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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Apocalypse Now Redux
Plus qu’un film, une légende ! Et maintenant, une ressortie avec près d’une heure de légende en plus ! Mais au fait, cela change-t-il quelque chose à l’apocalypse ?
Titre : Apocalypse Now Redux (2001)

Scénario : Francis Ford Coppola

Réalisation : Francis Ford Coppola

Sortie : 1979
Tous Droits Réservés
Un capitaine des Forces Spéciales, autant dire un authentique barbouze, est envoyé en mission aux confins du Viêt-nam, au Cambodge, même. Un peu loin de son terrain de jeu théorique (le Cambodge ne participe pas - en principe - à la guerre du Viêt-Nam), l'homme est envoyé pour liquider un colonel des parachutistes qui semble avoir perdu la raison. Le voyage commence à bord d'une vedette dont les occupants ignorent tout de la mission. C'est l'occasion d'une lente remontée aux sources de la folie humaine, un voyage au centre de la guerre, au terme duquel le capitaine tueur devra faire face à un ennemi qui lui ressemble comme un frère.

Le film n'est plus à présenter. Au terme de vingt-deux années de célébrité mondiale, de reconnaissance publique et critique, Coppola quitte donc ses chers fourneaux et nous livre ce qu'il jure être, non pas une nouvelle version du film, mais LA version, celle qu'il voulait, qu'il aurait voulu, et qu'il n'a jamais sortie, faute de... Faute de quoi, au fait ? La vérité est sans doute à rechercher dans les ouvrages consacrés au tournage du film. On sait à présent que la reconstitution de la guerre ressemblait sérieusement à la guerre elle-même. Les maladies, la pression, les conditions météo, Coppola... Le réalisateur ne s'est remis des trois ans de tournage (!) que des années après. Le montage présenté à Cannes (Palme d'Or) était supposé être une version de travail. Cette version était devenue depuis la version de référence.

Et l'on s'y était habitué, à cette version provisoire. On s'était habitué à sa longueur (2h30, déjà pas mal), à son rythme lent, ses épisodes baroques et le ton désabusé de son héros. On s'était surtout habitué à la destruction totale du camp de Kurtz, avec les Doors en guise de B.O.
Peu à peu, Apocalypse Now était devenu un film-poème, une confrontation de thèmes illustrés par des saynètes pittoresques ou effrayantes. On s'était également habitué à ne pas très bien comprendre ce que diable pouvait raconter Brando, et en conclure qu'il était devenu fou, mais que cela s'expliquait par ce que le spectateur avait vu dans les épisodes précédents. Contrairement à ce qu'en disent certains défenseurs ardents du premier montage, cette Redux apporte beaucoup au film.

En lui ajoutant une heure, Coppola a presque raccourci son film.
A l'image d'Oliver Stone et de son JFK, le déroulement du film se fait plus fluide, s'enchaîne plus souplement, et le fil ne se perd jamais. Le nouveau montage produit ainsi une narration très différente du précédent. L'impression d'une implacable logique dans l'enchaînement des événements, malgré le caractère étrange de la plupart d'entre eux. Chacun semble lié à un autre, et ne prendre son sens qu'à l'aide de la vision de son pendant. Les playmates, scène fameuse, réapparaissent ainsi quelques dizaines de minutes plus tard, passablement traumatisées, passées de beautés de papier à l'état de petits animaux effrayés. Clean, le jeune soldat que rien n'effraie, est enterré dans le jardin d'une plantation défendue par des fantômes de notre empire colonial. La guerre prend un nouveau visage, allie avec une symétrie presque systématique le grotesque et le grandiose. Ainsi, l'inquiétant officier surfeur qui "adore l'odeur du napalm au petit matin" perd de sa superbe lorsque l'on entend sa voix, diffusée par des hélicoptères, suppliant qu'on lui rende sa planche de surf, volée par l'équipage de la vedette.

Enfin, on perçoit enfin clairement une donnée fondamentale du film : le plus fou n'est pas celui qui a l'air de l'être. Seuls les chiens de guerre, et principalement les officiers (Sheen, Duvall, Brando), semblent savoir où ils vont. Ils semblent également d'une parfaite lucidité, au regard de leurs subordonnés, perdus dans un enthousiasme aveugle ou une peur panique. Le poème sur la guerre a ainsi gagné en simplicité, en cohérence et en efficacité. Par de très nombreux détours, Francis Ford Coppola réussit finalement à produire l'un des films de guerre les plus réussis, en même temps que l'un des plus virulents pamphlets contre la guerre.
Une version longue qui semble bien courte.  
Henry YAN
(19 novembre 2001)

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