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Hors de l'Ombre : Cinéma
Chopper
Grand prix du festival de Cognac 2001, ce film retrace la vie de Mark Chopper, le plus médiatique des criminels australiens. Impressionnant, au-delà des images.
Titre : Chopper
(interdit aux moins de 16 ans)

Scénario : Andrew Dominik

Réalisation : Andrew Dominik

Sortie : 2000
Tous Droits Réservés
"Ça va être une séance privée, pour vous" me fait l'ouvreur. Moi, les yeux qui pétillent : "Ah ouais ? Y'a personne ?". Plaisir immense d'assister à une séance sans bruit de papier bonbon et rires étouffés mélangé à la tristesse que personne ne voit ce film.

La première force de Chopper est d'être un film sur une histoire vraie sans être pour autant narratif-explicatif. La première scène n'est pas une introduction, on est déjà dans l'histoire depuis un moment et on ressent une curieuse impression d'avoir raté le début. Cette brutalité narrative annonce sans doute le propos : violent, froid, intelligent.
A ce moment du film, Mark Chopper est en prison depuis déjà quelques années pour avoir kidnappé un juge afin de faire évader un ami. Cette première partie est troublante car on ne comprend pas ce que l'histoire va raconter : on cherche des repères qui structureraient une intrigue naissante, mais non. L'ensemble du film sera d'ailleurs presque une succession de scènes quasi indépendantes.

La prison est filmée de façon authentique, avec une photographie aux couleurs passées. Sans aller jusqu'à la mode actuelle du DVD, l'esthétique ainsi cassée est une première étape vers la démystification de Mark Chopper (le vrai) d'une part et d'une certaine violence d'autre part. Car il ne faut pas s'y tromper, si l'interdiction aux moins de 16 ans est en général plutôt un label "sensations fortes" pour adolescents, la violence à l'image dans Chopper n'a rien de plaisant ni d'excitant. C'est une violence sale et réaliste, celle qu'on ne veut ni voir ni montrer au cinéma, car elle n'est pas divertissante.

Une fois n'est pas coutume, il faut saluer le réalisme de ces séquences de prison, tout comme Henry l'avait fait pour Animal Factory. Bien souvent, la prison n'est un lieu d'intrigue uniquement parce que le héros est condamné, à tort, avant qu'on ne prouve son innocence (voir les cependant excellents Jugé coupable, Hurricane Carter, Les évadés...).
Et bien qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur le passé des personnages (Chopper et notamment deux de ses amis), on se surprend à s'attacher rapidement à eux. Chopper apparaît brillant, intelligent, charismatique ; ses réparties sont autant empruntes de vérité que de délire. Le paradoxe n'ira que grandissant.
On le sent en permanence sur la corde raide, et nous avec lui. Impossible de deviner ce qui va arriver l'instant d'après tant il passe d'une minute à l'autre de la sympathie et de l'humour à des comportements ultra violents. Mais une logique s'installe cependant, portée par un discours parfaitement argumenté de paranoïaque (voir la scène du tribunal, ou les justifications multiples de ses meurtres). Il massacre ainsi un autre détenu, dans une explosion rappelant le Joe Pesci des Affranchis et de Casino, pour éliminer la possibilité d'être lui-même une cible, sans être réellement menacé.

Eric Bana joue juste dans la peau de ce type qui s'accroche à cette logique de comportements agressifs jusqu'au moment où, sortant de prison et essayant de tirer un trait sur son passé, il constate que ses comportements sont totalement inadaptés à la société, même celle des criminels, anciens compagnons de cellule. On assiste alors à une démonstration parfaite de l'inefficacité totale des prisons à travers les touchantes tentatives de Chopper de vivre comme tout le monde. Il obtenait exactement ce qu'il voulait en prison, là où seule la loi de la violence fonctionnait (même lorsqu'elle est tournée vers soi-même, voir la scène où Chopper se fait tailler les oreilles en pointe pour être transférer dans un autre pénitencier et échapper à un contrat lancé contre lui : "Je s'rai pas transféré ce soir ?!" crie-t-il en défi aux matons, le visage ensanglanté) ; mais dehors, rien ne marche. Il craint que ceux qu'il a fait souffrir en prison n'essaient de se venger alors que tous ont, eux, réellement tiré un trait.

Le mélange des séquences dans cette seconde partie continue de semer le doute. Chopper s'entretient avec des policiers dans un bar, il semble chargé d'une mission - débarrasser la ville des délinquants. Mais a-t-il imaginé ce prétexte pour justifier ses meurtres ? L'assassinat du Grec, sur le parking derrière le bar, est-il en fait de la légitime défense ? Tout participe à cette hésitation entre paranoïa et description d'un environnement hostile, où Chopper serait le seul à rester lucide et où personne ne le comprendrait.
Là encore, le montage est très bon : il laisse Chopper partir dans de longues tirades carrées, parfaitement argumentées, et à l'instant où on se laisse convaincre, où on glisse vers une identification au personnage, un plan silencieux ou un léger ralenti accompagné d'une musique sombre nous laisse purement et simplement dans une vaste interrogation. Et voilà le grand intérêt du film, il s'adresse à un public intelligent. Non pas qu'il soit difficilement compréhensible, mais il nécessite l'acceptation de ne pas tout comprendre, justement. Les questions qui se posent à la fin sont nombreuses, et il faut se les poser. Car Chopper est un film choc, mais les images impressionnantes ne doivent pas faire oublier son propos largement aussi fort, peut-être pas présenté de cette façon depuis Henry, portrait of serial killer.   
Alex SUMNER
(09 juillet 2001)

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