Le site des Univers Obscurs_

 
ARTICLES_
 
 
ARCANES_
 
RECHERCHE_

Mot exact résultats
par page
 
NEWSLETTER_

Prénom
Email
Comment avez-vous connu Arts Sombres ?


 

amateur(s) d'Arts Sombres
actuellement en ligne

Hors de l'Ombre : Bande Dessinée
Des éclats de nuit
En 85 pages n’offrant aucun répit, « Des éclats de nuit » nous expose, avec ce « Grand Chapitre » de la collection de même nom, l’ouverture, le drame en trois actes et le dénouement d’un duel flic/voyou. Que du banal, me direz-vous ! Si ce n’est que le flic est sado-maso, le voyou classieux et speedé, et qu’un troisième larron tire son épingle du jeu, avec force subtilité. Sillonnons ensemble les torves méandres de leurs haines et leurs vices.
Titre : Des éclats de nuit

Scénario : Frank Richard

Dessin et couleurs : Lorenzo Lanzi

Edition: Glénat (Grands Chapitres)

Sortie : 2000
Tous Droits Réservés
« Je finis jamais mes nuits en douceur ! Le calme, je connais pas ! » Elis a la quarantaine passée, Elis est flic, Elis poursuit Pavalli - dealer de haute volée - depuis pas mal de temps. Par ailleurs, Elis frappe comme un bulldozer, Elis est toujours à cran, Elis fréquente les putes de luxe avec lesquelles il s’abandonne à la douleur, seul moyen d’exister encore et encore. La nuit, bien sûr.

Le charme d’« éclats de nuit » est que l’on eut difficilement trouvé titre plus adapté. Jusqu’à sa reprise dans la réplique d’Elis, avant d’entrer dans sa « camera dolorosa ». Impossible d’envisager l’absence de l’œuvre dans nos colonnes, tant l’atmosphère du Paris nocturne, distillée ça et là, évoque furieusement celle d’un sombre enfer où vont se débattre quelques protagonistes, hagards, corrompus, meurtris. Ce Paris-là joue d’un registre nettement distinct du Paris de Dombret, cependant, qui est quant à lui foncièrement plus onirique (lire notre article Un privé en enfer).

Il faut admettre que commencer sa journée par la nouvelle du meurtre d’un ami - sous les fenêtres d’un Pavalli intouchable et narquois - après une éprouvante nuit de sévices divers infligés par de divines créatures, a de quoi mettre en rogne n’importe qui. A fortiori Elis, rarement porté à la pondération, comme l’indique la citation qui débute cet article. Le meurtre perpétré avec sauvagerie, certainement par un camé de seconde zone, n’a de surcroît pu se produire sans lien avec Pavalli ; du moins Elis en est-il persuadé. Ah , détail à préciser : le flic descendu collait aux basques de Pavalli nuit et jour, le soumettant à surveillance constante. Finalement, Elis n’est peut-être pas si parano.

Malgré tout, c’est à la fin du récit que l’on saisit réellement toute la portée de la croisade d’Elis contre Pavalli. Les toutes dernières pages, la dernière image en fait. Oh, plaisir ! Conclusion profondément glauque et désespérée, avec une petite surprise de la part des auteurs. Un revers de situation comme notre noir univers les aime, qui, a posteriori, teinte d’une nouvelle nuance l’album qui le précède.

« Est-ce qu’on comprendra un jour qu’il faut éviter de me faire chier... » Le sieur Pavalli vit de trafics divers, drogue essentiellement, et commence à s’irriter vitesse grand V de la pression à laquelle la maison poulaga le soumet. A commencer par ce crétin qu’il doit faire descendre par un toxico, ne supportant plus ses allées et venues manifestes, clairement destinées à l’emmerder à coup sûr ! Et voilà que ce butor de capitaine Elis, grand justicier devant l’Eternel, enfonce sa propre porte, tabasse son garde du corps et vient le menacer, face à face. Vraiment pas le moment, vu les affaires en cours...

Car Pavalli se repend et cherche à blanchir ses comptes, histoire de profiter désormais du fric sans les ennuis qui l’accompagnent. Il veut continuer à évoluer dans les sphères de « la haute », auxquelles les malfrats toutes catégories confondues sont si souvent sensibles (z'avez souvenir d'un mec qui braque pour s'acheter une ferme dans le Larzac et faire du fromton ? Le Berry d'Entre chiens et loups ça compte pas, c'est question de pronostic vital...). Les auteurs ont néanmoins eu la finesse de prendre en compte, chez Pavalli, sa susceptibilité au stress - on peut même parler de raptus, au point où il en est ! - et cette satanée mentalité de voyou qui ne le lâche pas, finissant par le faire agir à tort et à travers. Quelque chose de l’ordre de l’attitude de De Niro envers Al Pacino, dans Heat.

« C’était pourtant un bon moyen... J’ai tout foiré. Je me suis laissé glisser. » Ce sont là les mots même de Freddy. De boxeur il est devenu encaisseur, récupérant loyers et parts de bénéfices officieux lorsqu’ils se font attendre. Un peu dans le registre Vin Diesel - Les hommes de main, mais format... réaliste. Tâche dont il s’acquitte avec un talent certain. Son ancienne carrière, bien sûr, n’est pas étrangère à sa reconversion. Freddy, à la grande époque - bien qu’il soit encore jeune, ses combats sont derrière lui -, boxait sous la férule de Pavalli. Qui débutait dans le « Milieu ». Et lorsque Freddy se retourne sur cette période de sa vie, il ne lui reste qu’instants de gloire, mais d’argent point.

Aussi, ce soir où Pavalli, durant l’histoire présente, l’humilie gratuitement, Freddy n’apprécie pas. Mais alors, pas du tout. Et c’est ainsi qu’un outsider entre en lice, fou du roi Elis contre la tour Pavalli. Clin d’oeil volontaire ou pas, Freddy évoque furieusement le personnage de Butch, dans le Pulp Fiction de Tarantino. Même carrure, parcours proche (boxeurs sur le retour), et pas décidés à battre en brèche leur amour-propre. A ce détail près que Butch profite des circonstances qui s’imposent à lui, tandis que Freddy sera l’artisan de son devenir.

Des éclats d’âme, de chacun des acteurs du drame. Des éclats de corruption, vermine gangrénant Paris. Des éclats de nuit : nuit de froide souffrance, nuit de violence inexpugnable, nuit d’illusions perdues. Pour le régal de nos yeux inquisiteurs.
Uncle Chop
(12 mai 2003)

Voir ses articles

Vos commentaires sur cet article

 

 

 

© 2003-2005 Arts Sombres | amateurs d'Arts Sombres depuis octobre 2003