Le site des Univers Obscurs_

 
ARTICLES_
 
 
ARCANES_
 
RECHERCHE_

Mot exact résultats
par page
 
NEWSLETTER_

Prénom
Email
Comment avez-vous connu Arts Sombres ?


 

amateur(s) d'Arts Sombres
actuellement en ligne

Enquêtes : Etudes
Les dernières cartouches ?
Malgré les grands noms qui l'alimentent, et qui font son succès, le Genre a mauvais genre. Le film de genre a reçu de ses ancêtres de la littérature et du théâtre populaires le délicat héritage du paradoxe : succès commercial constant, dédain de critiques bien pensants qui n'en sont pas moins grands amateurs du cinéma de genre, pourvu qu'il réponde aux critères nécessaires à la reconnaissance (auteur mort, œuvre vieille de plus de vingt ans). Et le Genre moderne, où en est-il ?
Tous Droits Réservés
Ses créateurs s'appellent James Cameron, Sam Peckinpah, Mario Bava, John Woo, Tim Burton, Sergio Leone, John Carpenter, Tsui Hark, Dario Argento, William Castle, Terence Fisher, John McTiernan, George Miller, Wes Craven, Paul Verhoeven, Riccardo Freda, Don Siegel, Steven Spielberg, Katsuhiro Otomo, Robert Aldrich, Sergio Corbucci, Kenji Misumi, Sam Raimi, George Romero, Joe Dante, Bruce Lee, Roger Corman, David Cronenberg, Peter Jackson, Lucio Fulci.

Les héros qui le peuplent se nomment Harry Callahan, Snake Plissken, Edward Scissorhands, Akira, Diabolik, le comte Dracula, Pike Bishop, Mad Max, le Terminator, la Mère des Soupirs, Indiana Jones, Freddy Krueger, Seth Brundle, Robocop, Hercule, l'Homme sans nom, Ash, John McClane, Django.

Mais de quoi diable parlons-nous ? Mais du film de genre évidemment. Une appellation fumeuse qui en théorie regroupe le polar, le western, le film fantastique, le film d'horreur, le film d'arts martiaux, et je ne parle pas des compartiments réservés au film gore, au western spaghetti, au wu xia pian ou au chambara et, encore plus loin, des films de bikers ou de WIP (women in prison). Le film de genre, c'est en gros tous les films conçus pour rapporter du pognon, vous flatter les tripes sans vous fatiguer le cerveau. Tout ce qui évolue entre la série B et la série Z. Tout ce qui contient du flingue, de la lame, de la tatane, du monstre, de la tripaille ou des filles pas pudiques. Tout ce qui a généré ou se réclame d'une culture alternative faite de comic-books bariolés, de jeux vidéos agressifs, de serials délirants, de rock incandescent, de romans pulp barrés, de séries télé ambitieuses, d'histoires de SF paranoïaque, de techno épileptique et de mangas surdécoupés. Ça fait une sacrée fourchette.

Et pourquoi je vous parle du cinéma de genre ? Avant tout parce que c'est à la mode. Tout le monde le dit : le film de genre, c'est reparti ! Surtout en France ! Dobermann, Les rivières pourpres, Promenons-nous dans les bois et surtout Le pacte des loups. Ce bon vieux Pacte, film de tous les espoirs, oeuvre protéiforme, synthèse de tous les genres, tous les styles, toutes les nationalités, toutes les époques. Il ne s'agit pas de parler de ce film en bien ou en mal (on en pense ce qu'on veut) mais bien de rappeler la place qu'on lui a donnée : celle d'un étendard. D'un manifeste. Et malgré la volonté de son équipe de se démarquer de toute intention « politique » , ce marquage était inévitable étant donné la personnalité de son réalisateur, tête de pont de la très à la mode cinéphilie alternative.

