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Hors de l'Ombre : Personnalités
Godfrey Ho, le mandarin du Z
« Non, Godfrey Ho, l’auteur de Ninja Terminator, n’a en aucun cas fait assassiner Dragon Lee, le Bruce Lee russe. »

Même sans savoir qui sont les gusses mentionnés ci-dessus, on se doute que ça va pas être triste. Explications

Le monde entier sait aujourd’hui qu’Ed Wood est le pape de la série Z. Les bisseux, délestés de leur objet de culte « rien qu’à eux » se mirent donc en quête d’une nouvelle icône et jetèrent le dévolu sur Bruno Mattei dont on saura un jour qu’il est le seul réalisateur capable de mélanger film de zombies et documentaire animalier (Virus cannibale) ou de montrer un troufion revêtir un tutu et se la jouer "Singing in the rain" dans un film censément sérieux (Virus cannibale encore). Devenu lui aussi un peu trop célèbre (cf l’édition DVD collector – gasp - de Virus Cannibale, toujours, et des Rats de Manhattan), il fallait une nouvelle vedette pour les sauterelles du psychotronique. Elles l’ont peut-être trouvée avec le hong kongais Godfrey Ho.

Ed Wood était un nullard touchant. Mattei est un artisan surmodeste (et toujours en activité !). Godfrey Ho, c’est autre chose. Une fripouille de seconde zone, un escroc sympathique. Le genre de mec à sonner à votre porte pour vous vendre 200 mètres de papier tue-mouche. En l’occurrence des pelloches aussi improbables que Ninja Terminator, Incredible Shaolin Thunderkick, Bionic Ninja, Angel the Kickboxer, Ninja Squad, Magnum Thunderbolt, Ninja Thunderbolt, Full Metal Ninja, Ninja Fury, Black Ninja, Zombie vs Ninja. En tout 65 films en 30 ans et sous une douzaine de pseudonymes. Les plus attentifs auront remarqué que le terme « ninja » revient souvent dans les titres du sieur Ho. Ne vous en faites pas, c’est fait exprès.

Bizarrement Godfrey Ho a fait ses premières armes aux prestigieux studios Shaw en tant que scénariste et assistant. Mais les années 70 sont là et la firme n’est plus vraiment au top artistiquement et financièrement. Godfrey est finalement viré et devient indépendant. S’associant à sa fiancée Betty Chan et son beau-frère Joseph Lai, Ho fonde donc IFD en 1977 à partir des restes d’une autre société de production rachetée par le père de Lai. Il s’agira en fait d’un garage rempli de bobines de films inachevés. Pas top mais bon la machine est lancée.

Bien que Bruce Lee soit mort depuis déjà quatre ans, le monde entier réclame toujours du kung fu sadique et miaulant, donnant naissance au sous-genre du « Bruceploitation » ou faux film de Bruce Lee, dans lequel un clone triste (Bruce Li, Bruce Lei, Dragon Lee…) latte la gueule à de pauvres figurant pour un résultat oscillant entre le médiocre et le « différent ». Bien que cette vague soit déjà essoufflée, Godfrey prend le train en marche avec semble-t-il un relatif professionnalisme qui lui vaut aujourd’hui encore d’être vu par certains comme un petit maître du B. C’est lors de cette période qu’apparaît le pseudonyme Tomas Tang, nous y reviendrons.

Années 80. Le Bruceploitation est éteint, IFD passe au genre qui a fait sa gloire : le film de ninja. C’est là que les techniques s’affinent, qu’une vraie philosophie de production voit le jour.

- D’abord les ninjas. Toujours plus forts, toujours plus bigarrés. Disparitions dignes de George Meliès, costumes à base de survêts Adidas, pirouettes absurdement gratuites, katanas customisés, boulettes de fumée et bien sûr le filmage en accéléré pour donner l’impression que ces mecs sont vachement balaises.

- Les acteurs. Les bobines de Godfrey Ho étant destinées à 90% au public occidental, il faut des acteurs du cru. C’est ainsi que nous croiserons les mêmes tronches d’un film à l’autre : Bruce Stalion (transfuge de Bloodsport), Bruce Baron et l’immortel Richard Harrison, moustachu suprême, américain venu du film de genre italien et seule « star » de ces films criblés d’inconnus. Tous sont nuls, tous se demandent ce qu’ils foutent là. Certains sont coiffés comme Mireille Darc.

