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Hors de l'Ombre : Cinéma
La horde sauvage
Pike Bishop et sa bande de truands vieillissants, en pleine attaque de banque, échappent de peu à un piège tendu par leur ancien coéquipier, Deke Thornton. La poursuite commence. Elle emmène tout le monde vers le Mexique.
Titre : La horde sauvage

Scénario : Sam Peckinpah

Réalisation : Sam Peckinpah

Sortie : 1969
Tous Droits Réservés
Dans une paisible bourgade du Texas, San Rafael, tout est calme en cette matinée ensoleillée de 1913. Les premières automobiles n'ont pas encore fait leur apparition, et les Ligues de vertu font un tabac. Celle de la Tempérance défile, justement. Des soldats arrivent en ville, se dirigent vers la banque. Sur les toits, quelques pistoleros patibulaires les surveillent. A leur tête, un homme au visage buriné. Deke Thornton. Un ancien desperado qui a fait équipe avec le chef de ces soldats. Les militaires attaquent la banque, mais repèrent l'embuscade. La tentative d'élimination du gang tourne au bain de sang. Les innocents sont massacrés par dizaines par les tireurs embusqués, tandis que les truands prennent la fuite.
Les bandits prennent la direction du Sud, où ils troquent leurs uniformes pour des vêtements civils. Pendant ce temps, Deke Thornton se voit donner un délai de trente jours pour les ramener. Sinon, il devra retourner en prison.
Le gang compte son butin : il n'est composé que de jetons troués. Ils préfèrent en rire, même jaune. Leur chef, Pike Bishop, est tracassé d'avoir reconnu Thornton, son ancien ami, parmi les tireurs. Ils passent la frontière du Mexique pour tenter d'y trouver fortune. Mais en 1913, le Mexique est déchiré par sa Révolution.

Crépusculaire. C'est le terme le plus utilisé, statistiquement parlant, pour qualifier l'oeuvre de Peckinpah et La Horde Sauvage en particulier. Et l'on peut convenir que l'homme a peut-être inventé un genre à lui tout seul, une manière de raconter et de créer des personnages qui n'appartient qu'à lui. Car La Horde Sauvage n'aurait pas pu être réalisée par Sergio Leone ou Clint Eastwood, pas de la même manière. Il y a, au coeur même de l'oeuvre de Peckinpah, et précisément dans ce film, une immense réflexion sur la culture américaine, ou du moins ce que l'Amérique prend pour sa culture. La violence, en premier lieu. Cette violence nécessaire du pionnier qui défend son bien, sa propriété. A l'inverse de l'ultra-réactionnaire John Wayne, Peckinpah propose une vision acide de cette violence, bien qu'esthétiquement fascinante. Tout le film est traversé par cette interrogation sur le bien-fondé d'une forme de violence.

Les pires assassins du film sont ceux qui tirent aveuglément sur la foule, non les bandits qui tentent de s'en échapper. Et les miliciens sont à la solde de la compagnie de chemin de fer, soit du "progrès en marche". On sent l'écho du ricanement de Sam l'anarchiste. Ses truands ne sont pas des anges pour autant. La morale, l'éthique, le code d'honneur des truands ? Jamais entendu parler ! Voyez Pike abattre un de ses hommes qui ne peut plus monter à cheval. Voyez Dutch abandonner son compagnon Angel aux griffes de Mapache, qui veut le torturer et le tuer. Ces bandits n'ont pas un grand coeur. Ils sentent juste qu'ils vieillissent, et qu'ils peuvent peut-être espérer tirer leur révérence sans y rester. On songe à William Munny, l'Impitoyable Clint Eastwood, qui fuit le monde dont il est le maître éphémère avant de mourir. Les héros de La Horde Sauvage, eux, sont plus fatalistes. Leur monde a disparu, et ils sentent bien que le nouveau ne leur laissera aucune chance : les trains ? De plus en plus difficile à attaquer. Les banques ? Ils sont bien trop repérés. Ce qui finira par les avoir, ce ne sont pas de grands et beaux duels, mais la dévoration par les fourmis que sont les nouveaux maîtres de l'Amérique : les marchands.

Cette poursuite comporte un aspect initiatique : les truands se découvrent une éthique, ils se la forgent devant les événements. Quitte à en mourir. S'il ne reste plus que cela à faire dans ce monde, autant réussir sa sortie. La dimension épique est évidente, bien que l'auteur s'en défende ("Je n'essayais pas de faire une épopée. J'essayais simplement de raconter une histoire sur des méchants dans un monde qui change" in François Causse, Sam Peckinpah, La Violence du Crépuscule, éd. Dreamland). Le souffle, le parcours, les péripéties tiennent moins du règlement de comptes entre affreux que d'une quête pour ces ruffians. C'est un film d'une grande complexité idéologique, qui dépasse largement la problématique de la violence graphique.

Servis par une interprétation magistrale, les personnages sont tous extraordinairement attachants. On imagine la gratitude que doivent ou devaient ressentir à l'égard de leur ami et auteur des habitués des seconds rôles tels qu'Ernest Borgnine, Warren Oates ou Ben Johnson. Et de là à dire que William Holden et Robert Ryan y ont trouvé l'un de leurs tout meilleurs rôles, il n'y a qu'un pas.
Après avoir vu ce film, on ne regrette qu'une chose : que le terme "chef-d'oeuvre" soit si galvaudé.
Henri YAN
(02 juillet 2001)

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