Tout le monde aujourd'hui connaît Christophe Gans. Cinéphage insatiable à la culture monstrueuse et à la collection de DVDs mythique, il est aussi le créateur avec quelques autres de Starfix, premier journal à avoir défendu les films de genre comme des œuvres importantes, appliquant la politique des auteurs inventée par Les cahiers du cinéma à des cinéastes comme Argento ou Cronenberg. Les parallèles avec Les cahiers du cinéma ne manquent d'ailleurs pas, puisqu'on trouve dans les deux cas une bande de jeunes turcs désireux de faire du cinéma et faisant les critiques pour patienter, se mettant à défendre des cinéastes et films méprisés (le cas Alfred Hitchcock est le plus flagrant). Il est essentiel de défendre les films qu'on aime. Le problème quand on est un rebelle, c'est quand les évènements font de vous un vainqueur. Les bad boys d'aujourd'hui sont les vieux cons de demain.

Le cinéma de genre a gagné. Et c'est bien là le problème. A Hollywood, on donne plus facilement le feu vert à un projet de science fiction destroy à 60 millions qu'à un drame intimiste avec Meryl Streep ? Oui, mais le pop-corn movie ricain n'a jamais été aussi insignifiant. Le film d'horreur est devenu un genre grand public ? Oui, mais il croule sous les crétineries post-Scream. Cronenberg squatte tous les festivals ? Oui, mais son eXistenZ est d'une pauvreté affligeante en comparaison d'un Videodrome tourné vingt ans plus tôt. James Cameron a réalisé avec Titanic l'un des films les plus vus et les plus récompensés de tous les temps ? Oui, mais il n'a depuis annoncé aucun projet concret. Dario Argento a eu droit à une rétrospective à la Cinémathèque ? Oui, mais ça fait longtemps qu'il sucre les fraises. Le temps des guerriers est révolu, on est aujourd'hui à l'ère des chantres de la pop culture, le règne des Quentin Tarantino et des Christophe Gans. Il ne s'agit pourtant pas d'attaquer ces deux cinéastes, dont le boulot est avant tout de faire des fims (c'est par pure politesse que je ne cite pas des détrousseurs de cadavres comme Kevin Williamson) . Gans semble même être le plus conscient du problème : « Je trouve bizarre qu'on soit aujourd'hui dans un tel post-modernisme que le moindre type qui touche à une caméra et qui décide de faire du genre doit être forcément auteurisé ou pris très au sérieux. »

Le syndrome de l'auteur.
Une bien belle idée, sauf quand elle entre en conflit avec la règle numéro 1 du film de genre : en donner au spectateur pour son argent. Le spectateur daigne filer 50 balles et deux heures de son temps, alors la moindre des choses, c'est de lui offrir un bon spectacle sans le prendre pour un con. Sam Peckinpah se considérait sans doute très sincèrement comme un plombier qui venait faire son boulot, alors qu'il n'y a rien de plus identifiable qu'un de ses films. Mêmes causes et mêmes effets pour Howard Hawks, qui n'a jamais écrit un scénario ni mis les pieds dans une salle de montage. Il est parfaitement idiot de chercher des thèmes profonds ou une démarche d'auteur chez un cinéaste aussi peu confirmé que Jan Kounen (filmographie totale : un long-métrage, 5 courts, 30 pubs. Mouais). Ce garçon n'est pas forcément antipathique, mais s'il a une thématique, ce qui est loin d'être avéré, c'est au bout de cinq voire dix films qu'elle apparaîtra, alors on pourra commencer à fouiller rétrospectivement au lieu de s'amuser à chercher une aiguille dans une botte de foin perdue dans la forêt vierge d'un pays reculé.

Le phénomène n'est pourtant pas nouveau : dans les années 20, une étrange secte française baptisée « Société du film d'art » se mit en tête d'élever le cinéma, jusqu'alors gentil divertissement réservé aux fêtes foraines, au niveau « d'Art important ». Le résultat a donné quelques adaptations de pièces du répertoire classique doublées de grands moments de comédie involontaire hélas aujourd'hui perdues dans les limbes de l'oubli. Le phénomène s'est reproduit quarante ans plus tard avec cette bonne vieille Nouvelle Vague, bouffée d'air vivifiante qui en une décennie s'est transformée en un couvercle de plomb qui a asphyxié le cinéma français pendant trente ans.

