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Cahier Thématique : Vampirisme et Arts Sombres
Le Bal des Vampires
Des vampires, des chasseurs de vampires, de futures adeptes à la beauté saisisante, et une ambiance allant de l’angoisse à la farce. Recette magique.
Titre : Le Bal des Vampires

Réalisateur : Roman Polanski

Scénario : Roman Polanski et Gérard Brach

Sortie : 1967

Alfred est le disciple du professeur Abronsius, savant remarquable mais décrié, rejeté par l’Université pour ses travaux peu conventionnels. Spécialiste de la chauve-souris, il voit une parenté entre cet animal et son cousin fantasmagorique, le vampire. Et comme un bon théoricien se doit d’aller sur le terrain pour confronter ses hypothèses à la réalité, quel meilleur endroit que la Transylvanie SubCarpathique, pour qui veut faire la chasse au vampire ? Ainsi le maître s’installe-t-il dans la bonne auberge du dénommé Shagall, à la femme autoritaire et à la fille débordante de sensualité. Cette dernière, qui fait instantanément tourner la tête d’Alfred, est toutefois un peu inconsciente : ne lui a-t-on pas répété mille fois qu’il ne fallait pas prendre de bain ? Surtout la nuit ? Et qu’il ne fallait pas toucher aux chapelets d’ail ? Que la chasse commence!


« Koukol, par l’Enfer, le Feu et le sang, VA ! » Le culte autour du film de Roman Polanski est grand, il devrait sans doute l’être plus encore. Comment ne pas tomber amoureux de chaque couche de ce film, qu’il s’agisse de l’aspect fantastique ou du caractère comique, en passant par la sensualité torride des femmes inoubliables, dont la troublante Sharon Tate...

Quelle est la recette d’un tel film ? Y en a-t-il une ? Y a-t-il seulement une approche bien définie à ce film-poème-farce ? Ou ne sort-il pas plutôt tout droit de l’imaginaire imprévisible et inimitable de Roman Polanski, grand arpenteur des terres fantastiques?

Polanski, l’homme, le mythe, le style. Le réalisateur à présent multioscarisé a connu plusieurs périodes, si ce n’est plusieurs vies. Quelques ouvrages relatent l’enfance difficile, l’après guetto de Varsovie, l’école de cinéma. Les premiers courts-métrages révèlent un univers des plus inquiétants, où les monstres surnaturels côtoient le malaise humain. Plus tard viendront quelques monuments du malaise, avec Répulsion, Rosemary’s Baby et Le Locataire en guise de monts inaccessibles sur la carte des Enfers personnels.

Et au milieu, une parodie : le Bal des Vampires, qui voit donc les aventures de deux chasseurs de vampires particulièrement empotés, l’un rêveur l’autre trouillard, dans les ténèbres et les neiges de la «Transylvanie Sub-Carpathique ». Culte mais plus nécesairement si connu, le Bal des Vampires pose avant tout une question, en ces temps de Y a-t-il un vampire pour sauver le Soldat Ryan : une parodie est-elle nécessairement drôle ? Est-elle nécessairement une comédie ?

Sachez-le, pas tant que ça. Ainsi que le rappelle Daniel Sangsue (1), la parodie des premiers temps, celle des rhapsodes grecs, consistait à reprendre les vers fameux de certaines oeuvres mythiques et de les détourner légèrement, ou carrément. Il n’est écrit nulle part que l’oeuvre résultante doive être une comédie qui tournera tout ce qui fait peur, en l’occurrence, en quelque chose qui fait rire. Le cas du Bal des Vampires est précisément des plus intrigants car précisément pas si drôle. Bien sûr, impossible de ne pas s’étrangler de rire devant certains gags légendaires, du vampire gay qui entreprend de séduire Alfred à l’aubergiste lubrique qui n’a que l’obsession de culbuter sa servante, sans oublier le bal lui-même, ou un miroir jette un froid dans l’ambiance festive.

Toutefois, difficile de regarder Le Bal des Vampires en recastant Leslie Nielsen dans l’un ou l’autre des rôles, tout simplement parce que son ambiance n’est pas si chaleureuse. Il fait froid dans ce film, et sombre aussi. Les décors somptueux ne ressemblent à aucun autre film, sauf, occasionnellement, à ceux de la vénérée Hammer. L’équipée des deux chasseurs de vampires dans la neige est joyeuse, mais un plan sur des skis qui disparaissent dans le néant de la forêt, seuls, glissent un soupçon de malaise. Le bossu difforme et malfaisant se déplace bouffonnement et mange ses loups crus, mais un regard en face vous laisse glacé, surtout lorsqu’il contemple l’affolante Sharon Tate. L’éclairage ne rechigne pas à vous laisser dans le noir, un demi visage apparaît, et il n’est pas souriant. La musique, enfin, oscille entre mélodies guillerettes à l’auberge et chants a cappella ressemblant à des plaintes spectrales qui ne sont pas sans annoncer l’angoissante bande originale du Nosferatu de Werner Herzogg par Popol Vuh.

La parodie composée ici par Polanski est dans la plus pure tradition orientale, un mélange des genres complexe, une manière d’employer les règles de chaque genre tout en les détournant, mais au sein d’une oeuvre cohérente : une parodie de film de vampires, c’est quand même un film de vampire, n’est-ce pas ? Tour de force inégalée faute de disciples et d’imitateurs, le Bal des Vampires tient à la fois du film de genre et de la parodie du film de genre, fait rire, fait peur, excite, attire des générations d’amateurs de films orphelins, de ces Vorace mal vendus souvent, mais truffés de tout ce qui fait la saveur du film-culte.

(1) - La Parodie, éditions 128

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Henry YAN
(17 mars 2004)

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