Le site des Univers Obscurs_

 
ARTICLES_
 
 
ARCANES_
 
RECHERCHE_

Mot exact résultats
par page
 
NEWSLETTER_

Prénom
Email
Comment avez-vous connu Arts Sombres ?


 

amateur(s) d'Arts Sombres
actuellement en ligne

Hors de l'Ombre : Littérature
Un cadavre au clair de lune
Ed Hunter, l’un des membres du tandem fétiche de Fredric Brown, fait son entrée en scène dans Crime à Chicago. Son partenaire et plus proche parent, l’oncle Am, après l’avoir accompagné à travers leur première enquête en amateurs, accepte de lui mettre le pied à l’étrier en facilitant son engagement chez Starlock, agence de détectives privés. D’une bienveillance sans borne envers son neveu, le vieil oncle lui décroche même un premier job à la fois simple et sérieux : deux jours à la campagne pour vérifier la crédibilité d’un inventeur farfelu. Son poulain trouvera le moyen de dénicher un cadavre égorgé qui disparaît comme pour rire…
Titre : Un cadavre au clair de lune (The Bloody Moonlight)

Auteur : Fredric Brown

Edition: Red Label

Sortie : 1949

Les familiers de Fredric Brown savent le bonheur avec lequel il a fait de ses détectives favoris un couple fort sympathique, truculent et attachant. Ceux-ci seront les héros de huit romans, depuis leur première confrontation avec le crime (Crime à Chicago, 1947), jusqu’à l’âge de la maturité (Ed) et du repos mérité (Am) (Les sous-vêtements de Mme Murphy, 1963), avec en chemin quelques détours dans un univers mi-étrange, mi-policier, dont Brown est sans conteste un des plus originaux représentants. Aussi prolixe dans le domaine de la science-fiction que du récit d’enquête, drôle de bonhomme capable d’avaler plus d’alcool en une soirée que vous-même en une semaine –et ce, sans s’effondrer (une caractéristique qui accélèrera malheureusement sa fin, en 1972) –, cet écrivain singulier possède encore bien des cartes dans son jeu pour alimenter sa légende.

Deux anecdotes typiques : il vécut une partie de sa jeunesse en compagnon d’un cirque itinérant (ceux qui connaissent le Freaks de Tod Browning imagineront ce que peut être une foire aux Etats-Unis des années trente) ; plus tard, déjà marié et au chomâge, il traversa d’Est en Ouest son pays sur des rails clandestins, juste pour trouver un boulot finalement absent…Et fit le retour par la même voie, avec dix cents en poche. Il faut lire l’ouvrage consacré au bonhomme par S. Bourgoin1 pour mesurer le fantasque du personnage, à travers les témoignages, et à travers ses intrigues, l’originalité de son talent. Ou à défaut jeter un œil à la façon dont il tire de simples poissons rouges ( !) les fondations d’un récit sacrément prometteur2 .

Comme pas mal de bons bouquins, Cadavre au Clair de Lune pourrait être rapidement brossé –après tout, le titre annonce déjà l’évènement essentiel de la trame. L’on aurait tort pourtant d’y voir une faiblesse : le lecteur verra son plaisir amplement pourvu. Alléchons-le en deux mots. Expédié à quelques cent soixante kilomètres de Chicago, aux frais d’une jeune cliente fortunée, Ed s’en va promener là-bas sa carcasse de beau gosse et découvrir, plutôt que des réponses aux questions de la cliente, les joies d’une promenade au clair de lune, la sauvagerie d’un lycanthrope, l’orgueil blessé d’un premier passage à tabac, et quelques autres expériences que son âge lui avait épargné jusque là.

Un programme de réjouissances plutôt chargé, mais que Brown a le bon goût de nous servir avec les pointes d’humour et de perspicacité dont il est coutumier. Sa peinture d’une bourgade paumée, un peu trop tranquille, –presque le bout du monde, trois heures de route !– est diablement convaincante. La galerie de portraits locaux –une poupée de cristal, le shérif et son adjoint, la rédac’ chef d’une feuille de chou locale, l’ingénue séduisante et volage, le plouc notoire et, bien sûr, l’inventeur et son assistant– sonne authentique et les contrastes n’y sont pas artificiel. Quant à l’intrigue, disons qu’elle convaincra tant dans ses notes fantastiques que pour sa vraisemblance. Car soyez-en sûr, au final tout se tient ! Les crimes seront élucidés et les ficelles n’ont rien d’improbables.

Le suspens est au rendez-vous –guère étonnant, vue la maîtrise unanime de ses ressorts par Brown et ses pairs de l’époque– et les intrigues secondaires ne manquent pas ; notamment du côté des amours éconduites de notre fringant novice. Si vous êtes par ailleurs de ceux que les fausses pistes déroutent, conservez à portée de main votre boussole d’enquêteur, car si tous les détails sont fournis au lecteur pour anticiper sur le dénouement, reste encore à les situer convenablement. Dernier trait qui ne gâche rien, l’écriture de Brown est d’une réelle accessibilité : elle respire sans fioritures ni lourdeurs, le livre se parcoure avec facilité et, promis, un réel entrain. Quelques pages suffisent pour se sentir complice d’un type aussi chic qu’Ed Hunter…

 

1 Bourgoin, S. (1988) Fredric Brown, le rêveur lunatique. Amiens : Encrages.

2 Brown, F. (1951/1990). Comment je trouve mes intrigues. In Mystery Writers of America (Eds). Polar : Mode d'emploi (tome 1). Amiens : Encrages.

Jean Larrea
(15 octobre 2005)

Voir ses articles

Vos commentaires sur cet article

 

 

 

© 2003-2005 Arts Sombres | amateurs d'Arts Sombres depuis octobre 2003