Comme les eighties. Si l'on poursuit dans cette optique « l'Histoire se répète », la situation actuelle du cinéma de divertissement est au niveau mondial (et non plus français) comparable à celle des années 80, perspective assez inquiétante dans la mesure où il s'agit de l'une des décennies les plus effroyables (Top gun, Le flic de Beverly Hills, Deux flics à Miami, Liaison fatale) que l'on ait connues sur le plan culturel. Les peu glorieuses eighties ont vu l'effondrement de l'Italie, patrie du peplum, du giallo et du western spaghetti. Nous venons d'assister à la chute de Hong Kong, qui pendant dix ans a abreuvé une poignée de connaisseurs (aujourd'hui devenue la majorité) de polars extrêmes et de films de kung fu survitaminés. D'où un vide que tous les Matrix du monde ne pourront combler. Il y a 20 ans, les meubles avaient été sauvés par un Spielberg, un Raimi, un Carpenter ou un McTiernan, ces deux derniers étant aujourd'hui les seuls à continuer à donner dans l'entertainment pur et dur sans oublier pour autant d'utiliser leurs cerveaux. La question que l'on doit maintenant se poser est : d'où viendra le salut ?

Les Etats Unis ? Malgré un Seigneur des anneaux par ci ou M. Night Shyamalan par là, les deux seules options de ce pays semblent aujourd'hui se limiter au second degré abrutissant façon Tarantino et au n'importe quoi à la Michael Bay. On va donc éviter de tirer sur l'ambulance.

L'Asie dans son ensemble ? Pourquoi pas, maintenant que Hong Kong s'est fait dépouiller de ses acteurs, auteurs et idées, la Corée du sud et la Thaïlande tentent de reprendre le flambeau et ont accouché de films tout à fait intéressants, tandis que le Japon surfe avec un certain succès sur la vague du fantastique engendrée par le déjà culte Ring. Mais il s'agit encore de films ponctuels, et l'on attend encore l'émergence de « vrais » cinéastes.

L'Europe en général et la France en particulier ? Ce serait trop beau, mais il faut reconnaître qu'entre un Amenabar, un Kounen, un Jeunet, un De la Iglesia, un Gans ou un Kassovitz, les choses commencent à bouger sur le vieux continent. Mais les authentiques réussites sont encore trop rares pour que là encore on puisse discerner la tendance profonde de l'épiphénomène hype.

Les jeux vidéos ? Hé... Pourquoi pas. Voilà le genre d'affirmation à faire se retourner un Hawks dans sa tombe, mais force est de reconnaître que nous avons deux formes de loisirs qui sont toutes les deux apparues dans les fêtes foraines, se font régulièrement taper dessus pour la mauvaise influence qu'ils ont sur nos chères têtes blondes et sont toute les deux vecteurs de sensations purement viscérales et ont toutes les deux mis vingt ans pour gagner un semblant de respect auprès des instances culturelles en place. Ainsi alors que commencent à apparaître les premiers jeux « d'auteur », que l'on commence à retenir les noms de créateurs de jeux aussi brillants que Peter Molineux ou Hideo Kojima, et que les capacités techniques des nouvelles consoles permettent enfin de vraiment s'identifier aux personnages, l'usage de techniques toutes cinémato-graphiques permettent à un Metal Gear Solid de rivaliser en force avec le meilleur des blockbusters, à un Resident Evil de rendre honneur au genre moribond du film de zombies ou à Silent Hill de s'offrir une place de choix parmi les oeuvres les plus terrifiantes de tous les temps.

Alors, le cinéma de genre est peut-être en train de mourir (tout comme le comic-book, loisir populaire par excellence, est en train de mourir), condamné au mieux à se répéter, au pire à se diluer dans les non-exigences du grand public. Mais son esprit est toujours vivace, le couteau entre les dents et un flingue dans chaque main, le cerveau saturé d'adrénaline et prêt à en découdre avec le premier censeur venu. Mais la prochaine fois que nous le croiserons, saurons nous le reconnaître ? Renouveau cinématographique radical, bande dessinée, série télévisée, jeu vidéo ? On l'ignore encore, mais il serait dommage de louper le coche sous prétexte que le paddle a remplacé le bol de pop-corn...     
Cyberlapinou
(02 avril 2002)

Voir ses articles

Vos commentaires sur cet article

 

 

 

© 2003-2005 Arts Sombres | amateurs d'Arts Sombres depuis octobre 2003