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Hors de l'Ombre : Musique
Fantomas, The Director's Cut
Présenté comme cela, le titre ressemble plutôt à une nouvelle effrayante tout droit sortie d'un magazine de DVD mal renseigné, ou d'un magazine de cinéma aux tendances catastrophistes. Ce "montage du réalisateur" n'a pourtant pas grand-chose à voir avec le chef-d'oeuvre (?!?) d'André Hunebelle.
Titre : Fantomas, The Director's Cut

Auteur : Mike Patton

Label : Ipecac

Sortie : 2001
A la première écoute, la bête surprend sérieusement. Pire, elle décoiffe comme un réacteur de fusée. Jugez plutôt : à l'harmonica, les premières mesures du mythique thème du Parrain. Jusque là, rien d'anormal. Et puis d'un coup, çà hurle, çà s'accélère, des guitares, une batterie modèle Gatling 1865, une basse qui fait trembler les murs... Mais après quelques secondes de ce magma sauvage, on n'en croit encore moins ses oreilles : là, oui, là, juste derrière le mur de guitares... Si si, là. Ne bougeons plus ! Mais si. C'est bien le thème du Parrain. Tel que Nino Rota ne l'avait jamais cauchemardé. Bon, çà doit être une illusion. On passe au titre suivant. Censé être Le Golem. Déjà, faut être sacrément calé, comme on dit en bas de chez moi, au Bar des Chauffeurs, à l'heure où Jean-Pierre Foucault demande l'âge du capitaine. Le Golem ? Un bon moment qu'il n'a pas été diffusé au ciné du dimanche soir... mais vu l'agression et la voix très, mais alors très bizarre qui accompagne le mets, pas de doute, çà ne devait pas être comme çà, dans les années vingt lointaines de la sortie du film.

On s'affole, on zappe : on va bien reconnaître quelque chose, bon sang, c'est bien des extraits de B.O., sur ce disque... Alors on fait défiler Rosemary's Baby, La Nuit du Chasseur, Cape Fear, Henry, Portrait of a serial-killer, ou encore Twin Peaks... On s'habitue. On s'habitue à tout. Bon, on n'était peut-être pas venu pour écouter la musique de La Malédiction façon Hard-Rock-Tex Avery, mais c'est plutôt drôle, à la longue. En fait, c'est même très drôle. Et diaboliquement bien fait. On passe d'une ambiance à l'autre d'une seconde sur l'autre, on ne sait jamais où on va... Et on en ressort essoré, mais sataniquement heureux !

Alors Fantômas, dont The Director's Cut est le dernier album, qu'est-ce que c'est ?
C'est un groupe. Un drôle de projet, en fait. A l'origine, un chanteur, celui du défunt groupe de rock Faith No More, qui fit la joie de bon nombre de chevelus échevelés durant plusieurs années. Mike Patton, c'est son nom, se faisait remarquer par des performances très étranges, décalées, surprenantes, et une voix aux registres variés : le hurlement (normal, il était censé jouer du hard), la modulation croonerienne (pour mieux surprendre, mon enfant), mais aussi de nombreux glapissements, grognements, grondements, discours en espagnol, italien, anglais, français... Et tout çà caché derrière une bien séduisante enveloppe de chanteur gominé des années cinquante (ces dernières années, du moins). Insaisissable, le type.
Alors un jour, Faith No More disparaît, et le général Patton se dit "tant mieux, on va bien rigoler". Ce qu'il fit. En plus de ses expérimentations (avec le Kronos Quartet, voir la B.O. de Requiem for a Dream), de ses albums solo (à base de bruits de cuisine, entre autres...) et de son vieux groupe parallèle, Mr. Bungle (à peu près aussi fou que Fantômas), Mike Patton recruta donc son guitariste de Mr. Bungle, le bassiste du groupe Melvins, et l'ancien batteur du groupe-phare du trash-metal, Slayer, un monsieur souvent appelé "Sa Majesté Dave Lombardo" par ses zélotes. Un cocktail détonnant, surtout que Patton a certainement dû leur dire : jouer avec vos instruments, je m'occupe de TOUT le reste. Ce qu'il fit. Tout l'électro, tout les bruitages, et surtout (et çà fait peur), TOUTES LES VOIX !

Un premier album, sorti dans la foulée de la séparation de Faith No More, dérouta un peu les fans de ce groupe, mais il ne fallait pas croire que les joyeux lurons se décourageraient pour autant. Fantômas (nom choisi à cause du thriller français du même nom, à quand un remake avec Gérard Depardieu, John Malkovich et Casimir ?) se remet au travail, c'est à dire que Mike Patton se remet probablement à entendre des voix, et çà donne çà : un album assez court (une trentaine de minutes), sur lequel ne figurent que des reprises. Mais pas n'importe quelles reprises. Eeeeh non, ce serait trop facile ! Des reprises de musiques de films ! Vous aimez les challenges ? Eux aussi.
Quinze titres passent ainsi à la moulinette, et ressortent, pour certains, quasi-méconnaissables. Mais, à la différence d'un remix-top-délire-méga-dance-pour-aller-danser-chez-Arthur, ou de la récupération d'un vieux tube pour rajouter un peu de rap à la sauce ouais-mec-han-han-c'estvrai-han-han-les-flics-c'est-pas-cool-han-han-spéciale-dédicace-à-ma-maman, Fantômas possède une vision artistique qui dépasse la simple poilade entre copains musiciens. C'est une digestion lente qui s'est opérée, un jeu avec les notions de sacré, d'intouchable, de chef-d'oeuvre. Mike Patton a choisi l'hommage personnel au sens le plus fort de l'expression, pour faire défiler entre nos oreilles les classiques et les inconnus de la B.O. 

Bien sûr, l'écoute d'un tel disque demande une certaine ouverture d'esprit, cela dit sans le moindre élitisme : oui, çà hurle parfois, mais çà n'est pas un album de Heavy-Metal. Les bougres auraient certainement réussi à en faire un, mais la fantaisie et l'inventivité de Patton ne saurait se limiter à un carcan aussi étroit. Suivez le Général, montez à bord de son train-fantôme et revisitez avec lui les paysages que vous croyiez gravés dans la pierre.
Impertinence et humour garantis !

Lien Internet : Pour découvrir Mike Patton, le mieux est d'aller jeter un oeil sur le site de son label, www.ipecac.com.   
Raphaël VILLATTE
(01 octobre 2001)

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