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Hors de l'Ombre : Cinéma
Dog Soldier
Lorsqu’une bande de jeunes loups anglais rencontre, sur leur terrain, une bande d’écossais hargneux, revanchards et poilus, ça donne... Non pas un banal match de football, mais Dog Soldier, ou comment rénover le thème du lycanthropisme tout en flattant l’amateur averti.
Titre : Dog Soldier

Scénario : Neil Marshall

Réalisation : Neil Marshall

Sortie : 2002
Tous Droits Réservés
Il suffit parfois d'un rien pour voir basculer les certitudes les mieux établies... L'on s'imagine incollable sur le genre Homo-Sapiens - Lupus (ou lycanthrope, pour les plus savants) - certes un peu moins Sapiens que le quidam moyen, mais bougrement plus efficace quant à dresser les cheveux sur la tête du spectateur, et par la même occasion établir en un tournemain la réputation du chef-maquilleur ! -, l’on s'imagine incollable, donc, et désormais paré à toute éventualité, lorsque le désoeuvrement vous conduit sur la piste (flair animal, sans nul doute) de Dog Soldier. Et là - Saint Lycaon, soyez loué -, bonheur fugace mais oh combien espéré, un petit joyau servi sur plateau d'argent ! Les chasseurs de « loups » apprécieront...

De diverses choses prêtant à sourire. Le canevas du film n'échappe à aucun des poncifs du genre, à commencer par une lune pleine à souhait, un petit égorgement de couple en guise de prélude, et le tout, bien évidemment, au sein d'une forêt genre canadienne où « personne ne vous entendra crier ». On enchaîne avec la première apparition d’un jeune homme, à la bonne mine légèrement patibulaire et l’air niais-pas-si-niais-que-çà-mais-quand-même-un-peu-sinon-comment-voulez-vous-qu’on-ait-peur-pour-lui, honorable prétendant au statut de héros principal du film. Puisqu’il est soldat de métier et refuse de tuer les chiens, il évoque furieusement le candidat idéal au rôle de loup-garou : après tout, le film ne s’appelle-t-il pas Dog Soldier(1) ? Là, deux questions se posent : vu le contexte - sa vie ou celle du clébard -, pourquoi refuser de tuer ce dernier ? Se révèlerait-t-il un gros clébard poilu lui-même, sous des cieux plus cléments ? Je vous laisse deviner...

Poncifs : second opus, et démarrage réel de l’action. Une meute de jeunes soldats (passons sur le jeu de mots) dont - oh surprise ! - notre pseudo-héros fait partie, est lâchée en pleine forêt pour des opérations de routine. Les amateurs du genre ne seront pas déçus : nos tendrons viennent jouer à la gueguerre, à leur insu, en plein territoire canidé (et pas du petit modèle, pour ceux qui ne suivent pas...) ; ils tombent çà et là sur des lambeaux épars de chair animale - ce qui démontre, si besoin était, que les anglais ont bien digéré la crise de la vache folle... Surtout avec cette scène épatante du lâcher brutal de bovidé sanguinolent, le soir, au coin du feu - ; ils déguerpissent sans armes et sans demander leur reste, pour se cloîtrer finalement derrière le frêle abri d’une ferme recluse au milieu de nulle part. Le mystère est à peine levé si je vous avoue que cette fermette « sent le sapin » pour la plupart de nos héros (rien à voir avec les conifères alentours, pourtant). Dictons populaires à l’inénarrable sagesse, vous êtes encore une fois d’un conseil précieux au spectateur qui, le film allant bon train, se remémore l’adage selon lequel le loup est dans la bergerie. La scène de cette révélation évoque le frisson délicieux d’un « J’le savais ! » tardif et obsolète. Allez, un dernier pour la route : si nous sommes témoin du film, c’est qu’il y a eu quelqu’un pour le raconter, non ? Vous me suivez ?

De diverses choses... pour le plaisir. Malgré toutes les ficelles auxquelles Dog Soldier fait appel, il reste une occasion certaine de contentement, pour plusieurs raisons. Si tout amateur de bêtes à poils longs et grosses canines y trouve son compte (et sans doute le plaisir de détecter les discrets indices parsemés au travers du scénario et des cadrages - allez, zoomons gaiement sur le couteau...), d’autres aspects du film méritent d’être mentionnés et tendent à prouver, une fois de plus, qu’un thème éculé peut toujours fournir matière à pellicule, pour peu que l’on tienne quelques bonnes idées. Car si les attentes propres à ce type de film sont comblées - victimes atrocement mutilées, gradation dans l’apparition des monstres, inéluctabilité de la traque et, corollaire habituel, de la mort violente qui s’ensuit, épuisement progressif des solutions potentielles pour les héros : aficionados du genre, vous goûterez avec délectation le charme des sursauts vivifiants et des cours d’anatomie viscérale -, le scénario de Dog Soldier contient quelques surprises et clins d’oeil réjouissants :
- de vrais durs à cuire pour cibles désignées (vous avez dit « Predator » ?), qui perdent pourtant complètement les pédales, jusqu’à oublier les règles les plus élémentaires du bon sens... (qui, parmi vous, ignore encore le pouvoir de l’argent sur les lycanthropes ? Faut croire que les soldats anglais n’ont ni télé ni coin lecture...) ;

- des créatures bien dessinées, hautes sur pattes et non sans rapport avec un certain « Loup-garou de Londres » (tant pis pour la découverte, vous voilà prévenus !) ;

- les Hauts-Plateaux d’Ecosse (pour le Canada vous repasserez), ce qui n’est pas sans évoquer... « Le loup-garou de Londres » ;

