qui va bien au-delà de l'intrigue policière.

C'est peut-être la musique qui nous aide le mieux à comprendre ce qu'est ce film. Dennis Hopper a réuni Taj Mahal, John Lee Hooker, Miles Davis et Jack Nitzche pour une série de titres envoûtants qui créent toute l'ambiance du film : très cool, planante mais de plus en plus oppressante. Ce film est un Blues. Le polar, c'est toujours un peu la même chose, une variation sur le même thème (celui-ci est dans la lignée des John Dahl, Ethan et Joel Coen...) ; le blues, une perpétuelle lamentation pleine d'humour et d'auto-dérision.
Je vous mets au défi de retenir un « Putain ! C'est pas vrai... » pendant la dernière scène. Madox chantera probablement un blues pour raconter son histoire... 
Alex SUMNER
(23 avril 2001)

Voir ses articles

Vos commentaires sur cet article

 

 

 

© 2003-2005 Arts Sombres | amateurs d'Arts Sombres depuis octobre 2003