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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Conan le Barbare VS Connard le barbant
Cette contrepèterie facile montre que le film qui lança la carrière d'Arnold Schwarzenneger n'a pas toujours été apprécié à sa juste valeur. Bourrin, bas de plafond, beauf, ce sont là des termes appropriés dans la mesure où le personnage revendique sa brutale stupidité. A l'heure où le grand public semble enfin découvrir les mots « heroic » et « fantasy », il est temps de réhabiliter l'une des rares réussites du genre, vingt ans avant Le seigneur des anneaux.
Titre : Conan le barbare

Scénario : John Milius, Oliver Stone

Réalisation : John Milius

Sortie : 1981
Tous Droits Réservés
Infréquentable. Parmi toute la bande de jeunes réalisateurs américains éclos dans les années 70, John Milius fait un peu figure d'oublié. Victime peut-être du trop plein de personnalités de cette génération, coincé entre Spielberg le wonderboy, Coppola le mogul, Scorsese le mystique, Friedkin le démoniaque ou Lucas l'ewok. Victime sûrement de l'échec commercial de la plupart de ses mises en scène, des bides même pas assez cinglants pour le faire jouir du statut d'artiste maudit d'un Cimino. Victime définitivement (auprès de la critique et de la Writer's guild) de son image, celle d'un gros bourrin obsédé par l'armée dont les opinions politiques flirtent pas mal avec la droite de la droite. Milius serait donc un facho machiste doublé d'un chasseur invétéré accro aux armes et à l'ultraviolence (« je ne peux pas commencer une journée sans faire couler le sang » dixit l'intéressé). Un Le Pen cinématographique, à oublier au plus vite.

Insaisissable. Ce serait oublier que Milius est un scénariste de grand talent (Jeremiah Johnson, Magnum Force, Apocalypse Now et selon certaines sources la dernière mouture de Dirty Harry) et le réalisateur d'au moins trois réussites : le peckinpahien Dillinger (avec Warren Oates et Ben Johnson, tiens donc), le personnel Graffiti Party (consacré à sa grande passion, le surf) et Conan le barbare.
Car pour antipathique que puisse être Milius, il faut reconnaître qu'un facho bourrin dans son genre est le réalisateur rêvé pour un personnage aussi ouvertement primaire que Conan.

Origines. Bizarrement et tout adepte du gourdin qu'il est, Conan est la création d'un érudit tourmenté, Robert E. Howard. Ami personnel de H.P. Lovecraft, passionné d'histoire ancienne, Howard était un intellectuel gringalet devenu athlète en réaction aux brimades, ce qui ne l'aida pas à surmonter des penchants dépressifs qui le poussèrent au suicide à l'âge de trente ans. Une personnalité complexe donc, qui nous amène à considérer Conan moins comme un héros monolithique (ce qu'il était même aux yeux de son créateur) que comme un anti-héros porteur de valeurs ouvertement négatives, tel une version cromagnon de James Bond.

Le commander Bond est un blasé queutard, fumeur, à moitié-alcoolique, misogyne, sadique et même xénophobe, un tueur légal.
Conan est une brute qui pense avec son épée, massacre sans se poser des questions et part vers d'autres aventures en trainant par les cheveux une blonde à gros nénés.
Dans les deux cas rien de bien défendable près de 300 ans après la philosophie des Lumières, mais ces deux personnages outrageusement individualistes n'en restent pas moins fascinants car s'autorisant ce que l'occidental mâle n'ose être et l'occidentale femelle n'ose aimer.

Splendeur sauvage. A côté de ça, il ne faut pas oublier l'objective magnificence des toiles de Frazetta et des bandes dessinées de John Buscema qui, plus que les nouvelles ultra-linéaires et terriblement efficaces de Howard ont magnifié l'image du barbare en pagne qui défonce du pillard à coup de hache, une belle blonde à ses pieds. Un tel potentiel graphique ne pouvant rester longtemps inexploité, c'est tout naturellement que Dino de Laurentiis acquit les droits en vue d'un adaptation maousse costaud.