- de vrais scènes d’un bon humour bien gras, typique du légionnaire moyen, séquences de répit pour le spectateur aux prises avec une atmosphère oppressante, explosive puis carrément cauchemardesque ;

- et... l’intervention des tabloïds ! Mais je n’en dirai pas plus...
Dog Soldier dégage dans l’ensemble une impression proche de celle du délire complet, sorte de grand rendez-vous de vos jeux et peurs d’enfants : petit soldat avec fusil échange cache-cache avec le loup au fond du bois contre billet pour un hélicoptère. Une large part des scènes de poursuites baigne ainsi dans cette ambiance de n’importe-quoi-mais-on-y-croit-les-gars : vous constaterez avec un étonnement amusé qu’il est possible de courir environ un kilomètre, tout en gérant d’une main la chute progressive de vos intestins, tandis que l’autre main a tant de mal à les maintenir en place. Tour de force probablement du domaine du possible, puisque ce cher R. Bachman décrivait déjà une scène équivalente, lors du final de Running Man. Un autre exemple : pensez-vous pouvoir survivre plus d’une demi-minute à la fouille minutieuse de votre torse (de bas en haut s’entend) par la délicate mâchoire démesurée d’une bête affamée ? Le record s’avère ici d’un quart d’heure, au bas mot, mais bon c’est quand même un soldat hein ! Je passe sur d’autres invraisemblances, dont la magie prend cependant, puisqu’il faut paradoxalement attendre le retour des lumières avant de souffler.

J’évoquais plus haut l’humour désespéré mais toujours gracieux de nos militaires, au coeur même de l’effroi. Il faut y ajouter leur crétinerie savoureuse : si vous cherchiez l’illustration de l’expression « se jeter dans la gueule du loup », au propre comme au figuré - mais ne filons pas plus avant la métaphore -, ce film est décidément fait pour vous. Malgré une volonté affichée d’accumuler les bourdes, de la part des héros, l’action est régulièrement relancée par la survenue propice, chez ces mêmes héros, d’éclairs de lucidité, repoussant in extremis une fin prématurée pour mieux nous tenir en haleine, babines retroussées bien sûr. Certains dialogues s’avèrent de véritables perles : comment ne pas encenser l’anecdote de ce soldat « diablement » marqué, dont le chef de l’escouade, la larme à l’oeil, narre la dernière heure ? Trouvaille du scénariste ou d’un membre de l’équipe, elle mériterait à elle seule de former le thème d’une nouvelle.

De diverses choses prêtant à discourir. Plus essentiellement, portons au crédit du réalisateur et du scénariste réunis les qualités nécessaires à une production de ce genre pour qu’elle parvienne au rang jalousé de film réellement original : lecture possible au premier ou second degré, travail intéressant sur le thème de l’isolement et de la claustration, implication du spectateur tenu en haleine et désespérant de voir quelqu’un s’en sortir. Il vous est loisible de trouver dans Dog Soldier matière aux qualificatifs, pêle-mêle, de film gore, de film à suspens, de film d’action, de film fantastique, de film de guerre (si si, y a des soldats !)... ou de série B navrante, voire de navet tout simplement. Autant de lectures au premier degré. Mais il vous est aussi possible d’y découvrir un brassage des genres bien orchestré, une pépinière d’idées plaisantes, un humour « so british », pour peu que l’on élude - distanciation, messieurs les censeurs, distanciation ! - les scènes de violence. Quoique celles-ci s'intègrent parfaitement à l’axe humour macabre, selon lequel il est encore possible de juger ce film. Second degré fortement suggéré, donc.

Le thème de l’isolement est développé selon au moins trois axes. Il appartient par définition à l’exercice de manoeuvre de l’escouade ; il est ensuite impliqué par la situation qui s’installe, à savoir le repli opéré au sein d’un refuge de hasard, éloigné de tout, et qui plus est tombeau en puissance ; enfin, il résume le rapport éternel entre les hommes et ce qui leur est étranger, en plus de sortir des cadres traditionnels du monde connu. Quant au rôle de la claustration sur les protagonistes - de tous poils, oserai-je dire -, l’évolution des rapports entre ceux-ci semble suffisamment instructive pour ne pas insister.

Le spectateur, enfin, est habilement mené depuis un scepticisme condescendant, quant à l’intérêt de ce film, jusqu’à l’implication émotionnelle, nullement relative, qui se manifeste par une tension musculaire croissante et le désir de savoir si, oui ou non, ces loups-garous à la c.. finiront par y rester ! Un tel raccourci paraîtra certainement basique, à ceux des lecteurs n’ayant de Dog Soldier que la présente chronique pour aperçu, mais nous pouvons leur assurer des réactions équivalentes une fois en salle, s’ils acceptent de se prendre au jeu. Ce qui marque également, à notre sens, l’une des forces du film Dog Soldier, s’il paraît convenu sur maints plans, sort pourtant de la terne production cinématographique traditionnelle, se destinant à « faire peur (un peu) tout en faisant du chiffre (beaucoup) ». Pour cette seule raison, il mériterait un soutien qu’il n’a malheureusement pas rencontré lors de sa sortie en salles. Il recèle cependant d’autres facettes et reste, par-delà cet article, une sacrée bonne occasion de se détendre, voire, pourquoi pas... d’aller hurler avec les loups, une fois n’étant pas coutume !

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PS: une dernière chose : soyez certains qu’après Dog Soldier, vous ne concevrez plus jamais votre tube de SuperGlue de la même manière...

Note :
1 - Littéralement « Soldat-Chien », pour les non-anglophones. 
Uncle Chop
(14 octobre 2002)

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