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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Basic
Une troupe de soldats part à l’entraînement sur le terrain au Panama. Ils sont guidés par leur instructeur, le terrible sergent West. Dix-sept heures plus tard, les soldats ne sont plus que trois, l’un grièvement blessé sur le dos de l’autre, qui tire sur le troisième qui les poursuit. Que s’est-il passé ?
Titre : Basic

Scénario : John MacTiernan

Réalisation : John MacTiernan

Sortie : 2003
Entre en scène un presqu’ex-agent de la DEA, Tom Hardy, en attente de jugement pour corruption passive. L’homme est un ancien Ranger, corps d’armée des trois soldats rescapés. Le colonel qui a la charge du peloton est un vieil ami qui lui demande d’investiguer discrètement, aidé d’une jeune capitaine aussi intègre et méthodique qu’Hardy semble intuitif jusqu’au désordre. Les interrogatoires commencent, se croisent, se confrontent, et la vérité apparaît suivant divers degrés.

Comment aborder un film de John MacTiernan ?
Avec l’a priori favorable du fan, qui le considèrera comme un auteur caché sous une réputation de faiseur ? Ou avec l’a priori du détracteur, souvent agacé par l’opinion du fan ?
Comment aborder un film de John Mac Tiernan lorsqu’il est aussi unanimement haï par la critique ? En préparant les arguments habituels, qui vont de la censure des studios, que l’on croyait à peu près disparue à ce degré d’intolérance, ou en cherchant, fût-ce à la loupe, la moindre marque de l’auteur sur ce qui s’annonçait comme un divertissement vain ? Ou au contraire, en achevant de creuser la tombe de celui qui s’effondra voici un an en faisant le « remake d’un film de Norman Jewison de trop », c’est à dire Rollerball ?

La seule option que je me déciderai à prendre, c’est de prévenir tout lecteur se préparant à voir le film de ne pas lire ce qui suit : je choisis d’y révéler certains éléments essentiels au suspense du film, et donc au spectacle. A tout à l’heure, les amis, et bon film.

Polémique. Nous avons toujours eu des discussions et des débats sur le cas MacTiernan au sein de notre rédaction. Chaque tendance est à peu près représentée, et les forums s’animent presque toujours lorsqu’on en vient à Big Mac. Le fait est que l’homme a eu ses hauts et ses bas, qu’il a vraiment été censuré, notamment sur son superbe Treizième Guerrier, et que si certains bas méritent l’oubli (de son propre aveu, pour ce qui concerne Rollerball), d’autres sont des objets de culte : Ne citons que Predator, Die Hard (I et III).

Venons-en à l’étrange objet livré sur nos écrans depuis un peu plus de deux semaines, Basic. En un mot, seule une vision complète permet de se faire une opinion sur le film, ne serait-ce que parce que les rebondissements s’y succèdent jusqu’au dernier plan. Vendu sur la réunion culte de deux grands noms, Travolta et Jackson, le film ne les réunira dans le même plan qu’à la toute fin. De même, la bande annonce, musclée, permet d’espérer plus de scènes d’action que celles réellement présentes dans le film.

Alors, Basic, qu’est-ce que c’est ? Est-ce un huis-clos ? Pas vraiment, puisque les nombreux flash-back offrent de nombreuses scènes de jungle pluvieuse comme on les aime chez le cinéaste. Est-ce un film d’action ? Pas vraiment non plus, encore que quelques fusillades... Est-ce un film d’enquête ? Même pas sûr. Le déroulement dévoile bien de nouveaux indices, les aveux font apparaître de nouvelles versions des faits à chaque étape, mais le finale, qui offre environ une demi-heure d’ultimes retournements de situation, fait dériver l’ensemble vers un nouveau spécimen du film de torture de méninges, pour s’achever sur un vaste « qui est qui ? et pourquoi ? » qui laissera le spectateur rêveur, en bien ou en mal.

Basic, qu’est-ce que c’est ? Proposons cette réponse : un divertissement. Un jeu d’esprit, comme un Agatha Christie au fond de la jungle du Panama, un whodunnit qui vire au paranoïaque, dont on ne sait plus qui est le héros, et surtout pas qui est bon ou méchant. Le détail de l’histoire importe peu. C’est peut-être là le défaut, c’est peut-être là la force de ce film touffu et labyrinthique.
En effet, tout comme l’a dit l’auteur dans ses interviews récentes, « Peu importe qui a tué » (Ciné Live 06/03). Le pourquoi disparaît même. On sait juste que ceux qui sont abattus sous nos yeux ou emmenés en prison sont des trafiquants de drogue. Mais les vengeurs, eux, sont et restent mystérieux tant pour ce qui est de leur motivation à agir que quant aux commanditaires de leurs actes.

En choisissant de ne pas répondre, de finir sur un ultime point d’interrogation souriant, MacTiernan propose au spectateur de s’interroger cinq minutes après le générique, puis d’abandonner et de considérer l’ensemble avec recul : que nous dit Basic ? Que la vérité est ailleurs ? Non. Il nous apprend qu’elle n’existe pratiquement pas, et que les faits sont impossibles à établir après coup. En bien moins roublard que le Friedkin de L’Enfer du Devoir, Mac Tiernan offre, sous la forme d’un jeu, une réflexion sur la confiance que l’on peut accorder au récit.
Récit fictionnel, dans un premier temps : le spectateur est roulé dans la farine, tous les personnages mentent ou presque, et terminent la pièce en saluant l’assemblée d’un clin d’oeil.
Récit réel également, si l’on ose dire : tous ces militaires d’opérette fabriquent une opération de toutes pièces, inventent une histoire et des personnages, s’échangent les rôles. Tout ça pour une cause dont on ignore si elle est réellement bonne ou non. Ca ne vous rappelle rien ? Bien sûr que si : n’importe quelle opération montée par n’importe quel Service Secret du monde, toutes époques confondues. En ce sens, le ludique Basic fait écho au tragique Libra de DeLillo, en ce qu’il montre comment la vérité n’existe que dans le résultat et dans le fait accompli, jamais dans l’explication.

Allons plus loin : Basic, c’est la vanité de la quête de la vérité démontrée par A+B, c’est l’annihilation sarcastique du concept même de récit policier. C’est un piège. Un piège ironique dans lequel sont tombés la plupart des critiques, qui n’ont pas apprécié le dosage du cocktail.
C’est que Basic est un film d’intello. Une démonstration, presque abstraite et purement théorique. Une réflexion sur le cinéma, sur le genre et sur le concept de la Vérité. Et le tout enveloppé dans un film de divertissement. En ce sens, Basic semble aller plus loin, bien plus loin que Last Action Hero, déjà largement incompris. Peut-être pour cette raison simple : A travers Basic, John MacTiernan s’adresse à un public qui ne regarde pas ses films : les intellectuels. L’amateur de pop-corn ne peut presque qu’être déçu (j’ai pourtant consommé moult pop-corn durant cette projection. On ne peut jamais être sûr de rien...) car l’intérêt réel du film se cache en dehors du film.

C’est bon d’être agréablement surpris. Surtout quand il s’agit de quasi-renaissances, à l’instar du Traqué d’un William Friedkin revigoré. Après le naufrage de Rollerball, John MacTiernan revient discrètement là où on ne l’attendait certes pas : un film d’action d’une intelligence rare. Reconnaissons également qu’il est bon d’aller à l’encontre de l’ensemble de la critique mondiale...
Et espérons qu’un jour, Basic sera compris comme il mérite de l’être.
Raphaël VILLATTE
(09 juin 2003)

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