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Hors de l'Ombre : Cinéma
Fear City
Un mystérieux tueur en série trucide des strip-teaseuses dans les rues mal famées de New York. Leur souteneur, Matt Rossi, un ex-boxeur hanté par son passé va devoir prendre les choses en main pour que justice soit faite.
Voilà comment Abel Ferrara était capable à une époque de faire du bon gros film d'exploitation qui tâche.
Titre : Fear City

Scénario : Abel Ferrara

Réalisation : Abel Ferrara

Sortie : 1984
Tous Droits Réservés
Les années passent, et on oublie qu'Abel Ferrara fut un cinéaste qui comptait. La faute à la dramatique chute d'inspiration qui a suivi Bad Lieutenant. On l'a imputée selon l'humeur aux échecs commerciaux, à la reconnaissance tombée trop brutalement sur cet écorché vif ou à sa trop grande consommation de cocaïne (le gros mot pour "écorché vif").
Toutes ces raisons sont valables, mais la principale est peut-être la pulsion qui pousse Abel Ferrara à croire et, plus grave, à faire croire qu'il est un Auteur porté par une Thématique. Pourtant ce qui fait le charme déviant de la première partie de sa carrière (jusqu'à Bad Lieutenant, donc) est précisément le doux parfum d'exploitation qui s'en dégage. Là dessus se pose Fear City, symbole d'une époque révolue.

Fear City avant tout parle d'une chose. Il parle de nénés. De lolos. De tétons. De roberts. C'est d'une putasserie, d'une vulgarité, d'un racolage absolu. Et c'est ça qui est bon. Diable, dans l'expression "tueur de strip-teaseuses", il y a l'expression "strip-teaseuses", alors il n'y a pas intérêt à y avoir tromperie sur la marchandise. Joie, Ferrara n'est (ne fut) pas un escroc et s'attarde complaisamment sur toutes ces belles dansant seins nus, à commencer par la sublime Melanie Griffith.

On ne peut aimer Fear City que pour de mauvaises raisons. On peut, bien sûr, s'amuser à repérer les thématiques de son "auteur", telles que l'imagerie chrétienne, la drogue, la culpabilité, la rédemption ou bien encore le milieu des magouilleurs italo-américains. Mais Fear City est avant tout une oeuvre dégénérée, portée par un casting d'acteurs désormais has-beens (Tom Berenger, Billy Dee Williams, Jack Scalia et la Griffith d'avant le botox). C'est un film biberonnant à l'imagerie clip délicieusement ringarde du MTV des années 80, balançant du nichon à un rythme métronomique et gardant le meilleur pour un improbable tueur karateka. Les séquences d'entrainement de celui-ci provoquent ce frisson indicible que l'on ne retrouve que chez les premiers Van Damme ou, plus troublant, les Friedkin des années 80.

La force de Fear City se trouve ici. Il serait déjà bon (en tout cas aux yeux des pervers que nous sommes tous un peu) s'il n'était qu'un amalgame de savoureuses fautes de goût et autres vignettes tirées du patrimoine Z mondial. Mais le réalisme suintant des boites de strip-teaseuses sordides et des rues crasseuses de New York ne peut qu'annoncer les réussites à venir et surtout évoquer la grande famille des cinéastes ambigus, à commencer par le Scorsese de Mean Streets et Taxi Driver.
Ferrara était le chaînon manquant entre les "grands" films de l'ami Marty et les séries B craspecs et complaisantes de William Lustig et Frank Hennenlotter. Sa force était son ancrage (ou plutôt errance) dans cette zone floue entre art et prostitution, sincérité et racolage, bien et mal. Abel Ferrara a fini par choisir son camp, celui de la respectabilité. Dommage.

Fear City est disponible en DVD Zone 1 dans une copie de bonne qualité hélas censurée (soit en gros deux minutes de sang, de seins nus et de papouilles saphiques) et dénuée de sous-titres qui seraient pourtant bienvenus étant donné l'argot typiquement new-yorkais employé ici plus que de raison. Les non-anglophones peuvent toujours écumer les vidéo-clubs et autres solderies à la recherche de la VHS, sortie en version normalement intégrale sous le sympathique titre New York, deux heures du matin.
Cyberlapinou
(30 septembre 2002)

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