Le site des Univers Obscurs_

 
ARTICLES_
 
 
ARCANES_
 
RECHERCHE_

Mot exact résultats
par page
 
NEWSLETTER_

Prénom
Email
Comment avez-vous connu Arts Sombres ?


 

amateur(s) d'Arts Sombres
actuellement en ligne

Sur Le Vif : Peinture
René Duvillier, dernières toiles
Ceux qui l’ont connu ont été marqués par sa gentillesse et la passion qui émanait de lui. L’entendre parler de son art était toujours une leçon et une inspiration. L’homme qui refusait de peindre en public est mort il y deux mois, et l’exposition "René Duvillier, Ici-Ailleurs" qui lui rend hommage à Paris nous fait mesurer le manque qu’il crée en nous.
René Duvillier

11-2000
Huile sur toile, 2000
Format 116 x 89 cm
Tous Droits Réservés

Dès l’entrée de la petite galerie Alain Margaron, on est frappé instantanément comme par un coup au ventre. De grandes toiles noires crèvent les murs blancs, comme elles sont elles-mêmes éventrées de blanc et de gris. D’une puissance étonnante, les dernières toiles de René Duvillier prennent le spectateur à la gorge. On est bien spectateur d’une de ces toiles sur lesquelles les techniques contemporaines sont mélangées : le pinceau se laisse voir, large ou fin, ainsi que les coulures maîtrisées à la goutte près. L’action est présente dans chacune des toiles qui semblent grandir au fur et à mesure qu’on les contemple. Pas de peinture plate, le relief parcourt chaque parcelle de toile, et le paradoxe saisit : René Duvillier peignait sans témoin, mais la vision du spectacle de ses toiles laisse croire qu’elles sont vivantes, mouvantes et pleines d’ombres changeantes. Des formes à peine aperçues qu’elles disparaissent, des silhouettes parfois, un visage oublié, réapparaissant sur un dessin au crayon. Un masque antique, peut-être. La force qui se dégage de ces « premières dernières » toiles fait taire les conversations. « Passe-porte ».

En 2000, René Duvillier avait subi une transfusion sanguine, et confiait alors qu’il avait entretenu une douloureuse relation avec cet événement. Besoin de se reconstruire, de se redécouvrir et de se redéfinir. Se réaffirmer. Face à lui-même d’abord, mais aussi face à la mort, interprétation possible de ces « Passe-porte » noirs, striés de blanc comme cieux d’orages ou trouées nocturnes. Le mouvement toujours. La présence de quelques toiles anciennes montrent une des nombreuses évolutions de la peinture de rené Duvillier : tandis que le mouvement s’exprimait à l’aide de couleurs parfois vives, éclatantes, mais sur un fond volontiers blanc, comme une épure de l’acte créateur, les dernières toiles voient deux couleurs s’affronter, se mélanger à peine. Et les fonds ne sont plus jamais blancs. Plus jamais vierges. L’espace réservé aux toiles rouges est d’ailleurs frappant pour qui connaît la naissance sanguine de l’inspiration qui guide René Duvillier dans la composition soignée de ces dernières toiles. Ici le combat des couleurs se fait rageur, plus chaleureux que dans les passe-porte : la confrontation est directe, l’homme se bat avec cet étranger qui deviendra peut-être le nouveau lui-même. L’ancien et le nouveau ne cèdent rien, tout juste le rouge se rose-t-il par brèves zones périphériques à l’action. Mais toujours le relief montre la violence du combat. Troublante analogie entre ces blancs coulés sur fond rouge, donnant çà et là l’illusion d’un système veineux irrigué avec force. Le bouillonnement qui jaillit de ces grandes toiles atteint le spectateur qui ne peut tenir longtemps sans ciller.

C’est alors qu’il peut détourner le regard pour examiner calmement les ultimes œuvres de René Duvillier : des dessins exécutés sur papier, sur des carnets parfois, sur lesquels on retrouve le style des jeunes années parfois, mêlées à l’inspiration de l’âge mûr souvent. Des visages semblent à nouveau se laisser deviner, des vertiges également. Ces dessins, il les créa quand, épuisé par la maladie, il dut cesser de se rendre à son atelier, que le travail sur toile était devenu trop pénible et trop fatigant. On y retrouve l’énergie qui animait les dernières toiles, mais aussi une certaine sérénité. La force d’évocation de quelques traits sûrs se mêle à la douceur de couleurs harmonieuses, presque tendres, doux épilogue d’une bataille finalement gagnée. Le seul vainqueur ne peut être que René Duvillier. On sort de l’expérience que constitue cette exposition avec l’admiration pour celui qui a pu créer quelques œuvres majeures à l’aube de la mort, comme une dernière leçon. Celle de l’artiste qui ne capitule jamais.            

Stéphane RASKOWSKY
(25 novembre 2002)

Voir ses articles

Vos commentaires sur cet article

 

 

 

© 2003-2005 Arts Sombres | amateurs d'Arts Sombres depuis octobre 2003