- Le montage et la narration. C’est là que nous touchons au génial pragmatisme de Godfrey Ho. Car puisqu’il a accès à des bouts de films que personne n’a vu, autant que ça serve à quelque chose. Hé oui, un film de Godfrey Ho, c’est souvent deux films en même temps. Une histoire de ninjas, inepte. Et un polar kung fu, un film d’horreur, ou de simples arts martiaux, le tout reformaté pour faire une seule histoire ; voix-off, nouveau doublage, conversations téléphoniques arrangées entre deux scènes séparées de cinq ans, scènes érotiques hors contexte, tous les moyens sont bons pour aboutir aux 85 minutes réglementaires. Le résultat est bien sûr nul, con, incompréhensible et chiant. Mais c’est pour ça que c’est bon.

Puis tout devient trouble, avec la création de Filmark par Godfrey Ho sous le pseudonyme de Tomas Tang. Si IFD était une boite assez peu fiable (la réputation de M. Lai fait état de méthodes quasi-mafieuses), Filmark tape vraiment dans le n’importe quoi. Ho bâcle encore plus ses films de ninja, utilise une même scène de douze façons différentes, multiplie les pseudonymes à l’envie. Mais la boite repose sur des bases juridiques si floues que le fisc commence à s’y intéresser en 1986. Godfrey magouille, esquive, une deuxième enquête est lancée. Un incendie « mystérieux » ravage en 1993 les derniers locaux connus de Filmark, où sera retrouvé le corps de « Tomas Tang », mettant un frein aux poursuites. Fin de l’histoire Filmark.

Ca ne va plus très fort pour Godfrey. Malgré tous ses pseudos, tout le monde sait que c’est un nullard. Les années 90 se font sous le signe de la commande pour le compte de la Bo Ho ou de la Win’s (société importante tenue par Charles Heung, fils et frère de gros mafieux), à base de polar destroy et de Category III craspec. Il prend sa retraite en 99, vivant depuis de ses placements.

La fin de ce papier approche aussi. Peut-être serait-il de bon ton de laisser la parole à quelques acteurs de la légende Godfrey.

« C’en est presque douloureux de discuter de tout ça avec vous. Mr Ho était un jeune homme qui était venu me chercher à l’aéroport quand je suis venu travailler avec la Shaw Brothers. Je me souvenais de lui parce qu’il était tellement enthousiaste à l’idée de devenir réalisateur un jour... »

Richard Harrison


« Ce ne sont pas mes films, ils appartiennent à Godfrey Ho et Joseph Lai, deux exploiteurs cupides. Ces film ne sont pour moi rien d’autre qu’une immense source d’embarras. Je n’ai vraiment rien à branler de gens assez stupides pour louer et visionner ces bobines pathétiques, conçues pour arnaquer les gogos et y parvenant toujours pour des raisons que je ne m’explique pas. Si vous prenez plaisir à visionner ces navets risibles, cela en dit plus sur votre manque de goût et d’intelligence que ne pourraient le faire des pages d’insultes.
Dites ce que vous voulez sur les films, le jeu des acteurs, etc. Ce n’est que justice, et n’importe qui peut constater qu’ils sont spectaculairement NULS. Mais si vous devez vous en prendre à quelqu’un, tenez vous en à Godfrey Ho et Joseph Lai. Dites ce que vous voulez, d’autant que ces deux là adhèrent sans réserve à l’école du « parlez de moi en mal, mais, surtout, parlez de moi » et adorent voir leur nom dans les journaux, même dans les rubriques judiciaires. »

Bruce Baron

« Il passait tout son temps dans la salle de montage. Il manquait vraiment de compétence comme réalisateur et je l’ai toujours considéré comme un gamin.»

Richard Harrison, encore

« Travaillez dur, n’abandonnez pas, et trouvez une bonne société de production. A partir de là il n’y a pas de limites aux possibilités. »

Godfrey Ho himself


Qui donc est Godfrey Ho ? Un faiseur déchu ? Un brave gars victime du système ? Un tocard vendu à la cause du film-arnaque ? Quel que soit son «talent » de départ, Godfrey Ho se caractérise avant tout par un sens tout personnel de l’honnêteté, légale et surtout artistique. C’est ce qui fait son charme unique, tel un Ed Wood ayant troqué sa passion pour une poignée de brouzoufs. Une fripouille qu’on ne peut s’empêcher d’aimer.

Cyberlapinou
(17 mars 2004)

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