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Hors de l'Ombre : Bande Dessinée
Anita Bomba : SF, action et second degré
Anita... Anita Bomba... laissez-moi chercher... ça sonne comme le pseudo d’une héroïne de guerre... Avec un champignon sur la tête et un caractère de chien – nos excuses aux canidés ? Ça y est, je me souviens : une des plus désopilantes séries de SF qu’il m’ait été donné de rencontrer ! Où des maelströms d’explosions en tout genre le disputent aux courses-poursuites, où l’ennemi juré d’Anita prend des allures de spectre, et surtout un humour génial qui parfume l’ensemble d’une touche de très bon goût ! Oui, maintenant cela me revient...
Titre : Anita Bomba

Scénario : Eric Gratien

Dessin et couleurs : Cromwell

Edition: Casterman

Sortie : 1994
Tous Droits Réservés
Aussi loin que je me rappelle... ce sont les titres des albums qui m’ont accroché. Déjà, au premier contact, le ton est donné : Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé faire chier le monde (tome 1, 1994), C’est pas parce que je suis pauvre que je vais me priver (tome 2, 1995), Un jour j’ai arrêté de bosser et ma tête s’est remise à marcher (tome 3, 1996), La vie est trop courte pour laisser les médiocres s’épanouir (tome 4, 1997). Tout çà ne fleure-t-il pas bon les répliques sarcastiques et l’humour déjanté ? Ici, on adore. Autant dire que la liberté de ton des auteurs, les jeux de mots réguliers, les répliques entre auteurs par personnages interposés (ah, Gratien amoureux de l’héroïne et fustigé par Cromwell, un grand moment de plaisir !), les coups bas envers une certaine société finalement pas toujours très éloignée de la nôtre, le tout servi sous une présentation aux teintes harmonisées avec bonheur et des créatures inventives : que demande le peuple ? Du pain ? Bon, comme tout le monde... Justement, si nous évoquions le pain quotidien de notre voleuse hors-pair (paire ? Non , pas franchement) et peu vernie ?

C’est pas parce que je suis pauvre... que je ne sais rien faire de mes dix doigts, bien au contraire. Anita ajoute à l’affriolante panoplie de femme fatale des bas-fonds, un arsenal tout aussi fatal mais dans un autre genre. Sa spécialité, son outil de travail, son gagne-pain puisque c’est de cela qu’il s’agit, ce sont les explosifs : mines magnétiques, dynamite, bombes futuristes au mécanisme complexe mais à l’efficacité certaine. Elle « ventile », comme dirait l’autre. Faut dire qu’elle évolue dans un univers peu ou prou hostile au genre humain, du moins dans sa version software : une planète largement gangrenée par la pollution ambiante et les magouilles d’un gouvernement que l’on suppose corrompu (ou la gestion politique n’est vraiment plus ce qu’elle était à notre époque… Quoique ?), des extraterrestres belliqueux et certains de leur légitime supériorité (relents de colonialisme ?), et la quête hasardeuse d’un trésor légendaire sans autre indicateur qu’une carte en lambeaux, probablement bidon pour couronner le tout ! Oui, car s’il fallait synthétiser l’intrigue qui traverse la série, l’on parlerait volontiers d’un space-opera à mi-chemin entre western (pour le duel continu avec le lieutenant Bottle) et piraterie (le souffle de l’aventure et le voyage).

Un jour j’ai arrêté de bosser...
pour suivre un gentilhomme de fortune. Comme vous l’aviez saisi, le travail d’Anita n’a rien de régulier ni de lénifiant, mais elle traîne une fâcheuse réputation de « bouchère » de partenaires, ce qui tend à raréfier les collaborations potentielles au sein du demi-monde. Ayant oublié d’être bête, elle jette donc son dévolu sur un compère moins tatillon et tout aussi efficace : le cyborg SIG-14. Heureux choix ! Car elle obtient à la fois un collègue aux multiples ressources cybernétiques, mais également les quinze personnalités différentes dont celui-ci est doté… Faut dire qu’à sélectionner le seul cyborg à dédoublement de personnalité [1] du lot où elle le dérobe, Anita manifeste une surprenante faculté à se mettre dedans toute seule ! SIG-14 - et ses judicieux avatars – se révèlent cependant, sur l’ensemble des albums, des alliés de choix lors de certaines situations ; ce qui leur évitera à plusieurs reprises d’être volatilisés par l’impulsive Anita ! L’on peut d’ailleurs, sans exagérer, décerner à SIG-14, pour l’ensemble de sa prestation – jeu « d’acteur » et répliques – l’oscar du second rôle, ainsi que l’on serait tenté de la faire pour l’impressionnant Gollum, au sein de la dernière livraison de Peter Jackson.

Il serait de fort mauvais aloi d’omettre le second acolyte d’Anita, pas franchement son genre à priori, mais qui, quant à lui, accroche instantanément à la plastique de la miss : le Mentor. Un extraterrestre dégingandé, à l’allure d’highlander des étoiles, extrêmement dangereux avec un sabre entre les mains, et largement au-dessus de la moyenne question caboche. Mais pas d’un point de vue esthétique. Ce qui n’empêchera nullement une idylle de naître, dans un constant aller-retour entre coup de griffes et caresses. Qu’attendre d’autre avec deux pareilles têtes de lard ! C’est à la suite de ce gentilhomme, et sur sa proposition, qu’Anita embarque à la recherche d’un magot faramineux.

Comme dans chaque histoire qui marche, il existe un troisième larron [2] : le lieutenant Bottle, as de la police, génie de la robotique fort déprécié, déterminé à supprimer Anita de la surface du cosmos, à côté duquel Dirty Harry ferait pâle figure question violence. Ajoutez au personnage une évolution particulièrement « morbide », quelques supers-pouvoirs glanés outre-tombe et vous tenez le limier qui s’échine sur les traces des trois précédents protagonistes. Le savoir théoriquement du bon côté de la loi laisse songeur...

La vie est trop courte... pour manquer de lire les (més)aventures d’Anita. Ou comment recréer l’ambiance un peu décalée de l’humour noir, corrosif, qui nous permet tous de supporter une certaine routine, au travers d’un univers exotique, à la poursuite - non, pas du diamant vert - de ce qu’Anita va devenir au fur et à mesure de ses pérégrinations. Passant du statut de voleuse à celui d’amie - d’amante ? - fidèle et... adulte ? Non, faut pas pousser quand même !

Notes :
1 - Dixit les auteurs.
2 - Hum hum...
Uncle Chop
(10 février 2003)

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