John Milius se remettait alors péniblement du bide de Graffiti Party mais restait un scénariste hot. Associé à un autre scénariste à la mode (un certain Oliver Stone), ils allaient pondre une méga saga de fantasy s'étalant sur douze (!) films. Plus intéressé par une esthétique réaliste proche des Vikings de Richard Fleisher (l'un de ses films préférés) que par les délires fantasy d'un Stone complètement lâché, Milius recentre le récit sur une histoire de vengeance sanglante et terre à terre, débarrassé de ses créatures les fantaisistes (malgré un ou deux serpents géants ici et là) et conçu comme le premier volet d'une « simple » trilogie. Ne reste plus qu'à trouver l'interprète pour le rôle titre.

L'homme Conan. Contrairement à un Stallone ou un Van Damme, Arnold Schwarzenneger était déjà célèbre avant que sa carrière ciné ne décolle. Culturiste exceptionnel à une époque où la gonflette prenait son envol, de judicieux placements immobiliers en avaient déjà fait un millionnaire et son arrivée sur Conan ne fit qu'augmenter le buzz autour du film. A juste titre car Arnie et absolument PARFAIT dans le rôle. Carrure monstrueuse, machoire prognathe (pas encore retouchée par la chirurgie), pure présence physique, son jeu limité s'adapte parfaitement au contraintes du rôle, que ce soit dans les touches comiques (son regard vidé par l'ivresse du succès) ou des scènes plus profondes (une étonnante scène de confession réintégrée dans le montage du DVD), et ne parlons même pas des rageuses scènes d'action. Pas une seconde sa crédibilité n'est à remettre en question et il faudra attendre Terminator pour retrouver une telle adéquation entre l'acteur et un personnage. Ce qui prouve qu'un culturiste peu expressif choisissant avec soin ses rôles et ses réalisateurs vaut peut-être mieux qu'un comédien doué qui se perd dans la gonflette ridicule et le reaganisme bas de plafond. Non, je ne vise personne.

Avec un tel interprète, Milius peut donner libre cours à sa vision nietzchéenne (le film s'ouvre sur une citation du philosophe) du personnage : Conan est un surhomme que rien ne peut briser, qui ne s'affranchit d'aucunes des règles qu'on veut lui imposer, pas même lorsque sa redoutable nemesis Thulsa Doom (le génial James Earl Jones) lui tient un raisonnement terriblement juste sur ce qu'est le vrai pouvoir. Qu'importent les mots, Conan a pour lui son épée, et c'est tout ce dont il a besoin.

Barbare toujours jeune. Sur le plan formel, le film porte superbement ses vingt ans d'âge : costumes, armes et décors forment un tout cohérent, inspiré du style viking, des travaux de Buscema et Frazetta, mais aussi du cinéma russe et japonais (Kwaidan est littéralement cité lors d'une scène d'exorcisme). A part une ou deux fautes de goût (elles sont inratables), tout le film se tient et s'envole littéralement lorsque Milius laisse faire au compositeur Basil Poledouris ce qu'il sait faire de mieux : de l'épique barbare opéré à un niveau qu'il n'atteindra jamais plus.

Discernement nécessaire. Mais c'est dans ses dérapages que Conan le barbare s'assume comme un film de John Milius. C'est ainsi que la force brute est un excellent moyen de parvenir à ses fins. C'est ainsi qu'il peut être drôle de casser du pédé. C'est ainsi qu'on a pas besoin d'échanger plus d'une réplique avec l'amour de sa vie. Que l'on peut vigoureusement culbuter de la sorcière lubrique avant de la balancer au feu. Que le surfeur Gerry Lopez est quand même super cool en archer filou. Que la partition de Poledouris cite littéralement Wagner (pas vraiment un militant gauchiste, comme par hasard) ou que le final fait penser aux Dieux du stade de Leni Riefenstahl (bonne copine de ce boute-en-train de Goebbels). Des images et idées aux limites ultimes de l'acceptable mais cette ambiguité idéologique s'accorde parfaitement à un univers par définition primaire et rappelle, sans doute involontairement, la récupération de la mythologie germano-scandinave par le nazisme.

Alors, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ? Détruire ses ennemis, les voir fuir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. Est-ce vrai ? Non, mais par Crom, qu'est-ce que c'est bon...

Note :
Tout arrive, Conan est accessible au commun des mortels en DVD zone 2 pour une somme modique. Son 5.1, director's cut, commentaire audio de Milius et Schwarzy, documentaire de Laurent Bouzereau... Foncez ! 
Cyberlapinou
(24 février 2003)

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