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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Espion Lève-toi
Sebastien Grenier, brillant conseiller financier à Zürich, s'apprête, sans le savoir encore, à reprendre du service dans son ancienne profession. En effet, bien au-dessus de lui s'est décidée la neutralisation d'un autre espion.
Titre : Espion Lève-toi

Scénario : Yves Boisset

Réalisation : Yves Boisset

Sortie : 1982
Tous Droits Réservés
Sébastien Grenier est un conseiller financier de tout premier ordre. Installé à Zurich, ce quinquagénaire paisible et sérieux vit dans le calme helvétique avec sa compagne d’origine Allemande, Hanna. Alors qu’il se rendait à son bureau, un nommé Zimmer est assassiné dans un tramway par les Brigades Populaires, groupuscule d’extrême gauche ressemblant fortement à la Rote Armee Fraktion, la Fraction Armée Rouge de Baader et sa bande. Sébastien, découvrant que son rendez-vous a été annulé dans le sang, s’interroge, mais n’en laisse rien savoir à sa compagne. Il feint même d’avoir appris la nouvelle. Le même jour, il reçoit un roman d’Alexandre Dumas, par le biais d’une société-club de vente par correspondance. Après avoir annoncé à Hanna qu’il ne l’ouvrirait pas pour pouvoir le renvoyer, il l’ouvre pourtant dès que la jeune femme quitte l’appartement. La page 138 est blanche. Quelques heures plus tard, Sébastien rencontre Jean-Paul Chance, qui se présente comme l’officier traitant de Sébastien, après lui avoir annoncé qu’il sait tout de lui : Sébastien est un agent du SDECE, le contre-espionnage français, en sommeil depuis huit ans. Il lui annonce qu’il reprend du service actif et doit découvrir l’identité de ceux qui se cachent derrière les Brigades Populaires. Sébastien Grenier laisse bientôt Chance pour prendre contact avec sa hiérarchie, peu convaincu d’avoir affaire à son véritable officier traitant. Son supérieur hiérarchique et ami, Henri Marchand, vient le trouver le lendemain. L’homme est méfiant, et pense également à une tentative de manipulation. Les deux amis se quittent. Le lendemain, Marchand est retrouvé mort.

Sec et froid, le film d’Yves Boisset mène en un peu plus d’une heure trente une histoire sombre de nos services secrets à un rythme soutenu, d’entrevues où l’on parle couramment la double langue en assassinats maquillés. Fruit d’une époque où la Guerre Froide était entrée dans les mœurs, où l’homme de la rue ne s’effrayait presque plus de savoir « si », mais plutôt « quand » la Bombe allait lui tomber dessus, Espion Lève-toi amorce la dernière vague d’une certaine époque du cinéma policier français. La génération Ventura, qui naquit avec Touchez Pas au Grisbi !, allait laisser place à un sommeil de quelques années, soit au tournant des années 90. Mais dix ans auparavant, lorsqu’Yves Boisset tourne ce film, tous les éléments débattus dans l’intrigue sont encore fort concrets : l’allusion à la bande à Baader, par exemple, est d’une actualité encore brûlante. De même, la vision proposée par Boisset du monde de l’espionnage est parfaitement conforme à l’idée que le dévoilement de certaines affaires ont pu offrir de ces vénérables institutions à sigles compliqués mais célèbres tels que KGB, CIA, SDECE, DST ou DGSE. La réussite principale, sur le plan formel, est la retenue choisie pour dévoiler peu à peu le monde souterrain qui s’active dans les rues fleuries de Zürich. Le spectateur suit Lino Ventura pas à pas, au fur et à mesure que l’ancien espion retrouve les réflexes de son métier, et parallèlement, au fur et à mesure que le spectateur comprend qui est le respectable conseiller financier. Délaissant toute présentation, toute explication sur le fonctionnement interne du SDECE, Boisset plonge le spectateur dans un monde dont ce dernier ne découvre les codes que lorsqu’il les voit appliqués. D’où une constante sensation de courir après l’intrigue, dont la complexité et les connexions ne se dévoilent qu’au final, glaçant et sombre comme le visage de Bruno Cremer.

A des lieues de l’espionnage High-Tech des James Bond, tout aussi loin de celui d’Ennemi d’Etat, ou de La Mémoire dans la Peau, Espion Lève-toi montre cet espionnage banal que l’on accusa la CIA d’avoir oublié lors du 11 Septembre, fait de petites astuces, à l’image de celles que Robert Redford enseigne à Brad Pitt dans Spy Game, ou que le même Redford tentait de repérer dans les Trois Jours du Condor. Un réalisme qui confinerait à une quasi platitude, tant les plus petits événements semblent s’enchaîner comme une routine. Boisset dévoile la petite cuisine de l’espion de tous les jours, celui qu doit parfois se contenter de suivre un homme dans la rue sans se préoccuper de raisons ou d’identités. Et la raison d’Etat n’en apparaît que plus effrayante, toute-puissante mais ne se révélant que pour détruire. Un coup de téléphone et le dossier est clos.

Le montage ne laisse aucune place à l’imprécis ni au superflu. Passé la révélation initiale de la véritable identité de Grenier, le spectateur ne le verra plus agir qu’en espion.

Pour interpréter ce drame, quelques comédiens d’exception, parfaitement adaptés à leur personnage : à Ventura le héros indéchiffrable, qui reprend du service sans qu’on ne puisse distinguer ses états d’âme, si tant est qu’il en ait. A Piccoli le séducteur mielleux, l’espion cultivé et machiavélique auquel le script donne une dimension surnaturelle, le faisant surgir à chaque instant. A Cremer l’exécutant froid, image de ce que fut Grenier dans sa jeunesse.
L'ensemble est assez représentatif d'une époque du cinéma policier et d'espionnage français.

La trame d'un thriller ne néglige pas une importante place au contexte politique et une mise en questions de celui-ci. Une réflexion divertissante ou un divertissement intelligent ?  
Henry YAN
(20 janvier 2003)

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