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Hors de l'Ombre : Littérature
L'aliéniste
Un tueur qui rôde dans les milieux de la prostitution enfantine. Un pionnier de la psychiatrie. Un journaliste. Un futur président des Etats-Unis. Nous sommes en 1895…
Titre : L'aliéniste

Auteur : Caleb Carr

Editeur : Poche

Sortie : 1996
Tous Droits Réservés
Le dix-neuvième siècle touche à sa fin, et New-York est le phare des Etats-Unis. Une ville riche et brillante, qui attire les aventuriers autant que l’intelligentsia, tandis que ses classes élevées se muent en aristocratie. La mégalopole bourdonne et vibre au rythme des tramways, et l’activité est permanente dans tous les domaines. Le contraste entre son raffinement et la sauvagerie de la conquête de l’Ouest encore dans tous les esprits est important. La Frontière est presque effacée, mais l’on n’ose encore franchir certaines barrières géographiques. Dans cette Métropolis américaine, la pauvreté des uns est proportionnelle à la richesse des autres. Alors qu’il est de bon ton de ne pas s’appesantir sur les basses classes, l’horreur frappe bientôt au cœur des quartiers les plus sordides. Détournés de leur famille, de jeunes enfants livrés à la prostitution sont sauvagement assassinés. Premier sur les lieux du dernier assassinat, Théodore Roosevelt, préfet de police, récemment revenu de son exil volontaire dans l’Ouest après la mort de sa première femme, décide de s’en remettre à son ami Lazlo Kreisler, aliéniste contesté, au caractère indomptable pour tenter de comprendre comment un tel massacre peut se dérouler dans sa ville.

Kreisler enrôle rapidement une véritable petite escouade composée de John, son ami journaliste, Sarah, l’une des premières femmes auxiliaires de la police de New-York, ainsi que deux jeunes frères, tous deux policiers, très au fait des techniques modernes de ce qui deviendra la police scientifique.
Malgré les embûches semées par de nombreux et mystérieux ennemis, la poursuite commence. L’aliéniste, en avance sur son temps, se met en devoir d’établir le portrait de l’assassin d’après les indices laissés sur les lieux des crimes.
Au nombre des obstacles, l’équipe doit faire face aux réticences de l’aristocratie New-yorkaise, qui refuse d’admettre jusqu’à l’existence de la prostitution enfantine dans ses rues. Pressés d’agir rapidement mais secrètement, les enquêteurs explorent de nombreuses pistes dont certaines s’acheminent vers les plus hautes sphères.

Une entreprise ambitieuse. Proche dans son inspiration de la vague des policiers historiques, choisissant leurs héros dans diverses périodes de l’Histoire, Caleb Carr peint avec soin un New-York qui entre presque dans le vingtième siècle, comme le Sleepy Hollow de Tim Burton l’évoquait cent ans auparavant. C’est cependant plutôt du côté de Whitechapel que lorgne l’auteur, avec ses rues sombres et humides, ses bouges sordides, ses bordels bruyants et ses impasses dissimulant mal la misère et le commerce des rues. Parallèlement à cette peinture, l’on trouve celle, également riche de détails, des hautes sphères et de ceux qui les composent. On croise au fil des pages certains personnages légendaires, Théodore Roosevelt en tête. Son rôle dans le roman ne se limite d’ailleurs pas à authentifier le décor de cette trame complexe. Fidèle à son modèle historique, le Roosevelt de Carr est un vigoureux défenseur de l’ordre et de la moralité, dont on devine les qualités qui feront de lui l’un des présidents les plus aimés des américains. Le préfet est également capable de faire le coup de poing dans certaines situations, et c’est un plaisir de découvrir ce politicien, moins connu de ce côté de l’Atlantique, en action.

Car Carr fait déborder son roman d’action, de péripéties et rebondissements en tous genres. La trame est dense, foisonnante ; De nombreux personnages se croisent, des premiers rôles attachants aux seconds rôles inquiétants ou drôles. Les poursuites succèdent aux quêtes minutieuses d’indices, les comptes-rendus d’autopsie aux fusillades, sans oublier la romance et l’amitié. Au fil des pages, l’auteur ne néglige aucun aspect et fait ainsi passer son lecteur par une très large palette d’émotions.

Un Sherlock Holmes de la psychologie. On attend forcément Caleb Carr au tournant lorsqu’il s’agit de psychologie, non pas celle des personnages, mais ce qui concerne les techniques révolutionnaires de Kreisler. Force est de reconnaître qu'il s’est remarquablement documenté sur l’histoire de la psychologie. Les thèses concurrentes de celles de son héros sont bien exposées – sans introduire de temps mort dans l’action. Le piège était double : écrire un roman pour initiés, ou infliger de longs cours de psychologie au lecteur. Rien de tout cela, mais une intéressante pirouette de l’auteur. En effet, le bon docteur Kreisler semble quelque peu anachronique tant il est en avance sur son temps. Si Carr montre Kreisler tâtonnant pour élaborer sa méthodologie de l’enquête criminelle (tentant notamment des expérimentations dont le lecteur ne peut que sourire, entre autres, un essai d’impression de la dernière image vue par un mort sur une plaque photographique, grâce à sa rétine transformée en pellicule photo), il utilise cette imprécision du pionnier pour camoufler habilement les emprunts à la psychologie et notamment aux sciences du comportement, seules méthodes efficaces employées par les enquêteurs en la matière. Ainsi Kreisler se mue-t-il en un Sherlock Holmes de la psychologie pour asséner des déductions relevant, aux yeux de ses collaborateurs, d’une quasi-magie, alors qu’il ne fait qu’emprunter à John Douglas. L’incohérence est mineure, mais jure un peu dans un décor soigné dans ses moindres détails. Les remerciements adressés par Carr à d’éminents spécialistes à la fin du volume confirment qu’il est avant tout un romancier, et qu’il sait combler ses lacunes par une documentation rigoureuse.

Un dépaysement agréable
. Il ne s’agit d’ailleurs par d’une transposition de Seven au dix-neuvième siècle : Carr a, à l’évidence, choisi cette période avec soin. Outre les possibilités offertes par un contexte historique relativement délaissé au profit des périodes et des lieux communs du policier, et donc d’un dépaysement agréable, il donne une vision gothique, somptueuse, mais sans complaisance de cette Amérique, à l’image de certaines adaptations du mythe de Jack l’Eventreur, From Hell en tête.

L’aliéniste détonne dans la mouvance historisante du policier. Totalement enraciné dans son époque et son cadre, le roman étonne, émeut et tient le lecteur en haleine de révélations en révélations. Caleb Carr fait preuve d'une remarquable maîtrise.            
Henry YAN
(03 septembre 2002)

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