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D'Oeuvre en Oeuvre : Cinéma
Animal Factory
Un chef-d'oeuvre du "film de prison", rien de moins !
Adapté d'un impressionnant roman d'Edward Bunker, l'acteur Steve Buscemi réalise ici un étouffant thriller à huis-trop-clos, doublé d'une belle histoire d'amitié.
Fiche technique :

Titre : Animal factory

Scénario : Steve Buscemi

Réalisation : Steve Buscemi

Sortie : 2000
Tous Droits Réservés
Un jeune et brillant trafiquant de drogue est envoyé en prison pour plusieurs années. Il fait son apprentissage du pénitencier sous la garde d'un taulard endurci, Earl Copen, braqueur qui purge une peine de dix-huit ans. Alors que le jeune garçon découvre les méthodes de survie, le vieux prisonnier se prend d'amitié pour lui. Le temps passe, les événements apposent leur marque sur le jeune délinquant. Après le découragement et l'écoeurement devant les réalités de l'administration, viennent les terreurs générées par la promiscuité entre hommes de milieux, âges et origines ethniques différents. Les viols succèdent aux émeutes, qui sont elles-mêmes suivies d'agression qui amènent fatalement chaque homme au cachot et à la dégradation. Le jeune homme parvient à s'évader, marqué au fer par sa captivité, devenu un authentique criminel au fait des règles du Milieu, tandis que Copen manque son évasion et semble accepter la fatalité: enfermé depuis trop longtemps, il ne peut plus survivre que dans "l'usine à animaux".

Le roman d'Edward Bunker impressionne. La biographie de l'auteur jette un relief singulier, une ombre persistante sur cette magnifique "histoire de prison", telle que le roman et le film noirs nous en fournissent régulièrement (Les Evadés, L'Evadé d'Alcatraz...). Bunker a passé plus d'une quinzaine d'années en prison, et en a sans doute retiré la crudité de la peinture du monde carcéral d'Animal Factory. Steve Buscemi, acteur remarquable d'un certain nombre de chefs-d'oeuvre des années quatre-vingt-dix (Reservoir Dogs, The Big Lebowsky, Fargo), revient derrière la caméra pour adapter avec une fidélité exemplaire et rare le roman de Bunker. Il est aidé par l'auteur lui-même, scénariste, co-producteur, acteur du film.

La fidélité au roman n'est cependant pas en soi la seule qualité de l'adaptation. Fidélité n'est pas exhaustivité. Les auteurs du film ont choisi un montage sec et vif qui place les deux personnages principaux en évidence, mais sans occulter les nombreux rôles secondaires (méconnaissable et impressionnant Mickey Rourke) indispensable à l'action et à la compréhension des règles et de l'ambiance générale du pénitencier. Les passages introspectifs du roman sont ainsi supprimés, mais les conversations, fêtes et prises de drogues en commun créent le contexte humain avec naturel et efficacité. Une conversation entre le gardien-chef et Copen suffit à juger des pouvoirs de ce dernier au sein de l'établissement. Une autre avec d'autres "durs-à-cuire" créée l'amitié des prisonniers.

La musique est simple, discrète et distillée dans de rares séquences. La photo accentue la claustrophobie : pas de cinémascope, inutile pour filmer un intérieur de cellule, du reste. Le grain est épais, et rappelle le cinéma indépendant américain des années soixante-dix, celui de Tom Gries, qui avait lui-même dépeint l'univers carcéral dans son implacable Glasshouse.

Le film laisse sur une impression de dureté générale, traitement et scénario, personnages et événements. Un film de prison, puisque l'on peut parler d'un véritable sous-genre relativement indépendant du reste du roman noir, qui atteint redoutablement son but : le spectateur, à l'instar de l'ensemble des hommes de la prison, matons et détenus ensemble, ne s'évadera jamais tout à fait, et restera à jamais prisonnier du film.


NB : Les hasards de la distribution font que ce film est quasiment invisible en France. Annoncé à grands renforts de presse et de campagnes d'affichage, la surprise est de taille : on ne le trouve à l'affiche nulle part ! Outre le fait que seuls quelques heureux privilégiés parisiens pourront en profiter, il est malheureusement possible de parier que ce film pourra rejoindre, dans quelques années, notre rubrique Hors de l'Ombre. Dommage... 
Henry YAN
(21 mars 2001)

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