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D'oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Le Bunker
Ils sont une poignée, en sursis, membres d'une armée en débâcle, bientôt vaincue sur les deux fronts. Nous sommes en 1945. Et l'atmosphère oppressante du bunker va les rendre cinglés. Hitler et ses proches ? Non, quelques-uns de ses soldats, confrontés à l'indicible…
Titre : The Bunker

Scénario : Clive Dawson

Réalisation : Rob Green

Sortie : 2001 
Plus d'un spectateur s'est sans doute laissé prendre au tour de passe-passe de Rob Green : implanter le décor d'un survival pour mieux plonger ensuite dans la terreur psychologique. Quelle nuance, me direz-vous ? Le genre considéré n'implique-t-il pas l'arrière-plan évoqué ? On pourrait sans doute voir les choses ainsi pour des films tel que le "sacro-saint" Alien ou, plus récemment, les polémiques Armée des Morts et Massacre à la Tronçonneuse (le remake) qui font tant chauffer les claviers de certains de nos rédacteurs (voir notre Forum). La distinction se base sur l'ennemi considéré dans ces trois cas : bel et bien réel, indubitablement agresseur ou prédateur. La terreur prétendue des personnages s'avère donc "légitimée" par l'ennemi en question, même si elle tend à s'atténuer après son identification- qui permet au moins d'y faire front. En gros, l'idée est la suivante : un ennemi s'en prend à nous, il(s) est (sont) sacrément puissant(s) / (nombreux) / imprévisible(s), nous sommes donc sous le joug d'une terreur sans nom ; rien n'est moins sûr que notre survie. La conjonction de ce dernier aspect avec le reste indique que nous sommes donc bien dans un survival.

Ce schéma s'applique très imparfaitement au Bunker, bien que Green s'amuse avec lui. L'ennemi existe : il poursuivait nos soldats jusqu'à ce que ceux-ci se retranchent au sein de l'abri cimenté (c'est la débâcle dans les Ardennes, pour mémoire). Mais fort étrangement, nous n'entendrons plus vraiment parler de cet ennemi-là par la suite, à croire que les allemands ont trouvé la bonne planque.

"- Ainsi, marmonne le spectateur avisé, il y a anguille ou quelque autre bestiole sous roche…"

Malheureusement pour cette analyse, elle tombe minutieusement à l'eau à mesure que, tout en suspectant la survenue d'un point d'orgue dans la terreur, nous regardons s'effriter l'équilibre de chacun des personnages… Et si les compagnons d'armes commencent à se regarder de travers, toujours pas l'ombre d'une horreur abyssale lovecraftienne. Autant pour le survival. Par contre l'aliénation mentale menace et rôde sur le seuil du Bunker.

Question obscurité, les claustrophobes seront servis. Car puisque Green a manifestement mené sa barque vers les terres de l'ombre, il exploite à présent le filon. L'illumination semble se produire lorsque, par bribes, nous sont présentés des instantanés d'une sombre affaire d'homicide ou exécution militaire, à laquelle tous nos soldats semblent avoir participé, avec certes un entrain fort inégal (inutile d'écrire que le plus nazillon de la bande s'est fort réjoui de l'occasion).

"-Eureka ! s'exclame le spectateur plus laborieux, ils vont être punis de leur forfait par la main du destin, sous les traits de quelque châtiment visqueux !…"

C'eût été trop simple. L'équation va en fait se présenter sous cette forme : Ombre + Terreur = Introspection. Or, il n'est pas bon se pencher dans le vide pour le soldat sur le front. Concours de circonstances, un tunnel partiellement comblé se révèle à nos hommes : quel heureux sens de l'impromptu ! A eux les joies de la marche en terrain inconnu.

On tire à la courte paille ? Le cinéma a largement puisé à la source des lois de Murphy en guise d'inspiration. Deux principes généraux : les plans les mieux préparés finissent toujours par s'écrouler ; tout ce qui peut s'aggraver aura tendance à le faire. Illustration dans le cas présent : les équipes mises en place vont se désolidariser ; le plus cinglé de tous met la main sur les explosifs le premier. N'allez pourtant pas croire que le film lorgne vers le film d'action vers le dénouement : certaines séquences laissent planer un doute plus que manifeste sur ce qui se trame réellement dans certaines parties du tunnel, avec une hypothèse surnaturelle voire druidique à la clef. Amusant quand on songe à la fascination à peine occulte des Nazis pour certains rites "ancestraux". Pour le coup, pas sûr que Mère Nature le leur rende bien !

Nombre de plans, ainsi que le prologue du film, orientent nettement les attentes vers l'hypothèse surnaturelle. Green fait montre d'une malignité retorse en l'estompant lors de la narration proprement dite, pour mieux la rafraîchir lorsque l'ambiance tourne finalement à la lutte fratricide. Ainsi les trois genres qu'il effleure conjointement - survie, thriller, terreur – persistent dans un entrelacement des plus ambigus et, par corollaire, des plus subtils. Entrelacement qui n'est pas sans rappeler celui des racines de chênes séculaires, gardiennes des secrets les plus noirs du Bunker. Un soupçon de surnaturel, latent plutôt qu'explicite, développé en connaissance de cause (et non pour tromper sur la marchandise).

Bien évidemment, Green ne démord pas de l'ambiguïté recherchée et laisse largement planer le doute sur ce dont nous avons bien pu être témoins : folie, voire hallucinations collectives ? Découverte fortuite d'un sépulcre antédiluvien ? Lieu marqué d'un sceau maudit ? Crise de remords à plusieurs ? Séquelle à retard d'un gazage au front ? Ou, comme l'épigraphe du film le suggère, manifestations comportementales extrêmes en présence de situations extrêmes ? Il est même envisageable, vu le thème et la période traités, de lire dans ce film une réflexion sur la notion de Mal, sous un l'angle du fantastique littéraire. Sans doute réalisateur et scénaristes ont-ils aussi cherché à provoquer un certain malaise dont la qualité évoquerait ceux que H. James ou Lovecraft - dans certains récits spécifiques pour ce dernier – ont manifestement visés à produire. Peut-être est-ce là l'une des raisons pour lesquelles Le Bunker ne saurait prétendre à l'écho d'une œuvre telle que Les Autres. Pas évident d'y voir clair entre toutes ces voies, lorsque les lampes-torches s'éteignent...

Jean LARREA
(16 août 2004)

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